Lundi matin, salle du conseil. Le directeur général des services réunit ses sept directeurs. Le maire attend une proposition pour jeudi, le budget supplémentaire n'est pas voté et deux postes de cadres sont vacants. Au bout d'une heure et demie, l'ordre du jour est épuisé, mais aucune décision n'a été prise. Chacun repart avec ses dossiers et sa propre lecture de la situation.
Ce scénario n'a rien d'exceptionnel. Un CODIR dans la fonction publique travaille avec des contraintes inconnues en entreprise. Exécutif élu ou tutelle, budget voté, statut, dialogue social, juge financier : tout encadre ses décisions. