Fenêtre de Johari : les 4 zones et un exercice en équipe

Yoan Lureault
Publié le 3 novembre 2026 · Mis à jour le 6 novembre 2026
Séminaire CODIR Tout le monde est d'accord. Et rien ne bouge.

Deux jours pour que les vrais sujets sortent enfin, et que chacun reparte avec sa part du cap.

Organiser un séminaire

En réunion, vous pensez laisser chacun s’exprimer. Vos collègues voient pourtant autre chose : vous reformulez si vite leurs interventions qu’ils finissent par se taire. Personne ne vous l’a dit. De votre côté, vous gardez pour vous la raison de cette précipitation : un délai que l’équipe ignore. Le problème n’est pas forcément un manque de bonne volonté. Il peut venir de ce que chacun sait, ignore ou choisit de partager.

La fenêtre de Johari donne un cadre simple à ce décalage. Elle distingue quatre zones, selon que les informations sont connues de vous, des autres, des deux ou d’aucun. Elle aide à parler de la perception mutuelle sans transformer une réunion en jugement de personnalité.

Vous trouverez ici le schéma, un exemple concret, une méthode d’atelier et ses précautions. Le but n’est pas de dévoiler sa vie privée. Il est d’améliorer les conversations utiles au travail, à un rythme choisi par les participants.

Vous animez des groupes ? Pour approfondir la pratique du feedback et de la facilitation, découvrez la formation d’Insuffle Académie.

Qu’est-ce que la fenêtre de Johari ?

01Mon propre regard

Ce que je crois montrer, savoir ou garder pour moi.

02Le regard des collègues

Ce qu’ils observent réellement, sans connaître mes intentions.

Le point décisif : une divergence entre les deux regards ouvre une conversation, pas un verdict sur une personne.

La fenêtre de Johari est un modèle de communication et de connaissance de soi en relation avec les autres. Son principe consiste à croiser deux regards : ce que je sais de moi et ce que les autres savent de moi. Ce croisement forme une matrice de quatre zones.

Les psychologues américains Joseph Luft et Harrington Ingham ont présenté ce modèle en 1955. Dans un texte publié en 1961, Luft le décrit comme un outil pour réfléchir aux relations humaines. Le nom « Johari » réunit des éléments des prénoms Joseph (Joe) et Harrington (Harry). La présentation originale est consultable dans son article conservé par Columbia University.

Ce modèle ne classe pas les personnes en quatre catégories. Chaque personne possède les quatre zones à la fois. Leurs frontières bougent selon la situation, le groupe et les échanges. Ce que vous partagez avec vos collègues proches n’est pas nécessairement connu d’une nouvelle équipe.

L’Office québécois de la langue française décrit aussi ce modèle comme un carré à quatre zones interreliées. Dans une réunion, il sert surtout à formuler une question : quelles informations nous manquent pour travailler ensemble sans interpréter les intentions des autres ?

La méthode peut être utile en formation, en management ou dans un atelier collaboratif. Elle n’est ni un diagnostic psychologique ni un test de personnalité. Son intérêt vient de la qualité des échanges qui l’accompagnent.

Les 4 zones de la fenêtre de Johari : schéma et explication

Comment la zone ouverte peut s’élargirDeux mouvements volontaires convergent vers la zone ouverte. À gauche, recevoir un feedback ciblé éclaire une zone aveugle. À droite, partager une information de travail utile rend une partie de la zone cachée accessible.ZONE AVEUGLEFeedback reçu« J’ai observé… »ZONE CACHÉEPartage choisi« J’ai besoin de… »ZONEOUVERTEAccord sur le réel
Éclairer ce que je ne vois pas

Un retour est utile lorsqu’il décrit une situation observable, et non une qualité supposée.

Partager ce qui aide l’équipe

Une contrainte de travail peut être dite sans livrer des informations personnelles.

Schéma pédagogique original, sans valeur quantitative. La zone inconnue n’est pas mesurée par ces échanges.

Le schéma ci-dessous reprend l’organisation des quadrants de Luft. L’axe horizontal distingue ce qui est connu de soi et ce qui ne l’est pas. L’axe vertical distingue ce qui est connu des autres et ce qui ne l’est pas.

