Courbe du deuil : 5 étapes et changement en entreprise

Yoan Lureault
Publié le 2 novembre 2026 · Mis à jour le 6 novembre 2026
Séminaire CODIR Tout le monde est d'accord. Et rien ne bouge.

Deux jours pour que les vrais sujets sortent enfin, et que chacun reparte avec sa part du cap.

Organiser un séminaire

Une direction annonce une réorganisation. Le calendrier est prêt, les outils sont choisis, le budget est validé. Pourtant, quelques semaines plus tard, les mêmes objections reviennent en réunion. Les managers relayent le projet sans conviction. Les équipes demandent ce qui va réellement changer dans leur quotidien.

On explique souvent ces réactions avec la courbe du deuil, également appelée courbe du changement. L’image paraît simple : une annonce difficile déclencherait une succession d’émotions, avant l’acceptation. Cette lecture peut aider à ouvrir une conversation, mais elle devient dangereuse lorsqu’on la prend pour une loi psychologique.

Quelles sont les cinq réactions associées à Elisabeth Kübler-Ross ? Pourquoi trouve-t-on aussi des versions à sept étapes ? Peut-on réellement appliquer ce modèle à une transformation d’entreprise ? Vous trouverez ici les repères historiques, les limites documentées et une méthode concrète pour accompagner une équipe sans lui imposer une émotion attendue.

Pour travailler ces questions avec votre équipe de direction, découvrez l’approche de facilitation stratégique d’Insuffle.

Qu’est-ce que la courbe du deuil ?

Le point de départ

Un modèle ≠ une règle

La courbe donne un langage pour évoquer des réactions. Elle ne calcule ni la durée ni le chemin émotionnel d’une personne.

Origine clinique

Des observations de personnes confrontées à leur fin de vie.

Usage managérial

Une métaphore de discussion, pas un instrument de diagnostic.

La courbe du deuil est une représentation populaire des réactions émotionnelles possibles devant une perte ou un changement important. Elle est associée aux travaux d’Elisabeth Kübler-Ross, psychiatre qui publie On Death and Dying en 1969. Ses observations concernent d’abord des personnes confrontées à leur propre fin de vie.

Le modèle a ensuite été étendu à d’autres pertes, puis adapté au monde du travail. Dans ce contexte, on parle souvent de courbe du changement. Le même vocabulaire sert à évoquer un licenciement, une fusion, un nouvel outil ou une évolution des responsabilités.

Il faut distinguer trois réalités. Les observations cliniques initiales ne sont pas un modèle validé du deuil universel. Les dessins en forme de creux puis de remontée sont des interprétations ultérieures. Enfin, une équipe qui discute un changement n’est pas nécessairement en train de vivre un deuil. Ce constat est documenté dans une revue scientifique sur les limites des stades du deuil (2017).

La réponse courte : la courbe du deuil aide à nommer certaines réactions. Elle ne permet ni de prédire leur ordre, ni d’estimer leur durée, ni de diagnostiquer un collaborateur.

La Fondation Elisabeth Kübler-Ross rappelle que les expériences peuvent se chevaucher, revenir ou ne pas apparaître. Cette précision change l’utilisation que les managers peuvent faire du modèle.

Une nouvelle procédure peut provoquer de l’inquiétude chez un salarié et du soulagement chez un autre. Une même personne peut soutenir l’objectif stratégique tout en contestant ses modalités. L’apparente contradiction n’est pas une anomalie à faire disparaître.

Quelles sont les cinq réactions associées à Kübler-Ross ?

Mémo de conversation

Cinq mots, mais aucune étiquette à coller sur un salarié

01DéniQu’a-t-on réellement compris de l’annonce ?
02ColèreQuelle perte ou injustice est évoquée ?
03MarchandageQue peut-on ajuster sans masquer la décision ?
04DépressionQuels faits de travail faut-il examiner ?
05AcceptationQuelles pratiques sont effectivement en place ?

Ces réactions sont des repères descriptifs, pas des phases consécutives. Le terme clinique « dépression » ne permet pas de diagnostiquer une personne.

Dans sa présentation classique, le modèle cite cinq réactions : déni, colère, marchandage, dépression et acceptation. Les termes sont utiles pour décrire des expériences possibles. Ils ne doivent pas devenir des étiquettes collées à des collègues.

