Un lundi, le directeur général annonce un plan de maîtrise des coûts. Le jeudi, les cadres apprennent que le séminaire du comité de direction aura lieu dans un hôtel quatre étoiles. Personne ne commente. Personne n'en a besoin. Le message qui descend dans l'entreprise n'est plus celui de la note de service.
C'est tout le sujet de l'exemplarité du CODIR. Vos cadres n'écoutent pas d'abord ce que dit le comité de direction. Ils regardent comment il se comporte, comment il décide, comment il tient ses propres règles. Puis ils règlent leur engagement sur ce qu'ils ont vu.
Cet article s'adresse aux dirigeants et aux membres de CODIR qui sentent leur encadrement décrocher et cherchent par où commencer. Vous y trouverez ce que recouvre l'exemplarité d'une équipe de direction, les six terrains où elle se joue et ce que la recherche dit de ses effets. Vous y trouverez aussi les erreurs les plus fréquentes, une grille d'autodiagnostic et des gestes à poser dès le prochain comité.
Votre encadrement s'essouffle et vous voulez un regard extérieur sur la situation ? Réservez un échange de 30 minutes avec Yoan Lureault.
Qu'est-ce que l'exemplarité du CODIR ?
L'exemplarité managériale se définit simplement. C'est la capacité à s'appliquer à soi-même ce que l'on demande aux autres. Les Éditions Tissot l'opposent au « fais ce que je te dis de faire ».
Appliquée au comité de direction, la notion change d'échelle. Il ne s'agit plus seulement de la conduite d'un dirigeant. Il s'agit de la manière dont une équipe de direction fonctionne, décide et se tient, sous le regard de tous ceux qui en dépendent.
L'exemplarité du CODIR est la cohérence visible entre ce que le comité de direction demande à l'organisation et ce qu'il pratique lui-même, individuellement et collectivement.
Ce que l'exemplarité n'est pas
Le mot fait peur à beaucoup de dirigeants, parce qu'il évoque une forme de perfection. Quatre confusions reviennent souvent :
- La perfection morale. Personne ne l'attend. Les cadres attendent de la cohérence et la reconnaissance des écarts.
- Le sacrifice. Le directeur qui ne prend jamais de congés et répond aux mails à minuit envoie un message ambigu. Il montre l'exemple d'un rythme qu'il demandera ensuite de ne pas suivre.
- La maîtrise de tous les métiers. Un directeur financier n'a pas à savoir animer une équipe commerciale. Il doit tenir ses engagements envers elle.
- L'unanimité de façade. Un CODIR qui ne montre jamais un désaccord n'est pas exemplaire. Il est opaque, et les cadres le sentent.
Une affaire collective, pas seulement celle du dirigeant
Un directeur général exemplaire entouré d'un CODIR qui ne l'est pas ne suffit pas. Dans une PME de 150 personnes, beaucoup de cadres ont pour supérieur direct un membre du comité, pas le directeur général. C'est ce membre qu'ils voient chaque semaine.
L'exemplarité du CODIR se lit donc à trois niveaux. Le comportement de chaque directeur dans sa fonction. La façon dont les membres se parlent et se citent entre eux. Et la manière dont le comité, en tant qu'instance, tient ses décisions.
Repère
Le guide de la DGAFP destiné aux managers publics, La boussole du manager, rappelle que la cohérence entre le discours et les actes suscite et entretient la confiance. Il propose un geste très simple : lister ses engagements et y revenir régulièrement pour vérifier qu'une suite leur a été donnée. Ce qui vaut pour un manager vaut pour un comité de direction entier.
Pourquoi les cadres regardent le CODIR avant de l'écouter
Deux chemins pour un même message
Ce que le CODIR annonce et ce qu'il montre ne prennent pas le même chemin
Où agir, selon l'étage qui bloque
Les cadres doutent des décisions
Commencer en haut : engagements suivis et règles que le comité s'applique.
Le relais coince au milieu
Donner aux cadres un temps pour travailler le cap et dire ce qu'ils voient.
Les équipes attendent
Regarder d'abord les deux étages du dessus avant de chercher en bas.
Chemin du comportement inspiré du modèle en cascade de Mayer et al. (2009) : l'effet de la direction sur les équipes transite par les managers de proximité.
