Un château entouré d’un parc, une péniche amarrée en bord de Seine, une ancienne usine reconvertie en tiers-lieu. Quand un CODIR prépare son séminaire dans un lieu insolite, la recherche commence presque toujours par les photos.
C’est compréhensible. Le dirigeant veut marquer le coup et rompre avec la salle du deuxième étage où les mêmes débats tournent depuis des mois. Le piège, c’est de choisir un décor au lieu d’un outil.
Un lieu insolite agit sur la façon dont une équipe pense, mais pas toujours dans le sens attendu. Il ouvre la réflexion, et il peut aussi la disperser au moment précis où il faudrait trancher. Il crée de la complicité, et il peut aussi envoyer un mauvais signal aux équipes restées au bureau.
Cet article part de ce que votre comité de direction doit produire, puis remonte vers le cadre qui l’y aide. Vous y trouverez ce que la recherche dit vraiment de l’effet d’un environnement et une grille de choix par enjeu. Puis les erreurs les plus fréquentes, et une méthode pour visiter un lieu avec les bons yeux.
Vous préparez un séminaire de direction ? Voyez comment se construit notre accompagnement en séminaire CODIR, des entretiens individuels préalables au suivi après le séminaire.
Ce qu’un lieu insolite change vraiment, et ce qu’il ne change pas
Ce que mesure la recherche
+47 %
Nature et déconnexion
à un test de résolution créative (6,08 contre 4,14 sur 10) après quatre jours de randonnée sans écrans. Les auteurs arrondissent à 50 %.
Atchley, Strayer et Atchley, 2012
+60 %
Mouvement
de production créative en moyenne en marchant sur un tapis plutôt qu’assis, dans l’une des expériences.
Oppezzo et Schwartz, 2014
70 dB
Bruit ambiant
environ : le niveau qui favorise les tâches créatives. À 85 dB, l’effet s’inverse.
Mehta, Zhu et Cheema, 2012
3 m
Hauteur sous plafond
Sous un plafond haut, on pense plus abstrait. Sous 2,4 m, l’attention va au détail.
Meyers-Levy et Zhu, 2007
Les quatre effets portent sur la pensée qui explore. Aucun ne mesure la qualité d’une décision collective.
L’intuition selon laquelle changer de cadre change les idées n’est pas une légende. Plusieurs travaux de psychologie mesurent un effet de l’environnement sur la manière de raisonner. Leurs résultats sont plus précis, et plus utiles, que la promesse d’un « cadre inspirant » lue dans les brochures.
Leur point commun, que les catalogues de lieux oublient : ils concernent la pensée divergente, celle qui produit des pistes, des associations, des idées neuves. Les chercheurs de Stanford le précisent eux-mêmes : la marche n’améliore pas la pensée focalisée, celle qui cherche la bonne réponse unique. L’étude sur la hauteur de plafond conclut que l’effet est positif ou négatif selon la tâche à accomplir.
Or un séminaire CODIR n’est pas un atelier de créativité. Il alterne des temps d’ouverture et des temps de convergence. Et ce sont les seconds qui produisent les décisions.
L’étude sur la randonnée apporte une autre nuance. Ses auteurs reconnaissent ne pas pouvoir séparer l’effet de la nature de celui de la déconnexion numérique. Pour un comité de direction, la conséquence est concrète : un domaine superbe où chacun garde sa messagerie ouverte perd une bonne part de son intérêt.
Ce que le lieu ne fera jamais à votre place
Amy Edmondson, chercheuse à Harvard, a étudié 51 équipes d’une entreprise industrielle. Elle définit la sécurité psychologique comme une croyance partagée : l’équipe est un lieu sûr pour prendre des risques interpersonnels. Poser une question, signaler une erreur, demander de l’aide en font partie.
Elle précise que ce n’est pas la cohésion, qui peut même réduire la volonté de contredire. Un cadre convivial renforce la cohésion, il ne crée pas à lui seul cette sécurité. Elle se construit dans les règles du jeu, la posture du dirigeant et la façon dont le travail est animé. Même le plus beau manoir ne fait pas parler un CODIR qui se tait depuis un an. C’est le constat posé sur notre page consacrée au séminaire de direction en Normandie : sans facilitation, l’équipe rejoue ses schémas habituels, quel que soit le décor.

