Votre CODIR réunit des personnes compétentes. Pourtant, les mêmes sujets reviennent, les arbitrages prennent trop de temps et chacun repart vers son périmètre. Le problème n’est pas forcément individuel. Il peut venir de la façon dont le comité travaille comme collectif.
Évaluer la performance collective d’un CODIR demande donc autre chose qu’un tableau de KPI ou huit évaluations individuelles. Il faut regarder ce que l’instance produit ensemble : un cap partagé, des décisions claires, une coopération réelle et une exécution suivie.
La grille proposée ici comporte huit critères. Elle ne prétend pas fournir un benchmark scientifique universel. Elle sert à objectiver une conversation, repérer les écarts de perception et choisir le prochain chantier utile.
Revoir le rôle et le fonctionnement attendu d’un CODIR avant de lancer l’évaluation.
Que mesure vraiment la performance collective d’un CODIR ?
PERFORMANCE COLLECTIVE
Deux questions à séparer avant de noter
Des priorités compréhensibles, des arbitrages explicites et des décisions traduites dans l’organisation.
Résultat observableUn débat utile, des responsabilités nettes, une coopération transverse et une capacité à apprendre.
Fonctionnement observable
Dans cette grille, la performance collective désigne ce que le CODIR produit ensemble et la manière dont il le produit. L’objectif n’est pas d’additionner les talents individuels. On observe les arbitrages transverses, la décision, l’exécution et l’apprentissage du collectif.
Project Aristotle a été mené chez Google pour étudier ce qui distingue les équipes performantes. Amy Edmondson indique que la sécurité psychologique y est apparue comme le prédicteur le plus puissant de la performance d’équipe (Harvard Business Review, 2019).
McKinsey regroupe la santé des équipes dirigeantes en quatre domaines : configuration, alignement, exécution et renouvellement. La même publication indique qu’une équipe exécutive alignée et efficace est presque deux fois plus susceptible d’être associée à une performance financière supérieure à la médiane (McKinsey, 2025).
Point de méthode : cette grille évalue le système CODIR. Elle ne remplace ni l’évaluation individuelle des dirigeants, ni un audit de stratégie, ni un dispositif RH.
Cette distinction évite une confusion fréquente. Une équipe générale peut être évaluée sur son intention, ses rôles, ses ressources ou son apprentissage. Insuffle propose déjà un diagnostic d’équipe en neuf dimensions. Ici, le périmètre est plus étroit : la capacité du CODIR à gouverner collectivement.
La grille de performance collective en huit critères
8 CRITÈRES
La grille, vue comme un tableau de bord
Ce qui relève vraiment du CODIR.
Les priorités communes guident les arbitrages.
Les droits de décision sont compris.
Le désaccord améliore la décision.
Chaque membre dépasse son seul périmètre.
Chaque décision garde un responsable.
Les réunions ont un rôle clair.
Le collectif revient sur ses choix.
Cette grille utilise une échelle éditoriale de 1 à 4. Un score de 1 signifie que le comportement est rarement observable. Un score de 4 signifie qu’il est régulier, explicite et vérifiable dans les faits. Cette échelle n’est pas un instrument psychométrique validé.
Le total n’est pas un classement. Un CODIR à 25 points n’est pas mécaniquement meilleur qu’un CODIR à 22. Les critères faibles et les divergences entre membres sont plus utiles que la moyenne.