Dans une organisation, on apprend en observant ceux qui ont du pouvoir sur sa trajectoire. Les cadres décodent en permanence les signaux venus d'en haut. Qui est promu, et pourquoi. Sur quel sujet le CODIR revient trois fois. Quelle règle saute dès qu'elle devient gênante.
Ces signaux pèsent plus lourd que les messages officiels. Une présentation sur la responsabilisation ne résiste pas à un arbitrage repris en main par un membre du comité la semaine suivante.
L'effet cascade, mesuré par la recherche
En 2009, David Mayer et ses collègues ont étudié 904 salariés et 195 managers répartis dans 195 services. Leur question : le leadership éthique de la direction descend-il jusqu'au terrain, et par quel chemin ?
Leur résultat est net. L'effet du leadership éthique de la direction sur les comportements des équipes transite par les managers de proximité. La direction agit d'abord sur ceux qui encadrent le terrain, et ceux-ci reproduisent ou non ce qu'ils voient.
Conséquence pratique
Si vos cadres ne relaient pas votre manière de faire, rien n'atteint vos équipes. Et ils relaient ce qu'ils voient, pas ce qu'ils entendent.
Des cadres eux-mêmes en train de décrocher
Le contexte rend le sujet plus pressant. Trois chiffres de Gallup posent le décor :
- Des managers qui décrochent. Selon le rapport State of the Global Workplace 2026, l'engagement des managers dans le monde est passé de 27 % à 22 % entre 2024 et 2025. Gallup note qu'ils sont de plus en plus engagés au même niveau que ceux qu'ils encadrent.
- Une France très en dessous. La même étude mesure 8 % de salariés engagés en France, contre 12 % en moyenne européenne et 20 % dans le monde.
- Un rôle central du manager. Gallup estimait déjà, en 2015, que les managers expliquent au moins 70 % des écarts d'engagement entre unités de travail, à partir de données américaines.
Mettez ces constats bout à bout. L'engagement des équipes dépend largement de leur manager. L'engagement du manager dépend de ce qu'il vit avec sa direction. La chaîne commence en haut.
Précaution de lecture
Ces chiffres sont des moyennes nationales ou internationales. Ils ne disent rien de votre entreprise en particulier. Ils servent à poser une question, pas à poser un diagnostic. Le diagnostic, lui, se fait avec vos cadres.
Les six terrains où se joue l'exemplarité d'un CODIR
L'exemplarité ne se décrète pas dans un discours de rentrée. Elle se joue dans des moments précis, souvent banals, que les cadres observent avec une attention que le comité sous-estime. Six terrains reviennent de façon récurrente.
Observation, puis interprétation
Ce que les cadres voient, et ce qu'ils en concluent sans le dire
- 1
Décisions
Un directeur se désolidarise devant son équipe
Les décisions du CODIR sont négociables
- 2
Désaccords
Des conflits réglés par équipes interposées
Il faut choisir son camp pour avancer
- 3
Règles
Des exceptions réservées à la direction
Les règles sont pour les autres
- 4
Attention
Des revues centrées sur les seuls chiffres individuels
La coopération est un discours
- 5
Mauvaises nouvelles
Un messager mis en difficulté
Mieux vaut se taire
- 6
Terrain
Une direction absente ou en visite officielle
Le CODIR ne sait pas ce que nous vivons
Ces conclusions se disent rarement en réunion. Elles se lisent plutôt dans les initiatives qui disparaissent.
1. Les décisions tenues après la réunion
Scène fréquente : le CODIR décide une réorganisation après un vrai débat. Le lendemain, un directeur réunit son équipe et glisse : « Je n'étais pas pour, mais c'est comme ça. » En une phrase, il vient d'annuler la décision aux yeux de ses cadres.
La solidarité de décision est le premier marqueur d'exemplarité d'un comité. Le désaccord a sa place avant la décision, pas après. Si ce point vous parle, l'article sur les décisions de CODIR qui ne tiennent pas détaille les mécanismes en jeu.
2. Les désaccords traités en salle, pas dans les couloirs
Deux directeurs s'opposent depuis des mois sur un sujet de fond. Ils restent polis en comité et règlent leurs comptes par équipes interposées. Les cadres de chaque direction finissent par choisir un camp.