Choisir le lieu selon ce que le CODIR doit produire
Cinq enjeux, cinq cadres différents
| Ce que le séminaire doit produire | Ce que le lieu doit offrir | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Prendre du recul et construire un cap à trois ans | Horizon dégagé, extérieur praticable, salle haute et lumineuse | Ne pas enchaîner les arbitrages budgétaires dans la même ambiance de détente |
| Trancher un arbitrage difficile (portefeuille de projets, réorganisation) | Salle fermée et calme, grands murs pour afficher, peu de sollicitations | Un cadre spectaculaire détourne l’attention au moment de converger |
| Réparer une relation abîmée entre membres | Lieu neutre, à l’écart, sans signe de prestige, sentiers pour marcher à deux | Éviter tout lieu associé au territoire d’un des membres |
| Intégrer deux équipes de direction après une fusion | Lieu qui n’appartient à aucune des deux cultures, repas partagés | Le site historique d’une entité installe un hôte et des invités |
| Reconnecter le CODIR au terrain | Un site de l’entreprise vu autrement : atelier, entrepôt, agence | Prévenir les équipes locales et leur donner un vrai rôle |
Grille indicative, à adapter à la taille du comité et à son histoire.
La bonne question n’est pas « quel lieu va plaire ? » mais « que doit-on avoir décidé en repartant ? ». Tant que cette phrase n’est pas écrite, aucun lieu ne peut être évalué. C’est toute la différence entre un objectif et une intention, que nous détaillons dans notre article sur l’intention d’un séminaire.
Une fois l’intention posée, le choix du cadre devient beaucoup plus simple. Chaque enjeu appelle des qualités de lieu différentes, et chacun comporte son propre risque.
Un même séminaire peut combiner deux enjeux. C’est fréquent sur deux jours : une première journée pour ouvrir, une seconde pour trancher. Dans ce cas, le lieu idéal offre deux ambiances distinctes, un espace pour explorer et une salle pour décider.

Six familles de lieux insolites, vues sous l’angle de la décision
Domaine, château ou manoir
Apportede l’espace, des salons pour les sous-groupes, le temps long d’une résidence.
Coûteun symbole de prestige parfois mal lu en période de tension sociale.
Lieu nature : écolodge, refuge, ferme
Apportela déconnexion réelle, la marche, un rythme plus lent.
Coûteune logistique plus lourde, la météo, une salle plénière parfois sommaire.
Tiers-lieu ou friche industrielle
Apportede l’énergie, des murs bruts où tout afficher, une rupture nette avec le siège.
Coûtedu bruit, d’autres occupants, une confidentialité difficile à garantir.
Bateau ou péniche
Apporteun huis clos total, un vrai sentiment de parenthèse.
Coûteun espace contraint, pas de sous-groupes, impossible de quitter la table.
Lieu culturel : musée, atelier d’artiste
Apportedes images et des métaphores pour penser l’avenir de l’organisation.
Coûtedes horaires imposés, du public, une salle de réunion souvent en annexe.
Site de l’entreprise revisité
Apportel’ancrage dans le réel, des visites qui nourrissent les échanges, un budget maîtrisé.
Coûtela tentation de répondre aux urgences, l’opérationnel qui rattrape le comité.
Les classements de lieux atypiques recensent des dizaines d’adresses. Pour un comité de direction, ils se ramènent à ces six familles. Aucune n’est bonne ou mauvaise en soi.
Une péniche peut convenir à un CODIR de cinq personnes qui doit retrouver de la complicité. Elle devient un piège pour douze dirigeants qui doivent arbitrer entre trois scénarios de réorganisation.
Les critères pratiques restent indispensables : accès, hébergement, restauration, équipement. Nous les passons en revue dans notre guide sur le choix d’un lieu de séminaire d’entreprise. Ils ne suffisent pas à départager deux lieux pour un CODIR : c’est l’enjeu qui tranche.
Les erreurs qui transforment un lieu insolite en simple décor
Ordre fréquent
Le lieu d’abord
- Lieu réservé
- Programme pour remplir le cadre
- Intention formulée à la fin
Résultat probable : un beau souvenir et des sujets reportés au CODIR suivant.
Ordre recommandé
L’intention d’abord
- Ce que le CODIR doit avoir décidé
- Déroulé : temps d’ouverture, temps de décision
- Lieu choisi pour servir ce déroulé
Le lieu devient un outil au service du travail, et chaque espace a un usage prévu.
Ces erreurs reviennent dans la préparation de nombreux séminaires de direction. Aucune ne tient au lieu lui-même. Toutes tiennent à l’ordre dans lequel les décisions de préparation ont été prises.
Réserver le lieu avant d’avoir écrit l’intention
Les lieux recherchés se réservent tôt, alors on bloque une date et une adresse. Le programme se construit ensuite pour remplir le cadre. Le séminaire hérite d’un décor qui ne sert pas forcément son enjeu, et personne n’ose le remettre en cause puisque l’acompte est versé.
Laisser le forfait du lieu dicter le programme
Certains lieux insolites proposent un forfait d’activités : dégustation, course d’orientation, atelier culinaire. Ces activités ont leur place dans un team building. Dans un séminaire CODIR, elles grignotent le temps de travail et laissent croire que la cohésion suffira à produire des décisions.