Fenêtre de Johari, croisement entre connaissance de soi et perception d’autrui
Deux regards Connu de moi Inconnu de moi
Connu des autres 1. Zone ouverte

Je le sais, les autres le savent.

Exemple : mes collègues connaissent mon besoin d’un ordre du jour écrit.
2. Zone aveugle

Les autres le voient, je l’ignore.

Exemple : mon ton semble abrupt quand je suis pressé.
Inconnu des autres 3. Zone cachée

Je le sais, les autres l’ignorent.

Exemple : je n’ai pas expliqué une contrainte qui influe sur mes horaires.
4. Zone inconnue

Ni moi ni les autres ne le savons encore.

Exemple : une capacité qui ne s’est pas encore manifestée.
Schéma éditorial original fondé sur les quatre quadrants présentés par Joseph Luft et Harrington Ingham. Les surfaces sont illustratives, elles ne correspondent à aucune mesure.

1. La zone ouverte : ce que chacun peut reconnaître

La zone ouverte, parfois appelée zone publique ou arène, contient ce qui est connu de vous et de vos interlocuteurs. Il peut s’agir de comportements, de préférences de travail, de compétences ou d’informations déjà partagées.

Par exemple, votre équipe sait que vous prenez du recul avant une décision. Elle sait aussi que vous préférez formuler vos désaccords par écrit. Elle peut donc interpréter vos silences avec moins de suppositions.

Une zone ouverte plus étendue ne signifie pas que tout doit être dit. Elle signifie que les informations utiles à la relation de travail sont disponibles. L’objectif n’est pas la transparence totale, mais la clarté suffisante pour agir ensemble.

2. La zone aveugle : ce que les autres perçoivent

La zone aveugle correspond à ce que vos collègues observent, sans que vous en ayez conscience. Un geste répétitif, une interruption fréquente ou un signe d’impatience peuvent s’y trouver. Les perceptions positives comptent aussi : vous pouvez ignorer que votre équipe apprécie votre calme dans les périodes tendues.

Cette zone se travaille par des retours précis. « Tu es autoritaire » reste une étiquette. « Lors des deux dernières réunions, tu as annoncé la décision avant le tour de table » décrit un comportement vérifiable. La seconde formulation ouvre une discussion, sans prétendre révéler la personnalité de quelqu’un.

Un avis isolé ne constitue pas une vérité définitive. Demandez des exemples, écoutez plusieurs points de vue et laissez la possibilité d’un désaccord. Le feedback révèle une perception située, pas une essence cachée.

3. La zone cachée : ce que je choisis de garder pour moi

La zone cachée rassemble les informations que vous connaissez sur vous-même, mais que vous ne communiquez pas. Cela peut être une inquiétude professionnelle, une limite de compétence ou une préférence de fonctionnement. Certaines informations restent privées, et c’est légitime.

Dans une équipe, vous pouvez choisir de dire : « J’ai besoin d’un délai supplémentaire pour relire les chiffres. » Vous n’avez pas à raconter une situation personnelle pour justifier ce besoin. Un partage professionnel ciblé peut suffire à réduire les malentendus.

L’animateur ne doit jamais pousser quelqu’un à parler d’une difficulté intime. La confiance ne se mesure pas à la quantité de confidences obtenues. La personne choisit ce qu’elle partage, avec qui et à quel moment.

4. La zone inconnue : ce qui reste à découvrir

La zone inconnue désigne ce que ni la personne ni son entourage ne connaissent encore. Elle peut concerner des réactions face à une situation nouvelle ou des ressources qui ne se sont pas manifestées. Cette zone est, par définition, difficile à décrire avec certitude.

Un collaborateur peu exposé à l’animation découvre parfois qu’il sait conduire un échange délicat. Cette capacité n’avait peut-être pas été visible auparavant. Ce n’est pas une preuve qu’elle existait sous une forme mesurable dans un « quadrant ».

Dans le modèle, les zones évoluent au fil des expériences. La fenêtre est une métaphore de la connaissance mutuelle. Ce n’est pas un instrument qui quantifie les compétences invisibles.

Exemple de fenêtre de Johari dans une équipe

AVANT, UNE INTERPRÉTATION

« Camille refuse qu’on débatte. »

Un jugement sur la personne, qui ferme la discussion.