Un CODIR exemplaire ne cache pas ses désaccords. Il les traite là où ils doivent l'être, en comité, avec des règles claires. Puis il sort uni sur la décision.
3. Les règles que le comité s'applique à lui-même
C'est le terrain le plus visible, et souvent le plus sous-estimé. Quelques configurations courantes :
- Le CODIR fixe une date limite pour les entretiens annuels. Ses membres réalisent les leurs trois mois plus tard.
- Une règle de télétravail s'applique à tous, sauf aux directeurs.
- Un gel des recrutements est annoncé, puis un poste d'assistant de direction est ouvert.
- La ponctualité est demandée en réunion, et le comité commence systématiquement en retard.
Chacun de ces écarts paraît mineur vu d'en haut. Vu d'en bas, il dit une chose simple : les règles sont pour les autres.
4. Ce que le CODIR regarde, mesure et récompense
Une direction peut parler de coopération pendant tout un séminaire. Si ses revues mensuelles ne portent que sur les résultats individuels de chaque direction, les cadres retiendront la revue mensuelle.
Le même mécanisme joue sur le droit à l'erreur. Un comité qui l'affiche puis sanctionne le premier projet raté vient d'apprendre à tout l'encadrement à ne plus rien tenter.
5. La manière de recevoir les mauvaises nouvelles
Imaginez un site industriel où un incident qualité remonte avec dix jours de retard. En creusant, on découvre souvent la même chose : le dernier porteur d'une mauvaise nouvelle a passé un très mauvais quart d'heure en comité.
La façon dont le CODIR réagit au messager règle le débit de toutes les remontées futures. C'est aussi une affaire de sécurité psychologique : si dire un problème coûte plus cher que le taire, l'information s'arrête avant d'arriver en haut.
6. La présence réelle sur le terrain
Un comité qui demande à ses cadres d'être proches des équipes, sans jamais s'y montrer lui-même, se prive de crédibilité. La visite annuelle sous escorte ne compte pas. Ce qui compte, c'est la régularité et la capacité à écouter sans annoncer.
Nous avons décrit trois niveaux de rapport au terrain, croire, voir et vivre, dans un article consacré au CODIR et sa connaissance du terrain.
Ce que coûte l'écart entre le dire et le faire
L'exemplarité passe souvent pour un sujet de valeurs, donc secondaire face aux urgences. La recherche dit autre chose.
Ce que la recherche a mesuré
Un petit écart de cohérence, un effet qui se voit dans les comptes
2,5 %
du chiffre d'affaires en rentabilité, pour un gain d'un huitième de point sur le score de cohérence des managers, noté sur 5.
Le segment jaune figure un huitième de point. Étude de Tony Simons et Judi McLean Parks, plus de 6 500 salariés de 76 hôtels aux États-Unis et au Canada (Cornell, 2002).
3,7 fois
plus de chances d'être engagé pour un salarié qui fait pleinement confiance à sa direction.
Seuls 20 % des salariés sont dans ce cas. Gallup, données américaines, mai 2026.
Pour un CODIR, la cohérence perçue n'est pas une affaire de climat. Elle se retrouve dans les comptes et dans l'engagement. Ces études ne se transposent pas telles quelles à votre entreprise, elles donnent un ordre de grandeur.
Une étude sur l'intégrité comportementale des managers
Tony Simons, chercheur à l'université Cornell, et Judi McLean Parks ont interrogé plus de 6 500 salariés de 76 hôtels d'une même enseigne, aux États-Unis et au Canada. Ils mesuraient un point précis : les salariés pensent-ils que leurs managers font ce qu'ils disent ?
Les hôtels où ce score était élevé se montraient nettement plus rentables. Selon les chercheurs, une amélioration d'un huitième de point sur une échelle de cinq allait de pair avec un gain de rentabilité d'environ 2,5 % du chiffre d'affaires. Simons indique qu'aucun autre comportement managérial mesuré n'avait un effet aussi fort sur les profits.
Limite de l'étude
Cette étude porte sur l'hôtellerie nord-américaine, il y a plus de vingt ans. Elle établit un lien statistique, pas une loi universelle. Elle donne un ordre de grandeur sérieux, à ne pas transposer tel quel à votre entreprise.