Ignorer le message envoyé aux équipes
Un CODIR qui part deux jours dans un château pendant un gel des embauches a toutes les chances d’être commenté. Ce n’est pas une raison de rester au bureau. C’est une raison de choisir un lieu cohérent avec la situation, et de pouvoir expliquer ce choix sans gêne.
Oublier la salle où l’on va converger
Certains lieux spectaculaires offrent des salons magnifiques et aucune vraie salle de travail. On peut y diverger pendant des heures. Au moment de prioriser, le groupe se retrouve sur des canapés bas, sans mur ni tableau, et la décision glisse à « on en reparle lundi ».
Compter sur le lieu pour faire tenir les décisions
Le souvenir d’un cadre marquant ne garantit pas que les engagements survivront au retour. Nous y revenons plus bas, car c’est l’erreur la plus coûteuse.
Conseil de préparation. Écrivez en une phrase ce que le CODIR doit avoir décidé à la fin du séminaire. Faites-la relire par deux membres du comité. Puis seulement, envoyez-la aux lieux que vous consultez et demandez-leur comment leur espace la sert.
Visiter le lieu avec une seule question : où allons-nous décider ?
- La salle plénièrePeut-on y travailler assis en cercle, sans table centrale qui fige les places ? La lumière naturelle tient-elle jusqu’en fin d’après-midi ?
- Les mursPeut-on afficher des dizaines de feuilles, coller, déplacer ? Un groupe qui ne voit pas sa production ne converge pas.
- Les espaces de sous-groupesPour un CODIR de huit à dix personnes, deux ou trois espaces calmes et proches évitent de perdre du temps à chaque changement de séquence.
- Le bruit réelRevenez à l’heure où vous occuperez la salle. Cuisine, autre groupe, route, ventilation : écoutez ce qu’on ne vous signalera pas.
- Le parcours à piedUn sentier ou un parc où marcher à deux ou trois change la qualité des échanges informels. Vérifiez qu’il reste praticable par mauvais temps.
- La confidentialitéQui d’autre sera sur place ? Un CODIR qui parle de réorganisation ne peut pas le faire avec un autre séminaire dans la salle voisine.
Une visite de repérage se fait souvent avec le commercial du lieu, qui montre les plus beaux espaces. Prenez la main sur le parcours, et vérifiez les six points ci-dessus dans l’ordre où ils pèsent sur la qualité des décisions.
Chez Insuffle, nous intervenons dans le lieu de votre choix, partout en France, ou nous vous aidons à en sélectionner un. Le lieu se choisit après le cadrage de l’intention, jamais avant. C’est ainsi que nous construisons chaque séminaire CODIR, en partant de ce que l’équipe doit trancher.

Faire tenir les décisions une fois rentrés au bureau
Ouvrir, converger, ancrer : chaque phase a son cadre
Ouvrir
Le lieu insolite, dehors, en marchant
Explorer les options, partager les constats, faire émerger ce qui ne se dit pas.
Converger
La salle la plus sobre du lieu
Prioriser, trancher, écrire les engagements devant tout le comité.
Ancrer
Le siège
Faire vivre les décisions là où elles s’appliquent.
Une idée circule souvent : ce qu’on a vécu dans un cadre fort reste mieux gravé. Elle s’appuie volontiers sur une expérience célèbre de 1975, menée avec des plongeurs. Ceux-ci se souvenaient mieux de mots appris sous l’eau quand ils étaient interrogés sous l’eau.
En 2021, le chercheur J. M. J. Murre, de l’université d’Amsterdam, a reproduit cette expérience avec seize plongeurs. Il n’a pas retrouvé l’effet : le rappel n’était pas meilleur dans le contexte d’apprentissage. L’effet est donc, au mieux, fragile. La leçon pour un dirigeant est simple. Ne comptez pas sur le souvenir du lieu pour faire vivre les décisions dans le quotidien du siège.
Trois réflexes qui protègent les décisions
Le premier : chaque engagement s’écrit noir sur blanc avant le départ, avec un porteur et une échéance. Une décision sans nom ni date redevient une intention dès le lundi suivant.
Le deuxième : prévoir un point de suivi court, à deux ou trois semaines, au siège. Il vérifie ce qui a été lancé et ce qui bloque déjà. Sur notre séminaire CODIR en deux jours, des points de suivi sont ainsi prévus à 45 et à 90 jours.
Le troisième : décider sur place de ce qui sera dit aux équipes, et par qui. Un CODIR qui revient d’un lieu marquant sans message commun laisse chacun raconter sa propre version.
Les causes profondes d’une décision qui se défait dépassent largement la question du lieu. Nous les analysons dans notre article sur les décisions de CODIR qui ne tiennent pas.
Questions fréquentes sur le séminaire CODIR dans un lieu insolite
Un lieu insolite convient-il à tous les CODIR ?