Le déni : ce que l’annonce n’a pas encore rendu intelligible

Une personne peut répondre que le projet ne la concerne pas ou qu’il sera annulé. Cela peut exprimer de la surprise, une information insuffisante ou une réelle incompréhension. Avant d’interpréter ce comportement, vérifiez ce qui a été annoncé et ce que chacun en a compris.

Exemple fictif : après l’annonce d’une fusion de services, deux responsables continuent d’utiliser leurs anciens circuits de validation. Ils n’ont peut-être reçu aucune règle applicable pour le lendemain. Leur comportement ne prouve pas un refus psychologique.

La colère : ce qui semble injuste ou menacé

La contestation peut porter sur une perte d’autonomie, une surcharge ou une décision jugée arbitraire. Dans ce cas, la colère contient parfois une information précieuse sur la qualité du projet. Le rôle du manager n’est pas de l’effacer, mais de comprendre ce qu’elle désigne.

Exemple fictif : une nouvelle organisation retire à des chefs d’équipe la décision sur les plannings. Leur opposition peut révéler un risque opérationnel réel, et pas seulement un attachement aux anciennes habitudes.

Le marchandage : une recherche de conditions acceptables

Des salariés proposent des exceptions, des aménagements ou une expérimentation limitée. On y voit parfois une étape de négociation émotionnelle. Mais il peut aussi s’agir d’un débat professionnel nécessaire. Une demande de délai peut être raisonnable si la formation n’a pas été prévue.

Exemple fictif : un service accepte un nouvel outil de gestion à condition de conserver temporairement une procédure critique. Cette proposition peut réduire un risque métier. Il faut l’évaluer, pas la traiter comme un obstacle.

La dépression : un mot clinique à manier avec précaution

Le schéma historique emploie le mot « dépression ». En entreprise, on observe parfois de la tristesse, de la fatigue ou un retrait. Ces signes ne permettent pas de poser un diagnostic médical. Ils peuvent aussi signaler une charge excessive, un conflit ou une situation de travail dégradée.

Exemple fictif : après le déménagement d’un site, une équipe devient silencieuse et cumule les retards. Le problème peut venir des trajets, de la nouvelle organisation et de la perte de coopération. Une lecture exclusivement émotionnelle manquerait l’essentiel.

L’acceptation : comprendre n’est pas forcément approuver

Une personne peut apprendre à travailler dans une nouvelle situation sans approuver la décision qui l’a créée. Accepter un fait n’équivaut pas à s’enthousiasmer. Une absence de protestation peut aussi traduire de la résignation. Cette distinction est explicitement soulignée par la Fondation.

Exemple fictif : un responsable utilise correctement le nouveau logiciel, mais estime toujours que certains contrôles sont inutiles. Le projet progresse sur le plan technique sans que tous les désaccords aient disparu.

Point de méthode : une équipe ne doit pas « passer » successivement par ces cinq cases. Un manager ne peut pas assigner un stade à quelqu’un à partir de quelques phrases entendues en réunion.

Pourquoi parle-t-on de sept étapes de la courbe du changement ?

Contre la lecture linéaire

Une même annonce, plusieurs trajectoires possibles

Des trajectoires non linéaires, illustration pédagogiqueRéactions possibles, sans échelle mesurableTemps, sans durée prévisible
Parcours fictif AParcours fictif BParcours fictif C

Schéma original à valeur illustrative, sans données empiriques ni reproduction du graphique officiel sous licence. Il montre seulement que les réactions peuvent coexister, revenir ou évoluer différemment.

On rencontre des versions à cinq, sept ou davantage de séquences. Les adaptations managériales ajoutent souvent le choc initial, l’expérimentation ou l’intégration. Les intitulés varient selon les éditeurs. Il n’existe donc pas une liste unique de « sept étapes » qui ferait autorité dans tous les supports.

La Fondation propose aujourd’hui sept zones d’expérience : choc, déni, frustration, dépression, expérimentation, décision et intégration. Elle précise qu’il ne s’agit pas de marches à gravir dans un ordre imposé. Cette présentation ne doit pas être confondue avec les cinq intitulés du livre de 1969.