Confiance dans la direction et engagement
Gallup mesure aussi la confiance des salariés américains envers la direction de leur organisation. En mai 2026, seuls 20 % déclarent lui faire pleinement confiance. Ceux qui le font ont 3,7 fois plus de chances d'être engagés au travail.
Ces données concernent les États-Unis. Elles indiquent néanmoins une direction claire : la confiance envers la direction et l'engagement avancent ensemble, et la confiance se construit sur la cohérence.
Les coûts qu'aucun tableau de bord n'affiche
Sur le terrain, l'écart entre le dire et le faire produit des effets moins mesurables, mais très reconnaissables :
- Le cynisme d'attente. Les cadres ne s'opposent plus aux annonces. Ils attendent la suivante, convaincus que celle-ci passera aussi.
- L'épuisement des managers en étau. Ils passent leur énergie à traduire des contradictions venues d'en haut. Le désengagement, bien souvent, ne vient pas d'en bas.
- Les départs silencieux. Les cadres les plus solides partent sans conflit, parce qu'ils ont d'autres options.
- Les décisions rouvertes. Chaque arbitrage du CODIR est renégocié dans les étages, ce qui ralentit tout.
Quatre erreurs fréquentes quand un CODIR veut montrer l'exemple
Les dirigeants qui prennent conscience du sujet veulent souvent agir vite. Certaines réponses, pourtant sincères, aggravent le problème.
Écrire une charte avant de changer un seul comportement
Le réflexe est compréhensible : formaliser des valeurs, les afficher, les présenter en réunion plénière. Si rien ne change ensuite dans le fonctionnement du comité, la charte devient la preuve écrite de l'écart. Les cadres la citeront avec ironie.
Mieux vaut commencer par deux ou trois comportements visibles, tenus pendant trois mois. La formalisation viendra après, pour décrire ce qui existe déjà.
Faire porter l'exemplarité au seul dirigeant
Le directeur général se fixe des règles strictes et s'y tient. Les autres membres du comité considèrent que le sujet le concerne, lui. Résultat : un dirigeant exemplaire et isolé, et des cadres qui voient surtout leur propre directeur.
L'exemplarité d'un CODIR se travaille en équipe, avec des engagements que chaque membre prend devant les autres.
Miser sur le geste spectaculaire sans lendemain
Une journée en immersion dans un atelier, une photo du comité en tenue de terrain, un message vidéo. Le geste n'est pas inutile. Sans suite visible, il produit l'effet inverse de celui recherché.
Les cadres jugent la régularité, pas l'événement. Une présence mensuelle discrète pèse plus qu'une opération annuelle très visible.
Exiger l'exemplarité des managers avant de se l'appliquer
C'est l'erreur la plus fréquente, et la plus coûteuse. Le CODIR lance un programme de formation au management pour tous les managers. Ses propres membres en sont dispensés, faute de temps.
Le message reçu est clair : le problème, ce sont eux. Un programme pour l'encadrement gagne en crédibilité quand le comité suit d'abord un parcours équivalent, ou s'y engage publiquement.
Test avant toute initiative
Avant toute initiative destinée aux cadres, posez une question : « Sommes-nous prêts à faire nous-mêmes, et d'abord, ce que nous leur demandons ? » Si la réponse est non, le projet n'est pas encore prêt.
Autodiagnostic : votre CODIR est-il cohérent aux yeux de ses cadres ?
Cette grille ne remplace pas l'avis de vos cadres. Elle sert à préparer la discussion. Demandez à chaque membre du comité d'y répondre seul, par oui, en partie ou non. Puis comparez les réponses en CODIR.
Grille à remplir par chaque membre
Dix questions pour évaluer l'exemplarité de votre comité
| Question | Signal à surveiller |
|---|---|
| Nos décisions sont-elles présentées de la même façon par chaque membre ? | Des versions différentes selon les directions |
| Un membre s'est-il désolidarisé d'une décision devant ses équipes ce trimestre ? | « Ce n'est pas mon choix » entendu dans les étages |
| Appliquons-nous à nous-mêmes les règles que nous fixons ? | Des exceptions pour la direction |
| Nos désaccords sont-ils traités en comité ? | Des tensions visibles entre directions |
| Savons-nous où en sont nos engagements du dernier trimestre ? | Des annonces sans suite |
| Recevons-nous les mauvaises nouvelles assez tôt ? | Des incidents découverts tardivement |
| Nos revues portent-elles sur ce que nous disons valoriser ? | Un écart entre discours et indicateurs |
| Chaque membre va-t-il régulièrement sur le terrain, sans escorte ? | Des visites rares et préparées |
| Reconnaissons-nous publiquement nos propres erreurs ? | Des erreurs attribuées aux équipes |
| Avons-nous demandé à nos cadres, cette année, ce qu'ils voient de nous ? | Aucun retour structuré |
Combien de « non » pour votre comité ?