APRÈS, UNE OBSERVATION

« Sur deux décisions, le tour de table s’est arrêté avant les objections. »

Un comportement situé, dont on peut parler et vérifier les causes.

Exemple fictif, construit pour expliquer la méthode. Camille dirige une petite équipe chargée d’un projet transversal. Les réunions dépassent souvent l’horaire prévu. Camille pense protéger son équipe en accélérant les échanges.

Ses collègues perçoivent autre chose. Lorsqu’une idée demande quelques minutes de discussion, Camille passe vite au sujet suivant. Certains cessent de proposer des options. D’autres viennent expliquer leurs réserves après la réunion.

Voici comment le groupe pourrait analyser cette situation. Le tableau n’attribue pas de diagnostic à Camille. Il distingue simplement les informations disponibles selon les interlocuteurs.

ZoneInformation dans le scénarioPiste de discussion
OuverteTout le monde connaît la contrainte d’horaire des réunions.Conserver des échanges courts sans fermer les désaccords.
AveugleL’équipe vit les interruptions comme un refus de débattre.Partager des exemples de réunions précises.
CachéeCamille subit un délai de validation dont l’équipe ignore la portée.Nommer la contrainte sans dévoiler d’éléments confidentiels.
InconnueOn ignore encore comment l’équipe déciderait avec un autre format.Tester une réunion avec un temps de débat protégé.

La conversation peut alors déboucher sur un essai simple. Avant chaque décision, Camille réserve un tour de clarification et reformule les objections. L’équipe explicite les échéances réellement non négociables. Chacun observe ensuite si ce nouveau cadre aide à mieux décider.

La méthode n’a pas, à elle seule, « réparé » la relation. Elle a rendu une discussion moins personnelle et plus vérifiable. Pour aller plus loin sur ce travail, les questions ouvertes en facilitation peuvent aider à sortir des interprétations rapides.

Comment faire un exercice de fenêtre de Johari ?

45 min

Un canevas de séance pour ouvrir une conversation, jamais une durée imposée par le modèle.

00-05Définir le cadre
05-12Choisir ses mots
12-22Recueillir des regards
22-32Comparer sans noter
32-40Questionner si souhaité
40-45Choisir une suite

Le temps de discussion reste facultatif. Ne recueillez pas de fiches individuelles pour un usage RH.

Le plus simple est de commencer avec des comportements de travail, pas avec l’intimité des participants. Voici un format proposé de 45 minutes pour un petit groupe volontaire. Le minutage est un exemple d’animation, pas une durée validée scientifiquement.

Avant l’atelier : poser les règles

Expliquez que l’exercice n’est pas une évaluation RH. Chaque personne reste propriétaire de sa feuille. Elle peut refuser une question, ignorer un adjectif ou ne pas présenter ses résultats au groupe. Un facilitateur annonce les règles de confidentialité avant de distribuer les supports.

Préparez des feuilles avec la matrice vierge et une liste limitée de mots utiles au travail. Vous pouvez retenir : organisé, attentif, direct, patient, curieux, méthodique, calme, créatif, fiable, diplomate, prudent et spontané. Ce choix éditorial est volontairement plus restreint que les listes populaires.

Déroulé proposé, étape par étape

  1. 0 à 5 minutes, cadrage. Présentez les zones et les limites. Annoncez le caractère facultatif du partage.
  2. 5 à 12 minutes, regard sur soi. Chacun choisit cinq ou six adjectifs qui lui semblent décrire son comportement professionnel.
  3. 12 à 22 minutes, regard des collègues. Des collègues choisissent, à partir de la même liste, des adjectifs pour la personne concernée. Les retours restent factuels et respectueux.
  4. 22 à 32 minutes, construction individuelle. Chaque participant compare les choix. Les mots choisis en commun illustrent la zone ouverte dans cet exercice simplifié. Les écarts suggèrent des questions à approfondir, sans constituer un diagnostic.
  5. 32 à 40 minutes, échange volontaire. Chacun peut demander un exemple concret derrière un mot surprenant, sans obligation de se justifier.
  6. 40 à 45 minutes, décision personnelle. Chaque participant choisit une expérience à tenter ou un feedback à demander après l’atelier.

La version interactive publiée par Kevan Davis propose 55 adjectifs en anglais. Son site demande de sélectionner cinq ou six mots. Ce nombre relève de la convention de cet exercice, pas d’un seuil scientifique. Pour une équipe, des formulations situées sont souvent plus faciles à discuter que de grandes étiquettes de personnalité.