Lecture pratique originale : réactions possibles et questions de manager, sans ordre chronologique
Réaction possibleQuestion à poserAction utile
Surprise ou chocQu’est-ce qui reste flou ?Clarifier les faits acquis et les inconnues.
IncrédulitéQuelle information manque ?Rendre la décision compréhensible.
FrustrationQu’est-ce qui paraît injuste ?Écouter les objections et vérifier les impacts.
Tristesse ou baisse d’énergieQu’est-ce qui est perdu ou devenu difficile ?Observer la charge réelle et orienter si nécessaire.
EssaisQue peut-on tester sans danger ?Prévoir un pilote et une aide concrète.
DécisionQuelles conditions rendent l’action possible ?Attribuer des responsabilités claires.
IntégrationQu’est-ce qui fonctionne durablement ?Ajuster les routines et recueillir le retour terrain.

Tableau éditorial d’Insuffle, non reproduit d’un schéma de la Fondation. Les lignes ne constituent ni un test psychologique ni une séquence à suivre.

Pourquoi ne pas reproduire simplement le graphique connu en forme de vallée ? Parce que cette image incite à penser qu’une émotion suit l’autre, avec un point bas et une remontée prévisible. Or la recherche ne valide pas une trajectoire universelle. La Fondation signale aussi des conditions de licence pour la reproduction de son graphique officiel. Cette limite est également discutée dans l’analyse historique des adaptations managériales publiée en 2025.

La bonne lecture n’est donc pas : « notre équipe est dans la troisième étape ». C’est plutôt : « quelles réactions, quelles contraintes et quels besoins coexistent aujourd’hui ? ».

Comment utiliser la courbe du changement en entreprise ?

Avant toute réunion

Tracer la frontière des décisions

1Décidé

Ce qui ne peut pas être rouvert, avec ses motifs et conséquences.

2Ajustable

Ce que les équipes peuvent adapter selon des critères explicites.

3À décider

Ce qui demande encore une exploration ou un arbitrage partagé.

Cette frontière évite un faux dialogue : solliciter des idées sur une décision déjà irréversible.

En entreprise, la courbe peut servir d’amorce à une discussion. Elle ne doit pas remplacer l’analyse du travail. Pour être utile, elle doit rester une hypothèse, jamais un diagnostic collectif.

Mises en situation fictives : les exemples qui suivent illustrent des questions de travail. Ils ne sont pas des cas clients Insuffle.

Premier cas : un changement décidé sans discussion

Un CODIR annonce une réorganisation à des managers qui la découvrent le jour même. Les questions portent sur les rôles, les compétences et les arbitrages. Dire que ces managers « sont dans le déni » ne résout aucune de ces questions.

Il vaut mieux distinguer les décisions déjà prises, les sujets encore ouverts et les conséquences non étudiées. Une fois cette distinction visible, les objections deviennent plus précises. Certaines peuvent justifier une modification du projet.

Deuxième cas : un nouvel outil qui bouleverse les habitudes

Une entreprise remplace son logiciel de suivi commercial. Les commerciaux connaissent l’outil historique et maîtrisent ses raccourcis. Leur inquiétude peut porter sur une baisse temporaire d’efficacité, les données ou la formation.

Ici, une approche opérationnelle est plus utile qu’une courbe émotionnelle : tester les tâches critiques, former les équipes et mesurer les incidents. Le modèle ADKAR de Prosci distingue cinq dimensions d’adoption individuelle. Il peut offrir un autre cadre de questionnement, sans promettre une adhésion automatique.

Troisième cas : une décision stratégique déjà irréversible

Une fermeture de site ou la suppression d’un poste relève d’une décision difficile, parfois encadrée juridiquement. Un atelier participatif ne doit jamais faire croire que tout reste négociable. Le dialogue conserve sa place, mais ses marges doivent être honnêtement nommées.

La prévention des risques psychosociaux devient alors centrale. L’INRS recommande d’analyser les situations de travail, d’associer les salariés lorsque c’est possible et de traiter les alertes. Le rôle d’un cabinet de facilitation ne remplace ni celui des représentants du personnel, ni celui des professionnels de santé au travail.

Pour les dispositifs plus larges, le guide Insuffle sur la conduite du changement détaille les enjeux de gouvernance, de méthode et de suivi. Le présent article se concentre sur la lecture des réactions.