0 à 3
Points à suivre au fil des comités.
4 ou 5
Inscrire le sujet à l'ordre du jour d'un prochain CODIR.
6 à 10
Prévoir un temps dédié, hors du comité habituel.
Lecture indicative, sans valeur de mesure scientifique. Seuil d'attention, marqué en jaune sur grand écran : au-delà de trois « non », le sujet mérite une place à l'ordre du jour.
Les écarts entre membres sont souvent plus instructifs que les réponses elles-mêmes. Un directeur qui coche « oui » partout quand ses pairs cochent « non » ouvre une discussion utile.
Comment un CODIR travaille son exemplarité, concrètement
L'exemplarité se travaille comme n'importe quelle pratique d'équipe : avec des règles explicites, des rituels courts et des retours réguliers. Voici six gestes concrets, à adapter à la taille et à la culture de votre comité.
Le rythme du comité
Quatre rendez-vous fixes et une habitude continue
À chaque comité
Dix minutes de communication sortante : quoi, qui, quand
Évite les versions de couloir et le silence
Chaque mois
Relecture du registre des engagements en début de CODIR
Évite les annonces sans suite
Chaque trimestre
Revue des trois à cinq règles de fonctionnement
Évite les règles affichées et ignorées
Deux fois par an
Trois questions anonymes aux cadres, réponses partagées
Évite un comité qui ne se voit plus
En continu
Présence de chaque membre sur le terrain, avec une question ouverte plutôt qu'un message.
Pour démarrer, le premier rendez-vous suffit : il ne demande aucune préparation.
Tenir un registre des engagements du comité
Chaque engagement pris devant les cadres est noté, avec un responsable et une échéance. Le registre est relu en début de CODIR, une fois par mois. Ce qui n'est pas tenu est soit relancé, soit abandonné explicitement, avec une explication aux cadres concernés.
C'est la version collective du conseil donné aux managers publics par la DGAFP. Le premier effet est souvent immédiat : le comité découvre combien d'engagements il prend sans les suivre.
Écrire trois à cinq règles de fonctionnement
Pas une charte de valeurs. Des règles de fonctionnement observables, par exemple :
- une décision prise en CODIR est présentée par tous de la même façon ;
- une règle fixée pour l'encadrement s'applique d'abord au comité ;
- le porteur d'une mauvaise nouvelle est remercié avant d'être questionné.
Ces règles sont revues chaque trimestre. Celle qui n'est jamais tenue est reformulée ou retirée. Une règle affichée et ignorée fait plus de dégâts qu'une absence de règle.
Séparer le temps du débat et le temps de la solidarité
Un CODIR qui veut des décisions tenues doit offrir un vrai espace au désaccord avant la décision. Chacun doit pouvoir dire « je ne suis pas d'accord, voici pourquoi » sans risque. Une fois la décision prise, la règle change : chacun la porte comme la sienne.
Ce passage se marque explicitement en séance. Le dirigeant peut simplement poser la question : « Quelqu'un ne pourra-t-il pas défendre cette décision devant son équipe ? » Le choix de la règle de décision compte aussi, et mérite d'être clarifié avant le débat plutôt qu'après.
Finir chaque comité par la communication sortante
Dix minutes en fin de CODIR suffisent. Trois questions : qu'est-ce qu'on dit de cette réunion ? Qui le dit, à qui ? Quand ? Ce rituel évite que chaque directeur raconte sa version dans son couloir.
Il évite aussi le silence, qui est une forme de message. Des cadres qui n'apprennent rien d'un comité supposent souvent le pire.
Demander aux cadres ce qu'ils voient
Deux fois par an, posez à vos cadres trois questions anonymes. Ce que le CODIR dit et ne fait pas. Ce qu'il fait et qu'il devrait expliquer. Ce qu'il a changé récemment de façon visible.