Comment remplir les quadrants sans se tromper ?

Lorsque vous utilisez des adjectifs, comparez les mêmes mots choisis par vous et par les autres. Un mot choisi des deux côtés peut être placé dans la zone ouverte. Un mot choisi seulement par les autres suggère un possible angle mort à discuter. Un mot choisi uniquement par vous montre surtout une différence de perception : cela ne prouve pas que vous l’avez volontairement caché. Dans le modèle théorique, la zone cachée concerne ce que vous connaissez de vous-même sans le partager.

Attention au dernier quadrant. Un mot non sélectionné par personne ne prouve pas l’existence d’une caractéristique inconnue. Il signifie simplement qu’il n’a pas été retenu dans cette séance. La zone inconnue du modèle théorique ne se laisse pas déduire mécaniquement d’une liste d’adjectifs.

Pour faciliter l’atelier, appuyez-vous sur une méthode d’animation collaborative qui distingue le cadre, la parole et le débrief. Vous pouvez aussi consulter les outils de facilitation d’Insuffle pour choisir un format adapté au groupe.

Comment agrandir la zone ouverte sans forcer les confidences ?

AUTO-DIAGNOSTIC, OUVREZ UNE SITUATION

Votre question invite-t-elle à un vrai feedback ?

« Tu me trouves trop direct ? »

Cette question pousse l’autre à coller une étiquette. Demandez plutôt : « À quel moment ai-je interrompu ou raccourci votre proposition ? »

« Comment m’as-tu perçu lors de la dernière réunion ? »

C’est un début. Pour obtenir un retour utile, demandez un événement précis et l’effet observé sur le travail.

« Quelle information sur notre façon de travailler manque à l’équipe ? »

Bonne ouverture si chacun peut choisir ce qu’il partage. Restez sur des besoins professionnels concrets et respectez le refus de répondre.

Dans le modèle de Johari, la zone ouverte peut grandir par deux mouvements. Le premier est la réception de feedback sur ce que l’on ne voit pas de soi. Le second est le partage volontaire d’informations pertinentes pour la relation.

Demander un feedback observable

Une bonne question porte sur un comportement situé. Essayez : « Pendant notre dernière réunion, à quel moment ai-je facilité ou bloqué le débat ? » Évitez : « Dis-moi qui je suis vraiment. » Vous obtenez des éléments discutables plutôt qu’un verdict sur une personne.

Le Center for Creative Leadership propose une trame de feedback nommée SBI. Elle consiste à décrire la situation, le comportement observé, puis son impact. Elle ne suppose pas de connaître les intentions de l’autre.

Par exemple : « Pendant la réunion de lundi, tu as reformulé ma proposition avant que je la termine. Je n’ai pas réussi à exposer mon objection. » Cette phrase ouvre un échange plus utile qu’une accusation générale. Le retour doit rester ouvert à la réponse et au contexte.

Partager une information utile, pas se mettre à nu

La divulgation volontaire n’est pas une compétition de transparence. Elle peut tenir en une phrase : « J’ai besoin de lire les documents la veille pour décider. » Une autre personne pourrait dire : « Quand je me tais, je réfléchis encore. » Ces informations peuvent modifier la façon de travailler sans franchir la frontière du privé.

Vous pouvez associer Johari à des pratiques d’observation et de formulation des besoins. Il ne s’agit pas de confondre les deux approches. L’une cartographie ce qui est connu dans la relation, l’autre aide à formuler un message.

Installer une sécurité suffisante pour dire « je ne sais pas »

Un atelier peut devenir contre-productif si les participants craignent une sanction ou une moquerie. Dans sa recherche de 1999 sur des équipes de travail, Amy Edmondson étudie la sécurité psychologique et les comportements d’apprentissage. Ce travail ne mesure pas l’efficacité de Johari. Il rappelle pourquoi la possibilité de prendre un risque interpersonnel compte dans les échanges professionnels.

Un dirigeant donne le ton quand il accepte lui-même un retour. Le facilitateur veille à ce que personne ne soit désigné publiquement comme « problème » du groupe. Si le climat est très conflictuel, mieux vaut commencer par des échanges individuels et clarifier le cadre d’intervention.

Vous avez besoin de travailler la communication de votre équipe plutôt que d’apprendre un outil ? Insuffle accompagne les organisations au moyen d’ateliers collaboratifs adaptés à leurs enjeux.

Les limites de la fenêtre de Johari en management

TROIS CONDITIONS AVANT DE LANCER L’EXERCICE

01
Peut-on refuser sans conséquence ?

Si la réponse est non, remplacez l’exercice par une clarification collective des attentes.

02
Les retours seront-ils situés et respectueux ?

Sinon, commencez par définir ce qu’est une observation, plutôt qu’une étiquette.

03
À quoi serviront les résultats ?

Si l’objectif est une évaluation RH, la fenêtre de Johari n’est pas l’outil approprié.

La fenêtre de Johari séduit par sa simplicité. Cette qualité impose une contrepartie : le schéma ne décrit pas toute la complexité d’une relation professionnelle. Trois précautions méritent une attention particulière.

Ne pas confondre perception et fait établi

Un collègue peut percevoir votre réserve comme du désintérêt. Vous pouvez simplement avoir besoin de réfléchir avant de parler. La zone aveugle aide à découvrir cet écart. Elle ne permet pas de conclure que la perception du collègue est entièrement juste.

Les mots employés pendant l’exercice doivent donc rester des hypothèses à explorer. Demandez quels faits les soutiennent. Cherchez un événement précis, puis confrontez les points de vue. Évitez d’inscrire une étiquette durable dans un document RH.

Ne pas transformer le partage en obligation

Une partie de la zone cachée doit parfois rester cachée. La santé, les convictions ou des problèmes personnels ne sont pas des matériaux à extraire en séance. Un responsable hiérarchique doit être particulièrement prudent, car sa position peut rendre le consentement moins libre.

Si quelqu’un ne veut pas participer, proposez une autre activité de clarification des attentes de travail. Respecter cette décision protège le cadre. Un groupe ne doit pas imposer la divulgation pour démontrer sa cohésion.

Ne pas promettre une transformation mesurable

Le modèle est une grille de lecture, pas un instrument de mesure validé pour noter l’ouverture d’une personne. Un quadrant plus grand sur un dessin ne démontre ni hausse de confiance ni gain de performance. Les effets éventuels dépendent de l’animation, du contexte et des décisions prises ensuite.

À l’échelle d’un CODIR, la qualité des échanges n’est qu’une partie du problème. Les règles de décision, les priorités et les responsabilités comptent aussi. Une démarche de séminaire CODIR peut traiter ces enjeux, au-delà d’un exercice de connaissance mutuelle.

Enfin, Johari ne remplace pas la médiation lorsqu’un conflit est installé. Il ne remplace pas non plus un accompagnement clinique en présence d’une souffrance psychologique. Choisissez l’intervention adaptée, plutôt que d’appliquer la même matrice à toutes les situations.

Questions fréquentes sur la fenêtre de Johari

Qui a inventé la fenêtre de Johari ?

Joseph Luft et Harrington Ingham ont présenté la fenêtre de Johari en 1955. Son nom combine les débuts de leurs prénoms, Joe et Harry. Le texte de Luft publié en 1961 expose les quatre quadrants et leur usage comme représentation des relations interpersonnelles. Il s’agit d’un modèle de communication, pas d’une typologie de personnalités.

Quelles sont les quatre zones de Johari ?

La zone ouverte regroupe ce qui est connu de soi et des autres. La zone aveugle correspond à ce que les autres perçoivent, mais que l’on ignore. La zone cachée rassemble ce que l’on sait et ne partage pas. La zone inconnue désigne ce qui n’est encore connu ni de soi ni des autres. Ces zones évoluent selon les échanges et les contextes.

À quoi sert la fenêtre de Johari en entreprise ?

Elle permet de discuter des écarts entre intention et perception. Une équipe peut s’en servir pour demander un feedback précis, clarifier des préférences de travail ou comprendre certains malentendus. Ce n’est pas une preuve de la qualité du management. L’intérêt dépend du cadre, du volontariat et de la façon dont les participants utilisent leurs observations.

Comment remplir une fenêtre de Johari seul ?