Les limites de la courbe du deuil : trois erreurs à éviter

Vigilance managériale

Ne transformez pas une métaphore en jugement sur les personnes.

Objection ≠ déni

Une objection peut révéler un risque du projet qui mérite une réponse.

Silence ≠ accord

Le silence ne prouve ni l’adhésion ni une étape atteinte.

Fatigue ≠ diagnostic

Une situation de travail dégradée doit être examinée, pas psychologisée.

Erreur 1 : croire que les réactions sont universelles et successives

La critique scientifique est ancienne. Dans un article de 2017, Margaret Stroebe, Henk Schut et Kathrin Boerner soulignent le manque de preuves d’étapes de deuil universelles. Leurs travaux portent sur le deuil après décès, mais ils invitent à la prudence devant toute utilisation prescriptive du modèle.

Une revue publiée dans le Journal of Organizational Change Management examine aussi les adaptations de la courbe au changement organisationnel. Elle souligne le caractère linéaire et universalisant de nombreuses versions managériales. Ces critiques ne rendent pas toute métaphore inutile. Elles interdisent d’en faire une méthode de prévision.

Erreur 2 : prendre une objection légitime pour une phase émotionnelle

Un salarié peut contester un projet parce que les effectifs sont insuffisants, les objectifs contradictoires ou les risques sous-estimés. Dans ces situations, sa position peut être rationnelle. La qualifier de « résistance au changement » détourne l’attention du problème.

Les causes concrètes de la résistance au changement peuvent être individuelles, relationnelles ou organisationnelles. Pour choisir une réponse, observez d’abord les faits. Qui doit faire quoi ? Avec quels moyens ? Qu’est-ce qui empêche réellement l’action ?

Erreur 3 : confondre silence, acceptation et consentement

Le manager peut se rassurer lorsqu’une équipe cesse de discuter. Pourtant, les comportements silencieux sont ambigus. Les personnes ont peut-être compris, renoncé à débattre ou attendu les premières conséquences. Seule une vérification concrète permet de le savoir.

Demandez ce qui a changé dans le travail et ce qui reste difficile. Vérifiez les décisions prises et leur application. Écoutez aussi ceux qui ne prennent pas spontanément la parole. Ces gestes donnent plus d’informations qu’un classement des personnes sur un graphique.

Limite décisive : face à une souffrance persistante, à des alertes de santé ou à un conflit grave, l’accompagnement managérial ne suffit pas. Il faut activer les dispositifs compétents, notamment RH, prévention et santé au travail.

Comment accompagner une équipe face au changement ?

Autodiagnostic, quatre questions

Votre équipe résiste ou votre projet manque de réponses ?

Ouvrez chaque question. Les réponses proposent des pistes de travail, pas une mesure psychologique des collaborateurs.

Les personnes savent-elles ce qui change dès demain ?

Si les responsabilités, circuits de décision ou tâches restent flous, explicitez-les avant d’interpréter les réactions comme du refus.

Une objection concerne-t-elle un risque vérifiable ?

Documentez ce risque avec le terrain, puis décidez comment le prévenir ou le tester. L’opposition n’est pas forcément irrationnelle.

Les équipes disposent-elles d’une véritable marge de choix ?

Distinguez décisions définitives, modalités ajustables et questions encore ouvertes. Ne présentez pas un choix fermé comme une concertation.

Une expérimentation limitée est-elle possible ?

Précisez le périmètre, les critères d’évaluation et les conditions d’arrêt. Un essai concret peut apporter plus d’informations qu’un débat sur l’adhésion.

Le défi d’une transformation n’est pas de déplacer chaque collaborateur sur une courbe. Il consiste à rendre une situation lisible et une action possible. Voici un dispositif pratique à ajuster selon la taille de l’équipe, les risques et les marges de décision.

1. Partir du travail concret, pas des émotions supposées

Demandez quelles tâches, relations ou responsabilités vont changer. Faites décrire une journée réelle avant et après la transformation. Ce matériau révèle souvent des dépendances absentes du plan projet.

Par exemple, dans une PME qui centralise ses achats, une équipe locale peut perdre une capacité de réaction rapide. Le problème ne tient pas à son humeur. Il faut préciser les seuils de décision et les délais acceptables.

