Le séminaire CODIR s’est bien passé. Deux jours hors les murs, des décisions prises, un cap enfin partagé autour de la table. Trois semaines plus tard, une responsable de service découvre la nouvelle priorité dans un mail de la direction générale. Elle ne sait pas ce qu’elle change pour son équipe. Elle la range avec les autres.
Ce scénario est courant. Le cap existe, il ne descend pas. Entre le comité de direction et les équipes se trouve un étage décisif : les cadres, managers intermédiaires et responsables de service qui traduisent la stratégie en travail concret.
Le séminaire des cadres sert à franchir cet étage. Bien conçu, il ne présente pas la stratégie, il la fait travailler par ceux qui devront la porter. Vous trouverez ici le bon moment pour l’organiser et un déroulé type sur une journée. Suivent les erreurs qui le vident de son sens et ce qu’il faut prévoir pour que le cap tienne.
Vous préparez la suite d’un séminaire de direction ? Prenez rendez-vous avec Yoan Lureault pour cadrer la séquence.
Pourquoi le cap du CODIR se perd au premier étage
Ce qui descend, étage par étage
Le raisonnement reste en haut, la consigne descend seule
CODIR
Détient tout le raisonnement : options écartées, risques acceptés, compromis passés.
Cadres
Reçoivent la conclusion sans le chemin. Ils peuvent la répéter, pas l’adapter.
Point de ruptureÉquipes
Entendent une consigne, parfois une rumeur, rarement une raison.
Le séminaire des cadres agit sur la deuxième marche : il transmet le chemin, pas seulement la conclusion.
On imagine volontiers que la stratégie se dilue tout en bas, chez les équipes opérationnelles. Les données montrent que la perte commence bien plus haut. Donald Sull, Rebecca Homkes et Charles Sull ont publié une enquête dans la Harvard Business Review en 2015. Un manager intermédiaire sur deux seulement y cite l’une des cinq priorités de son entreprise.
Le haut de la pyramide n’est pas épargné. La London Business School a relayé cette recherche, menée auprès de 11 000 dirigeants et managers de plus de 400 entreprises. Seul un tiers des cadres supérieurs y cite correctement les trois priorités de leur entreprise.
Cet étage pèse lourd sur ce que vivent les équipes. Gallup estime que le manager explique au moins 70 % de la variance de l’engagement entre unités de travail. En France, son rapport State of the Global Workplace 2026 mesure 8 % de salariés engagés. Quand le cap n’atteint pas les managers, il atteint difficilement les équipes.
La cause est souvent mécanique. Le CODIR a passé deux jours à construire son raisonnement : les options écartées, les risques acceptés, les compromis. Les cadres reçoivent la conclusion sans le chemin. Ils peuvent répéter le cap, ils ne peuvent pas l’expliquer, encore moins l’adapter à leur périmètre.
Trois signes trahissent ce décrochage :
- chaque service reformule la priorité avec ses propres mots, et ces mots divergent ;
- les arbitrages remontent au CODIR au lieu d’être pris au bon niveau ;
- les équipes apprennent les décisions par la rumeur avant toute communication officielle.
Ce phénomène a un nom sur ce site : le syndrome du CODIR omniscient, quand la réflexion collective s’arrête à l’étage de la direction.
Séminaire des cadres : de quoi parle-t-on exactement ?
Format voisin
La grand-messe
- Objectif
- Annoncer le cap et rassurer
- Qui parle
- Le dirigeant et le CODIR, l’essentiel du temps
- Place des objections
- Quelques questions en fin de séance
- Ce qui en sort
- Des supports de présentation à rediffuser
Le format qui fait descendre le cap
Le séminaire des cadres
- Objectif
- Traduire le cap en priorités par service
- Qui parle
- Les cadres, une large part de la journée
- Place des objections
- Une séquence dédiée, avec réponses du CODIR
- Ce qui en sort
- Priorités déclinées, arbitrages datés, engagements
Un séminaire des cadres réunit les managers qui encadrent des équipes, après le séminaire du CODIR, pour s’approprier le cap et le traduire en priorités par service. Il concerne les managers intermédiaires, les responsables de service et souvent les chefs de projet transverses.