Partagez ensuite les réponses, y compris les plus inconfortables, et dites ce que vous en faites. Un comité qui demande un retour sans en rendre compte apprend à ses cadres que leur avis ne sert à rien.
Aller sur le terrain avec une question, pas avec un message
Chaque membre du comité se fixe un rythme de présence sur le terrain, hors de sa propre direction si possible. Il y va avec une question ouverte, par exemple « qu'est-ce qui vous complique le travail ce mois-ci ? ». Puis il rapporte ce qu'il a appris au comité suivant.
Dès le prochain comité
Réservez quinze minutes en fin de séance. Chaque membre cite une règle ou un engagement du CODIR qu'il n'a pas tenu ces trois derniers mois. Personne ne commente. L'exercice suffit parfois à ouvrir le sujet.
Quand un séminaire et un regard extérieur deviennent utiles
Un comité de direction voit mal son propre fonctionnement. Ses membres sont pris dans les habitudes, les alliances et les non-dits qui le constituent. Les gestes décrits plus haut sont plus faciles à tenir quand le comité a déjà un minimum de confiance interne. Quand ce n'est pas le cas, un tiers aide à franchir la première marche.
Ce que fait un facilitateur dans cette situation
Insuffle est un cabinet de facilitation stratégique qui accompagne les équipes de direction de PME et d'ETI, en France et dans la francophonie. Notre travail n'est pas de dire au CODIR comment se comporter. Il consiste à rendre visible la façon dont l'équipe travaille, pour qu'elle produise elle-même ses propres règles.
Concrètement, cela passe souvent par un séminaire de direction en deux temps :
- regarder le fonctionnement actuel du comité, avec ce que remontent les cadres ;
- construire collectivement l'état futur souhaité de l'équipe et les engagements qui y mènent, selon le principe de notre démarche du futur désiré.
Le séminaire CODIR tel que nous l'animons est conçu pour ce type d'enjeu. Il est souvent suivi d'un séminaire des cadres pour faire descendre le cap, et surtout pour les écouter.
Facilitation, coaching ou conseil : que choisir ?
Chaque approche répond à une situation différente. Aucune n'est meilleure dans l'absolu.
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Facilitation
Un CODIR de PME dont les cadres décrochent après une réorganisation.
Adaptée quand
L'équipe a les réponses mais ne parvient pas à les produire ensemble.
Ce qu'elle produit
Des règles de fonctionnement écrites par le comité lui-même, donc tenues plus facilement.
Limite
Suppose que le comité accepte de regarder son fonctionnement.
Les approches se combinent souvent : un coaching du dirigeant peut précéder ou suivre un séminaire facilité.
Coaching individuel
Adapté quand
Le blocage tient surtout à la posture d'un dirigeant.
Limite
Agit peu sur la dynamique de l'équipe.
Cabinet de conseil
Adapté quand
Il faut une expertise ou une solution que l'équipe n'a pas.
Limite
La solution apportée est moins appropriée par le comité.
Pour un CODIR de PME dont les cadres décrochent après une réorganisation, la facilitation a souvent du sens. Le problème n'y est pas un manque d'expertise, mais une manière de fonctionner ensemble qui ne se voit plus de l'intérieur.
Questions fréquentes sur l'exemplarité du CODIR
Qu'est-ce que l'exemplarité managériale ?
L'exemplarité managériale consiste à appliquer à soi-même ce que l'on demande aux autres. Elle repose sur la cohérence entre le discours, les décisions et les comportements observables. Elle ne demande pas de savoir faire le métier de chacun. Elle demande de tenir ses engagements, de respecter les règles que l'on fixe et d'assumer ses erreurs. Au niveau d'un CODIR, elle devient collective : c'est le fonctionnement de toute l'équipe de direction qui est observé.
Un dirigeant doit-il être irréprochable pour être exemplaire ?
Non. Un dirigeant irréprochable n'existe pas, et vos cadres le savent. Ce qu'ils attendent, c'est de la cohérence et la reconnaissance des écarts. Un membre du CODIR qui dit « je n'ai pas tenu cet engagement, voici ce que je fais » renforce sa crédibilité. Celui qui nie l'écart l'abîme. L'exemplarité se mesure donc moins à l'absence d'erreur qu'à la manière de la traiter devant les autres.