2. Identifier ce qui peut être discuté

Une concertation honnête distingue trois catégories : non négociable, ajustable et encore à décider. Affichez-les avant l’atelier. Cette frontière évite de demander des idées sur des sujets déjà tranchés.

Une direction peut fixer l’objectif de mutualisation tout en laissant les équipes proposer le fonctionnement détaillé. Les salariés gagnent alors une prise réelle sur ce qu’ils vont vivre, sans ambiguïté sur le mandat.

3. Organiser un échange qui accepte le désaccord

Préparez des questions précises : « que risquons-nous de perdre ? », « qu’est-ce qui doit absolument rester possible ? », « quelle hypothèse faudrait-il tester ? ». Laissez d’abord chacun formuler son expérience avant de rechercher une décision collective.

Un facilitateur peut aider le groupe à distinguer les faits, les perceptions et les arbitrages. Il ne décide pas à la place du CODIR. Sa mission est de rendre la discussion productive dans un cadre défini.

4. Tester rapidement ce qui est réversible

Ne demandez pas une adhésion abstraite lorsque le risque peut être évalué par l’essai. Un pilote limité peut révéler les besoins de formation ou les dépendances techniques. Précisez les critères de réussite et de suspension avant de commencer.

Exemple : avant de généraliser un nouvel outil dans plusieurs agences, choisissez une équipe volontaire et un processus précis. Recueillez les problèmes observés. Documentez les corrections. La diffusion devient une décision éclairée plutôt qu’un pari.

5. Revenir après les premières décisions

Un atelier réussi ne garantit pas une transformation réussie. Fixez dès le départ un moment de retour sur les obstacles, les responsabilités et les effets sur le travail. Ne mesurez pas uniquement le ressenti de la réunion.

Vous pouvez suivre des indicateurs opérationnels déjà utilisés par l’organisation : retards, erreurs, demandes d’arbitrage ou qualité de service. Choisissez-les avec les équipes concernées. Leur interprétation dépendra du contexte, pas d’une promesse de progression émotionnelle.

6. Construire un futur que l’équipe comprend

Une transformation reste difficile à porter si les personnes ne voient qu’une liste de pertes. Il faut aussi rendre visible l’état futur recherché, sans maquiller les coûts de la transition. Quel travail voulons-nous pouvoir accomplir ? Quelles relations devront changer ?

Insuffle utilise notamment la métaphore des deux falaises pour travailler le futur désiré. Elle aide à expliciter la situation actuelle, l’horizon souhaité et le passage à construire. Ce travail ne nie ni les pertes ni les contraintes.

Lorsque ces questions engagent le comité de direction, un séminaire CODIR facilité peut créer un espace de décision. Ce format ne remplace toutefois pas la consultation requise des parties prenantes ni le suivi opérationnel.

Questions fréquentes sur la courbe du deuil

Quelles sont les cinq étapes de la courbe du deuil ?

La liste historique couramment enseignée comprend le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. Elle vient des travaux d’Elisabeth Kübler-Ross publiés en 1969 sur les réactions de personnes confrontées à leur fin de vie. Ces termes ne décrivent pas un parcours obligatoire. Les expériences se mélangent, reviennent et varient selon les individus. Les recherches sur le deuil invitent à ne pas présenter cette succession comme une loi scientifique.

Quelles sont les sept étapes de la courbe du changement ?

Plusieurs modèles en sept étapes circulent dans les organisations. La Fondation Elisabeth Kübler-Ross présente actuellement sept zones : choc, déni, frustration, dépression, expérimentation, décision et intégration. Elle précise qu’il ne s’agit pas d’étapes à franchir dans un ordre fixe. D’autres supports emploient des termes différents. Lorsqu’une formation parle de sept étapes, demandez toujours de quelle adaptation elle s’inspire.

Courbe du deuil et courbe du changement : quelle différence ?

La première expression renvoie à l’origine du modèle dans l’expérience de la perte. La seconde désigne surtout son adaptation aux transitions, dont celles vécues au travail. Elles sont souvent utilisées comme synonymes, sans avoir exactement le même périmètre. Un changement d’outil ne produit pas nécessairement une expérience comparable au deuil. Il faut donc ajuster le vocabulaire à la situation et aux personnes concernées.