| Critère | Question à poser | Indice observable |
|---|---|---|
| 1. Mandat collectif | Le CODIR travaille-t-il sur ce qui exige réellement le collectif ? | Les réunions traitent des arbitrages transverses, pas seulement des reportings de fonctions. |
| 2. Cap et priorités | Les membres défendent-ils la même direction et les mêmes priorités ? | Deux membres peuvent expliquer le cap avec des formulations compatibles. |
| 3. Droits de décision | Sait-on qui recommande, contribue, tranche et exécute ? | Les décisions importantes ont un décideur identifié et ne reviennent pas par défaut. |
| 4. Qualité du débat | Peut-on contredire une proposition avant l’arbitrage ? | Les désaccords sont exprimés dans la salle, sans sanction relationnelle immédiate. |
| 5. Coopération transverse | Chaque membre raisonne-t-il au-delà de son propre périmètre ? | Les arbitrages intègrent les effets sur les autres fonctions et sur l’organisation. |
| 6. Exécution | Les décisions produisent-elles une suite identifiable ? | Chaque décision importante possède un responsable, une échéance et un point de suivi. |
| 7. Cadence de travail | Le rythme du CODIR sert-il les décisions importantes ? | L’ordre du jour distingue information, discussion, décision et suivi. |
| 8. Apprentissage collectif | Le CODIR apprend-il de ses décisions et du terrain ? | Il revient sur les choix importants, leurs effets et les signaux remontés par l’organisation. |
Ces huit critères s’inspirent de travaux distincts, sans prétendre les reproduire. McKinsey cite notamment la définition des rôles, la communication, la décision et la sécurité psychologique parmi les facteurs associés à l’efficacité des équipes dirigeantes (McKinsey, 2025).
Une étude de Carmeli, Tishler et Edmondson, fondée sur 77 équipes dirigeantes, relie la confiance, l’apprentissage après échec et la qualité des décisions stratégiques (Strategic Organization, 2012). Ce résultat soutient l’intérêt d’observer le débat et l’apprentissage, sans valider cette grille particulière.
Si vos difficultés portent surtout sur l’arbitrage, approfondissez les mécanismes pour décider plus vite en CODIR sans sacrifier la qualité.
Comment noter votre CODIR sans fausser le diagnostic ?
PROTOCOLE
Noter d’abord, débattre ensuite
Chacun répond sans chercher le consensus.
Les réponses sont réunies sans commentaire.
On repère les critères où les perceptions divergent.
Le groupe échange sur des faits observables.
Un ou deux comportements deviennent prioritaires.

Évitez de construire la note en séance avant les réponses individuelles. Le premier avis exprimé peut orienter le débat. Pour cette grille, faites d’abord répondre chaque membre séparément, puis comparez les écarts.
Faites l’inverse. Chaque membre note seul les huit critères. Demandez ensuite un exemple concret qui justifie chaque note faible ou forte.
- Répondez individuellement, sans discussion préalable.
- Ajoutez un fait observable à chaque note extrême.
- Affichez les notes sans chercher immédiatement un consensus.
- Choisissez un ou deux critères à travailler, pas les huit.
Conseil applicable : utilisez la dernière décision importante comme test. Demandez qui l’a proposée, qui l’a tranchée, qui l’exécute et comment son effet sera revu.
Deuxième conseil : faites reformuler le cap séparément par plusieurs membres. Si les formulations divergent, demandez quels arbitrages concrets chaque personne en déduit. Vous testez ainsi la clarté du cap sans supposer la cause des écarts.
Troisième conseil : refaites exactement la même grille après un cycle de travail. Ne changez pas les critères pour obtenir une progression plus flatteuse.
Configuration typique : dans une PME industrielle fictive, le DG note la décision à 4. Le DAF lui donne 2 et le directeur commercial 1. La moyenne vaut 2,3, mais l’écart raconte davantage : ils ne vivent pas le même système de décision.
Comment lire les scores et surtout les écarts ?
ÉCARTS DE PERCEPTION
Une moyenne correcte peut cacher un désaccord majeur
La moyenne indique un niveau. L’amplitude entre réponses indique souvent où le débat doit commencer.
Commencez par les dispersions. Un critère noté 2 par tous décrit une perception partagée. Un critère noté de 1 à 4 signale au contraire des expériences différentes. Traitez cet écart comme une question à instruire, pas comme une preuve de dysfonctionnement.
Dans une ETI fictive issue d’une fusion, le commerce peut considérer le cap comme clair. Les opérations peuvent vivre trois priorités concurrentes. Le sujet n’est alors pas de réécrire la vision, mais de résoudre ce conflit de priorités.