Il se distingue de trois formats voisins. La convention annuelle informe un large public. Le team building travaille la cohésion. La formation managériale développe des compétences. Le séminaire des cadres, lui, transforme une décision de direction en engagements concrets à chaque niveau.
La démarche lean du hoshin kanri a un mot pour ce mouvement : le catchball. Celui qui porte un objectif en expose l’intention, puis le lance aux personnes concernées pour recueillir leurs retours et leur engagement. Le séminaire des cadres est le premier lancer de balle. Le CODIR doit accepter que la balle revienne avec des questions.
emlyon business school présente le manager comme le maillon opérationnel indispensable du déploiement de la stratégie. Il doit la comprendre pour la traduire en actions concrètes sur le terrain. Comprendre suppose d’en discuter, pas seulement de l’entendre. Pour décliner une intention de la mission jusqu’aux actions des équipes, la méthode MOST offre un cadre simple à partager avec les cadres.
Quand organiser le séminaire des cadres après le séminaire CODIR ?
Avant de fixer la date
Le test des trois lignes
Demandez à chaque membre du CODIR d’écrire, seul, ce que le cap change concrètement pour son périmètre. Puis comparez.
Si les versions se contredisent
Le séminaire des cadres arrive trop tôt
Si les versions se complètent
Vous tenez la matière de l’ouverture
Trop tôt, le séminaire expose un CODIR qui n’a pas fini de trancher. Trop tard, le cap a déjà circulé par la rumeur, déformé à chaque étage. En pratique, quelques semaines suffisent entre les deux temps. Ce délai reste indicatif et dépend de la portée des décisions.
Avant de fixer une date, vérifiez trois conditions :
- les décisions du CODIR sont stabilisées et assumées par chacun de ses membres ;
- les sujets non tranchés sont identifiés comme tels, avec une date d’arbitrage ;
- chaque membre peut expliquer le pourquoi du cap en quelques phrases, sans support.
Si les décisions prises en séminaire se défont dès le retour au bureau, le problème est en amont. Traitez d’abord les décisions de CODIR qui ne tiennent pas. Si le cap lui-même reste flou, un séminaire d’alignement stratégique du CODIR doit précéder la descente vers les cadres.
Une équipe de direction qui fonctionne encore en juxtaposition peut aussi travailler sa manière de décider ensemble. Insuffle Académie, la branche organisme de formation d’Insuffle, propose une formation d’une journée en intra pour les équipes de direction.
Un déroulé type de séminaire des cadres sur une journée
| Séquence | Durée | Ce qui se passe | Ce qui en sort |
|---|---|---|---|
| Ouverture par le dirigeant | 30 min | Le pourquoi du cap, les options écartées, les risques acceptés | Un récit commun du cap |
| Questions sans filtre | 45 min | Les cadres écrivent leurs questions, le CODIR répond en direct | Les zones de flou nommées |
| Traduction par service | 1 h 30 | Chaque groupe décline le cap en trois priorités pour son périmètre | Une première déclinaison par service |
| Croisement entre services | 1 h | Les priorités sont confrontées, les frottements apparaissent | Les dépendances rendues visibles |
| Retour vers le CODIR | 45 min | Les cadres renvoient ce qui bloque, le CODIR arbitre ou date l’arbitrage | Une liste d’arbitrages datés |
| Engagements | 30 min | Chaque cadre fixe sa première action et la date de son point d’équipe | Un calendrier de déploiement |
Durées indicatives, à adapter à la taille du groupe, au nombre de services et à la portée des décisions.
Ce déroulé illustre la logique d’une journée construite pour faire travailler le cap. Les durées s’adaptent à la taille du groupe, au nombre de services et à la portée des décisions.
Deux séquences font la différence. Les questions sans filtre d’abord : écrites et anonymes, elles font remonter ce que personne n’oserait dire au micro. Le retour vers le CODIR ensuite : c’est le moment où les cadres vérifient que leur parole change quelque chose.
Quand le CODIR a construit son cap à partir d’un futur désiré, la méthode signature d’Insuffle, l’ouverture gagne à raconter ce futur plutôt qu’à lister des objectifs. Les cadres se projettent dans une situation, pas dans un tableau de bord.
Reste la question de l’animation. Un membre du CODIR qui anime est juge et partie : il défend le cap pendant qu’il prétend recueillir les objections. Un facilitateur extérieur tient le cadre et laisse la direction répondre. C’est le principe des séminaires d’entreprise que nous concevons et facilitons sur mesure.
Quatre erreurs qui vident le séminaire des cadres de son sens
Pendant la journée
Ce que vous verrez dans la salle
Présentation
Les questions arrivent après le déjeuner, quand il ne reste plus de temps.
CODIR absent ou muet
Les cadres se tournent vers l’animateur pour une réponse que seul le CODIR peut donner.
Adhésion réclamée trop tôt
Les objections passent en aparté, à la pause, jamais en plénière.
Pas de suivi daté
La dernière diapositive dit merci, pas « rendez-vous le » suivi d’une date.
Transformer la journée en présentation
Quarante diapositives le matin, une table ronde l’après-midi. Les cadres repartent informés, pas engagés. Une règle simple aide : le temps de parole de la direction ne dépasse pas celui des cadres.
Laisser le CODIR absent ou muet
Un CODIR qui délègue la journée aux RH envoie un message clair : le sujet ne le concerne plus. À l’inverse, un CODIR présent mais silencieux pendant les questions laisse les doutes sans réponse. Ses membres doivent être là et répondre.
Réclamer l’adhésion avant d’écouter les objections
Demander aux cadres de « porter le cap » dès l’ouverture les place en position de soldats. Le malaise est déjà présent. Selon une enquête OpinionWay de 2018 reprise par le groupe APICIL, 81 % des managers estiment que leur fonction n’est pas reconnue à sa juste valeur. Une journée où ils écoutent sans peser le confirme.
Repartir sans date de suivi
Sans rendez-vous fixé, la journée devient un bon souvenir. Les arbitrages promis glissent, et les cadres concluent que leurs remontées n’ont servi à rien. La date du premier point de suivi s’annonce avant la fin de la journée.
Après le séminaire : faire tenir le cap dans les équipes
La séquence qui suit la journée
Jour J
Engagements et dates posés
Chaque cadre repart avec sa première action.
Semaines suivantes
Points d’équipe
Les cadres animent, un membre du CODIR écoute.
Date annoncée
Arbitrages rendus
Le CODIR tranche, ou explique le report.
Trois mois
Mesure de la descente
Les cadres citent-ils les priorités, par écrit ?
Le séminaire des cadres ouvre une séquence, il ne la clôt pas. Trois rendez-vous font la différence entre un cap compris et un cap appliqué.
Le point d’équipe de chaque cadre. Dans les semaines qui suivent, chaque cadre réunit son équipe pour décliner les priorités à son niveau. Un membre du CODIR assiste à quelques-unes de ces réunions, sans les animer, pour entendre ce qui remonte.
La tenue des arbitrages promis. Chaque arbitrage daté pendant la journée est rendu à la date annoncée, même pour dire qu’il est reporté. C’est le signal le plus fort envoyé aux cadres sur le sérieux de la démarche.
La mesure à trois mois. Reprenez la question de l’enquête de Sull et Homkes : vos cadres savent-ils citer les priorités ? Posez-la par écrit, sans prévenir. L’écart entre les réponses vous dit où le cap s’est perdu.
Ces rendez-vous se préparent dès le séminaire de direction. Nos séminaires CODIR prévoient un suivi à 30, 60 et 90 jours, un cadre naturel pour piloter la descente vers les cadres.
Questions fréquentes sur le séminaire des cadres
Qui inviter à un séminaire des cadres ?