Comment savoir si nos cadres jugent le CODIR cohérent ?
En le leur demandant, dans un cadre qui protège leur parole. Trois questions anonymes suffisent pour commencer : ce que le CODIR dit et ne fait pas, ce qu'il fait sans l'expliquer, ce qu'il a changé récemment de façon visible. Les échanges individuels avec la hiérarchie donnent peu, car la parole y est filtrée. Un séminaire des cadres animé par un tiers permet souvent d'obtenir des réponses plus franches.
L'exemplarité du CODIR suffit-elle à réengager les cadres ?
Non, et il faut le dire clairement. Des cadres peuvent décrocher pour des raisons que l'exemplarité ne règle pas : charge de travail intenable, moyens insuffisants, rémunération, perspectives d'évolution. Un CODIR exemplaire qui ignore ces sujets restera cohérent et pourtant inefficace. L'exemplarité est une condition de la confiance. Elle ne remplace pas les décisions concrètes sur les conditions de travail de l'encadrement.
Que faire quand un membre du CODIR n'est pas exemplaire ?
En parler, entre membres et en comité, plutôt que de laisser la situation s'installer. Le dirigeant a un rôle particulier : tolérer un écart répété, c'est le valider aux yeux de tous les cadres. Commencez par un échange individuel factuel, sur des comportements précis et leurs effets. Si le comportement relève d'une faute ou d'un manquement grave, le sujet relève des ressources humaines et du droit, pas d'un atelier.
Dans quels cas un facilitateur n'est-il pas la bonne réponse ?
Quand le comité n'est pas prêt à regarder son propre fonctionnement, un séminaire produira des engagements de façade. Quand le blocage tient à une seule personne, un coaching individuel est souvent plus adapté. Quand la situation relève d'un conflit grave, de harcèlement ou d'un risque psychosocial, il faut d'abord un cadre RH, médical ou juridique. La facilitation aide une équipe qui veut travailler sur elle-même. Elle ne remplace pas ces dispositifs.
Ce que vos cadres verront lundi
Vos cadres ne liront probablement jamais votre charte de valeurs en entier. En revanche, ils verront :
- si la décision de jeudi est présentée de la même façon par tous les directeurs ;
- si la règle annoncée s'applique aussi au comité ;
- qui a été remercié pour une mauvaise nouvelle.
L'engagement de l'encadrement ne se commande pas. Il se mérite, comportement après comportement, et il commence au niveau du comité de direction. La bonne nouvelle, c'est que ce terrain-là est entièrement entre vos mains.
Premier échange
Regarder votre comité avec un œil extérieur
Un appel avec Yoan Lureault pour faire le point sur votre CODIR et sur ce que vit votre encadrement.
Échanger 30 minutes avec Yoan30 minutes, sans engagement
Les méthodes et démarches présentées dans cet article sont à adapter au contexte spécifique de chaque équipe de direction et de chaque organisation. Pour les sujets sensibles (conflits non résolus, transformation lourde, sortie de crise, restructuration), un accompagnement par un facilitateur expérimenté est nécessaire pour garantir un cadre adapté.
Sources
- Gallup, State of the Global Workplace: France Country-Level Data, rapport 2026. Engagement des salariés en France
- Gallup, State of the Global Workplace, rapport 2026. Baisse de l'engagement des managers dans le monde
- Gallup, Managers Account for 70% of Variance in Employee Engagement, avril 2015. Part des managers dans les écarts d'engagement
- Gallup, Global Indicator: Leadership & Management, données américaines de mai 2026. Confiance des salariés dans la direction
- Cornell Chronicle, Cornell study shows company earnings rise when employees believe managers mean what they say, 2002. Intégrité comportementale des managers et rentabilité
- Mayer, Kuenzi, Greenbaum, Bardes et Salvador, How low does ethical leadership flow? Test of a trickle-down model, Organizational Behavior and Human Decision Processes, 2009. Effet cascade du leadership de la direction
- DGAFP, La boussole du manager, guide pratique. Exemplarité managériale et cohérence entre discours et actes
- Éditions Tissot, L'exemplarité managériale, avril 2018. Définition de l'exemplarité managériale