Regardez ensuite les enchaînements possibles. Une décision peu claire peut être liée au mandat, aux rôles ou au débat. Une exécution irrégulière peut avoir plusieurs causes. La grille sert à formuler des hypothèses à vérifier par des faits.
McKinsey indique que ses facteurs de santé d’équipe expliquent 69 % à 76 % des écarts observés sur l’efficacité, l’innovation et les résultats (McKinsey, 2024). L’étude porte sur des équipes à plusieurs niveaux. Il s’agit d’associations statistiques, pas d’une validation de la grille Insuffle.
McKinsey rapporte que les cadres consacrent en moyenne presque 40 % de leur temps à prendre des décisions. Dans la même recherche, 60 % jugent ce temps mal utilisé (McKinsey, 2020). Ce repère justifie d’observer comment le CODIR prépare, débat et exécute ses décisions.
Vous pouvez enfin croiser la grille avec les symptômes. Si les notes divergent surtout sur le débat, la confiance et la coopération, comparez-les aux signes d’un CODIR qui manque de cohésion.
Que faire après l’évaluation du CODIR ?
PASSAGE À L’ACTION
Choisir le chantier, pas remplir une liste de problèmes
Premier terrain d’expérimentation. Le changement doit devenir observable dans les prochaines réunions.
À traiter comme un chantier collectif avec un cadre et une revue dédiée.
À corriger si cela réduit une friction récurrente.
À laisser de côté tant qu’un enjeu structurant reste ouvert.

Une évaluation utile finit par une décision de travail. Elle ne se termine pas avec un radar coloré, une moyenne ou un compte rendu.
Choisissez le critère dont l’amélioration débloquerait le plus de choses. Puis définissez un comportement observable à tester lors des prochaines séances.
| Faiblesse dominante | Premier test utile |
|---|---|
| Mandat collectif | Retirer de l’ordre du jour les sujets purement informatifs. |
| Cap et priorités | Faire expliciter les arbitrages entre priorités concurrentes. |
| Droits de décision | Nommer le décideur avant d’ouvrir le débat. |
| Qualité du débat | Demander explicitement l’argument contraire avant de conclure. |
| Coopération transverse | Évaluer chaque décision selon ses effets hors du périmètre porteur. |
| Exécution | Clore chaque décision avec un responsable et une date. |
| Cadence | Séparer les points à informer des points à décider. |
| Apprentissage | Revoir une décision passée et identifier ce qui a été appris. |
Exemple fictif : un CODIR familial peut obtenir de bonnes notes de coopération, mais une note faible sur la décision. Si le dirigeant reprend systématiquement le dernier mot, le chantier prioritaire n’est pas un team-building. Il faut clarifier les droits de décision.
Autre configuration : une équipe multisites peut débattre franchement, puis exécuter différemment selon les sites. Le point faible devient la tenue des décisions, pas la confiance.
Après une démission stratégique, le problème peut encore changer. Le CODIR peut conserver son rythme habituel alors que les responsabilités ont bougé. Il faut alors retravailler le mandat, les rôles et les arbitrages avant la cohésion.
Quand plusieurs critères faibles se renforcent entre eux, un séminaire CODIR cadré sur le fonctionnement collectif peut créer l’espace nécessaire pour les traiter.
Trois erreurs qui rendent l’évaluation inutile
ERREURS À ÉVITER
Quatre garde-fous pour garder l’exercice utile
La grille porte sur le fonctionnement du collectif.
Un désaccord explicite vaut mieux qu’un consensus de façade.
Choisissez une priorité et une date de revue.
Chaque note doit renvoyer à une situation observée.
Transformer la grille en note de personnes
Le but n’est pas d’identifier le membre qui ferait baisser le score. Un CODIR est un système d’interactions. Une décision floue peut être produite par des règles implicites, même avec des dirigeants compétents.
Chercher un score parfait
Ne cherchez pas un score parfait. Selon son contexte, un CODIR peut choisir de travailler d’abord la décision, le débat ou la coopération. La priorité doit être reliée à un problème réel et à un comportement observable.