Non. Il sert surtout les séminaires qui doivent ouvrir la réflexion, construire un cap ou recréer du lien. Pour un comité qui doit trancher un arbitrage lourd en une journée, un lieu sobre et calme est souvent plus efficace. Le critère n’est pas la taille de l’entreprise ni le budget, mais ce que l’équipe doit produire. Un CODIR peut aussi alterner : un lieu marquant pour le séminaire annuel, une salle neutre pour les séminaires de décision.
Combien de temps prévoir dans un lieu éloigné ?
Au-delà de deux heures de trajet, une journée unique est vite amputée par le transport et l’installation. Deux jours de travail, avec une arrivée la veille au soir, permettent de démarrer tôt et reposé. L’étude sur la randonnée citée plus haut porte sur quatre jours d’immersion : rien n’indique qu’une demi-journée produise le même effet. La durée se décide donc avec l’enjeu, pas avec la beauté du lieu.
Faut-il confisquer les téléphones pendant le séminaire ?
Confisquer infantilise des dirigeants. Convenir ensemble d’une règle fonctionne mieux : téléphones rangés pendant les séquences, créneaux définis pour traiter les urgences. La règle se pose au démarrage, par le groupe lui-même. Elle compte d’autant plus dans un lieu choisi pour couper avec le quotidien, puisque la déconnexion fait partie de ce qui rend un cadre différent utile. Un membre qui répond à ses messages en séance ramène tout le comité au siège.
Quand vaut-il mieux rester dans ses murs ?
Quand l’entreprise traverse une crise sociale visible, un départ au loin sera lu comme une fuite. Quand le sujet exige des données consultées en direct, rester près des systèmes est plus simple. Quand le CODIR se réunit en urgence, l’organisation d’un déplacement fait perdre un temps précieux. Dans ces cas, une salle de l’entreprise réaménagée, sans table centrale et avec des murs disponibles, peut produire un vrai travail de direction.
Un lieu insolite coûte-t-il plus cher qu’un hôtel de séminaire ?
Pas forcément. L’étiquette insolite ne dit rien du prix : un refuge et un château n’ont pas le même tarif. Le coût dépend surtout de la durée, de l’hébergement, de la restauration et du transport du groupe. Le lieu n’est qu’un poste parmi d’autres, aux côtés de la préparation et de l’animation. Pour construire votre enveloppe poste par poste, consultez notre article sur le budget d’un séminaire CODIR.
Le facilitateur peut-il aider à choisir le lieu ?
Oui, et c’est souvent utile. Le facilitateur connaît le déroulé du séminaire, les séquences prévues et le nombre de sous-groupes. Il sait donc quelles salles, quels murs et quels espaces extérieurs seront réellement utilisés. Chez Insuffle, nous intervenons dans le lieu que vous avez choisi ou nous vous aidons à en sélectionner un. Dans les deux cas, nous visitons le lieu avec la grille du déroulé, pas avec celle du prestige.
Le bon lieu est celui qu’on oublie au moment de trancher
Avant de réserver
L’intention d’abord, le déroulé ensuite, le lieu en dernier.
Votre lieu est-il adapté à ce que votre CODIR doit décider ? Trente minutes suffisent pour le vérifier, avant de signer un devis.
Échanger avec Yoan LureaultUn lieu insolite est un outil puissant pour ouvrir la réflexion d’un comité de direction. Il devient un obstacle quand il prend toute la place. Les meilleurs cadres sont ceux qui stimulent pendant les temps d’exploration, puis s’effacent quand vient l’heure de décider.
Votre séminaire réunit au-delà du seul CODIR, cadres ou équipes élargies ? La même logique s’applique à un séminaire d’entreprise. On part de ce que le groupe doit produire, puis on choisit le cadre qui l’y aide.
Sources
- Atchley R. A., Strayer D. L., Atchley P., Creativity in the Wild: Improving Creative Reasoning through Immersion in Natural Settings, PLOS ONE, 2012.
- University of Utah, Nature nurtures creativity after four days of hiking, ScienceDaily, 2012.
- Stanford Graduate School of Education, Walking helps get the creative juices flowing, new study finds, 2014 (étude d’Oppezzo et Schwartz).
- University of Illinois News Bureau, Too much, too little noise turns off consumers, creativity, 2012 (étude de Mehta, Zhu et Cheema).
- ScienceDaily, Ceiling Height Can Affect How A Person Thinks, Feels And Acts, 2007 (étude de Meyers-Levy et Zhu).
- Edmondson A., Psychological Safety and Learning Behavior in Work Teams, Administrative Science Quarterly, 1999.
- Murre J. M. J., The Godden and Baddeley (1975) experiment on context-dependent memory on land and underwater: a replication, Royal Society Open Science, 2021.