Combien de temps dure une courbe du deuil ?

Il n’existe pas de durée universelle établie. Le temps dépend de l’événement, du contexte personnel, de l’environnement et des soutiens disponibles. Une équipe peut revenir sur ses inquiétudes après une nouvelle annonce. Présenter un calendrier type serait trompeur. Pour un projet d’entreprise, mieux vaut fixer des dates de dialogue et de suivi plutôt que prévoir quand chaque salarié devrait atteindre l’acceptation.

Peut-on utiliser la courbe pour gérer une résistance ?

Elle peut aider à poser des mots sur certaines réactions, mais elle ne permet pas d’expliquer seule une opposition. Commencez par examiner la décision, la charge de travail, les moyens et les marges de participation. Si l’objection porte sur un risque concret, elle appelle une réponse opérationnelle. Une résistance apparente peut signaler un défaut de conception ou une contradiction entre les objectifs et la réalité du travail.

Quand ce modèle n’est-il pas adapté ?

Il ne convient pas pour diagnostiquer un trouble psychique, décider qu’un salarié manque d’adhésion ou justifier une situation de travail préjudiciable. Dans une restructuration avec risques psychosociaux, l’analyse des conditions de travail et les dispositifs de prévention sont prioritaires. Une facilitation collective peut aider à discuter, mais elle ne remplace pas l’accompagnement RH, juridique ou médical lorsque celui-ci est nécessaire.

Ne demandez pas à une équipe de suivre une courbe

Pour votre prochaine réunion

À la place d’une courbe à parcourir, obtenez trois livrables.

Une décision lisible

Ce qui est décidé, par qui et pourquoi.

Une inquiétude qualifiée

Le fait ou le risque que la direction doit examiner.

Un essai mesurable

Une action limitée, des critères et un responsable.

La courbe du deuil séduit parce qu’elle offre une image facile à retenir. Son risque est tout aussi simple : réduire des expériences différentes à un parcours unique. En entreprise, cette simplification peut masquer un manque d’information, une injustice réelle ou un problème d’organisation.

Un dirigeant n’a pas à faire passer ses équipes du déni à l’acceptation. Il doit rendre les décisions claires, entendre les conséquences, ouvrir de vraies marges de contribution et suivre ce qui change dans le travail.

Si votre CODIR prépare une transformation sensible, échangez avec Yoan Lureault sur votre situation. Nous pouvons examiner les conditions d’un dialogue utile avant de choisir un dispositif.

Sources et références

  1. Fondation Elisabeth Kübler-Ross, Courbe du changement de Kübler-Ross® : sept zones d’expérience, histoire du modèle, chevauchement des réactions et licence du graphique officiel.
  2. Fondation Elisabeth Kübler-Ross, On Death and Dying (1969) : ouvrage fondateur et observations initiales au sujet de la fin de vie.
  3. Stroebe, Schut et Boerner (2017), Cautioning Health-Care Professionals : revue scientifique critique de l’idée d’étapes universelles et successives du deuil.
  4. Holdsworth et Bridgman (2025), From coping with dying to coping with organizational change : Journal of Organizational Change Management, vol. 38, n° 8, p. 254-269, analyse des adaptations managériales.
  5. INRS, Prévenir les risques psychosociaux : prévention par l’analyse du travail réel, l’évaluation des risques et la participation des salariés.
  6. INRS, Risques psychosociaux : 9 conseils pour agir au quotidien, ED 6250 (édition 07/2026) : recommandations de prévention à destination des managers et des directions.
  7. Prosci, Le modèle ADKAR® : grille distincte de conduite du changement centrée sur les conditions d’adoption individuelle.

À propos de Yoan Lureault

Fondateur d'Insuffle et Insuffle Académie, facilitateur en intelligence collective et formateur, basé à Deauville. J'accompagne PME, ETI et fonction publique dans leurs transformations : diagnostics stratégiques, séminaires de direction, alignement d'équipes, évolution des pratiques managériales. Mon approche : cash, terrain, zéro bullshit — via mes démarches propriétaires (Futur Désiré®, Boussole 4C, ...).

Voir tous les articles →