Confondre évaluation et intervention
La grille montre où regarder. Elle ne résout ni un conflit ancien, ni une gouvernance incohérente, ni un sujet stratégique. Sur un conflit sensible, un cadre externe peut devenir nécessaire.
Évitez aussi de faire cette évaluation pendant une crise ouverte. Si le groupe ne peut plus parler sans escalade, commencez par sécuriser le cadre et le mandat de l’échange.
Questions fréquentes sur la performance collective du CODIR
À quelle fréquence évaluer son CODIR ?
Il n’existe pas de fréquence universelle. Réévaluez après un changement réel : nouveau dirigeant, fusion, réorganisation, crise ou travail ciblé sur le fonctionnement. Garder la même grille permet de comparer les perceptions dans le temps sans déplacer les critères.
Faut-il calculer un score global ?
Vous pouvez additionner les huit notes, mais le total reste un repère de discussion. Il ne s’agit pas d’un benchmark normatif. Les critères faibles, les écarts entre membres et les exemples concrets donnent une information plus utile.
Les réponses doivent-elles être anonymes ?
L’anonymat peut aider quand la parole est très prudente. Cependant, un CODIR doit ensuite pouvoir discuter des écarts sans chercher les auteurs. Si l’anonymat reste indispensable durablement, le sujet principal devient probablement la sécurité du débat.
Cette grille remplace-t-elle les KPI du CODIR ?
Non. Les KPI décrivent des résultats économiques ou opérationnels. Cette grille examine la manière dont le comité produit ses arbitrages et les fait exécuter. Les deux lectures sont complémentaires, mais elles ne répondent pas à la même question.
Quand ne faut-il pas utiliser cette grille ?
Ne l’utilisez pas comme substitut à une médiation, une enquête RH ou une décision de gouvernance. Un conflit personnel aigu demande un cadre adapté. Un problème de compétence individuelle ne doit pas être dilué dans un diagnostic collectif.
Faut-il un facilitateur externe ?
Pas toujours. Un CODIR capable de se contredire peut conduire seul cette évaluation. Un tiers devient utile quand le dirigeant influence fortement les réponses, quand les écarts sont sensibles ou quand plusieurs tentatives internes ont déjà échoué.
Une bonne grille doit ouvrir une vraie conversation
À LA SORTIE
Une bonne grille doit produire trois choses
Le CODIR peut nommer précisément ce qui fonctionne et ce qui bloque.
Le collectif choisit le comportement qui mérite d’être travaillé maintenant.
La discussion devient un cycle d’apprentissage plutôt qu’un audit sans suite.
La performance collective d’un CODIR ne se résume ni à l’ambiance, ni à la vitesse, ni aux résultats d’un trimestre. Elle se voit dans la capacité à penser ensemble, trancher clairement, coopérer entre fonctions et apprendre de l’exécution.
Commencez simplement. Faites noter les huit critères individuellement, comparez les écarts et choisissez un seul chantier prioritaire. Le meilleur indicateur sera ensuite un changement observable dans le travail du comité.
Si le CODIR ne parvient pas à traiter seul un nœud collectif, échangez avec Yoan Lureault. Vous pourrez vérifier si une facilitation externe est pertinente.
Sources
- McKinsey, Demystifying top-team performance: What every CEO needs to know, 2 octobre 2025.
- McKinsey, Go, teams: When teams get healthier, the whole organization benefits, 31 octobre 2024.
- Harvard Business Review, Creating Psychological Safety in the Workplace, 22 janvier 2019.
- Carmeli, Tishler et Edmondson, CEO relational leadership and strategic decision quality in top management teams, 6 février 2012.
- McKinsey, To unlock better decision making, plan better meetings, 9 novembre 2020.
- McKinsey, Improve your leadership team’s effectiveness through key behaviors, 27 janvier 2020.
- Harvard Business Review, When Teams Can’t Decide, 1er novembre 2008.