Invitez les personnes qui encadrent des équipes et devront traduire le cap : managers intermédiaires, responsables de service, chefs de projet transverses. Le critère n’est pas le statut de cadre au sens du contrat, mais la responsabilité de faire travailler d’autres personnes. Les membres du CODIR sont présents, en position de répondre plutôt que de présenter. Les fonctions support concernées par les arbitrages ont aussi leur place.
Combien de temps doit durer un séminaire des cadres ?
Une journée suffit dans la plupart des cas pour exposer le cap, recueillir les questions, le décliner par service et repartir avec des engagements. Une seconde demi-journée devient utile quand le cap bouleverse l’organisation ou que les dépendances entre services sont nombreuses. Une demi-journée seule laisse rarement le temps de la déclinaison, qui est pourtant la séquence la plus productive.
Le dirigeant doit-il animer lui-même le séminaire ?
Le dirigeant ouvre la journée et répond aux questions, c’est sa place. Animer l’ensemble le met en difficulté : il ne peut pas défendre le cap et recueillir sereinement les objections dans le même temps. Un facilitateur, interne ou externe, tient le cadre, le rythme et la parole. Le dirigeant reste disponible pour l’essentiel, expliquer et arbitrer.
Faut-il un séminaire des cadres après chaque séminaire CODIR ?
Non. Quand le séminaire CODIR porte sur le fonctionnement de l’équipe de direction ou sur des ajustements mineurs, une communication soignée relayée par chaque directeur suffit. Le séminaire des cadres se justifie quand le cap change les priorités de plusieurs services ou demande des arbitrages entre eux. Organiser une journée pour une décision qui tient en un paragraphe use la crédibilité du format.
Séminaire des cadres et convention annuelle, est-ce pareil ?
Non. La convention annuelle s’adresse souvent à un public large et vise d’abord l’information et la reconnaissance. Le séminaire des cadres réunit un groupe plus restreint, chargé de traduire une décision en actions. Les deux formats peuvent cohabiter, à condition de ne pas demander à la convention de produire ce qu’elle ne peut pas produire : une déclinaison par service.
Quand un séminaire des cadres n’est-il pas la bonne réponse ?
Quand le CODIR est lui-même divisé, réunir les cadres expose ses désaccords et les amplifie : il faut d’abord travailler l’équipe de direction. Quand le cap touche aux effectifs ou à l’organisation, le CSE doit être informé et consulté dans les entreprises d’au moins 50 salariés, selon l’article L2312-8 du Code du travail. Dans ces situations, un accompagnement du CODIR et un conseil juridique passent avant la journée des cadres.
Le cap descend quand les cadres l’ont travaillé
Trois états d’un même cap
Annoncé
Il reste au CODIR.
Discuté
Les cadres en comprennent le chemin.
Décliné
Il devient celui des équipes.
Un cap annoncé reste au CODIR. Un cap discuté, décliné et renvoyé avec des questions devient celui des cadres, puis celui des équipes. Le séminaire des cadres n’ajoute pas une réunion à l’agenda, il transforme une décision de direction en décisions de terrain.
Vous sortez d’un séminaire CODIR, ou vous en préparez un ? Parlons de la façon de faire descendre ce qui s’y décidera.
Sources
- Donald Sull, Rebecca Homkes, Charles Sull, Why Strategy Execution Unravels, and What to Do About It, Harvard Business Review, numéro de mars 2015.
- London Business School, Two-thirds of senior managers can’t name their firm’s top priorities, décembre 2015.
- Randall Beck, Jim Harter, Managers Account for 70% of Variance in Employee Engagement, Gallup, avril 2015.
- Gallup, State of the Global Workplace 2026, données France, avril 2026.
- emlyon business school, Le manager, maillon opérationnel indispensable du déploiement de la stratégie, publié en avril 2018, mis à jour en août 2026.
- Maggie Millard, What Is Catchball in Lean? (And How to Use It for Team Alignment), KaiNexus, octobre 2025.
- Groupe APICIL, livre blanc L’Élan des talents n° 2, Comment aider le manager intermédiaire à s’épanouir ?, données OpinionWay 2018.
- Code du travail, article L2312-8, attributions du comité social et économique, version en vigueur.