Vous pouvez commencer par noter ce que vous savez de votre fonctionnement et ce que vous choisissez de partager. Pour identifier votre zone aveugle, un regard extérieur est nécessaire. Demandez un retour à une personne de confiance, sur un comportement concret. Sans cet échange, vous ne pouvez pas remplir avec certitude les quatre quadrants. La zone inconnue reste une hypothèse de découverte future.

Combien de personnes faut-il pour l’exercice ?

Il n’existe pas de nombre universel imposé par le modèle. Une personne peut travailler avec un seul interlocuteur, ou une équipe peut organiser des retours croisés. Plus le groupe grandit, plus le cadre de confidentialité demande de l’attention. Un petit groupe de collègues volontaires peut constituer un premier format pratique. Adaptez la méthode aux relations existantes.

La fenêtre de Johari est-elle un test psychologique ?

Non. La fenêtre de Johari est un modèle de communication et de prise de recul. L’exercice des adjectifs, dans sa version courante, est un support de discussion. Il ne doit pas servir à diagnostiquer une personnalité, à évaluer un salarié ou à produire un score de confiance. Si l’objectif relève du soin ou d’une évaluation psychologique, utilisez des professionnels et des méthodes adaptés.

Quand vaut-il mieux ne pas l’utiliser ?

Évitez un exercice collectif lorsque les participants ne peuvent pas refuser librement, lorsqu’un conflit est aigu ou lorsque les retours risquent d’être utilisés contre eux. Un simple tour de clarification des attentes peut alors être préférable. Dans les situations sensibles, commencez par un diagnostic du climat et des relations d’autorité. La méthode doit servir le groupe, jamais le mettre en difficulté.

Faire circuler les informations utiles, sans tout exposer

LE VRAI SUJET N’EST PAS DE SE DÉVOILER

« Que devons-nous nous dire pour mieux travailler ? »

Un usage professionnel de Johari commence par cette question et se termine par un choix d’action.

La fenêtre de Johari ne vous demande pas de devenir transparent en permanence. Elle vous invite à interroger le décalage entre ce que vous croyez montrer et ce que les autres reçoivent. Une seule conversation précise peut suffire à éclairer un malentendu. La suite dépendra du travail collectif.

Si vous formez ou facilitez des groupes, entraînez-vous d’abord à recevoir un feedback, puis à cadrer le partage. Insuffle Académie propose des formations centrées sur la pratique de la facilitation. Si vous dirigez une équipe, partez du problème à résoudre plutôt que de l’outil à employer.

Sources et références

  1. Joseph Luft, « The Johari Window: A Graphic Model of Awareness in Interpersonal Relations », Human Relations Training News, 1961, réimpression NTL, source primaire.
  2. Office québécois de la langue française, « Modèle de la fenêtre de Johari », fiche terminologique, 2019.
  3. The Open University, « The Johari Window », ressource pédagogique sur la relation entre feedback et perception de soi.
  4. IUT en Ligne, Patrice Roche, « Vivre l’équipe et le projet », chapitre sur la fenêtre de Johari et le travail collectif.
  5. Kevan Davis, « Interactive Johari Window », outil interactif publié en 2006, illustration de la variante à adjectifs.
  6. Kevan Davis, « Johari/Nohari Window: FAQ », explication du fonctionnement et des conventions de l’outil interactif.
  7. Center for Creative Leadership, « Problem Employees », section « An Easy-to-Use Feedback Model » sur la méthode SBI, 2018.
  8. Amy Edmondson, « Psychological Safety and Learning Behavior in Work Teams », Administrative Science Quarterly, 1999. Étude sur le contexte du feedback, non sur l’efficacité de Johari.
  9. Frontiers in Education, « Knowing You: Personal Tutoring, Learning Analytics and the Johari Window », 2020. Présentation scientifique du modèle et de ses adaptations, sans démonstration de son efficacité en management.

Tags

À propos de Yoan Lureault

Fondateur d'Insuffle et Insuffle Académie, facilitateur en intelligence collective et formateur, basé à Deauville. J'accompagne PME, ETI et fonction publique dans leurs transformations : diagnostics stratégiques, séminaires de direction, alignement d'équipes, évolution des pratiques managériales. Mon approche : cash, terrain, zéro bullshit — via mes démarches propriétaires (Futur Désiré®, Boussole 4C, ...).

Voir tous les articles →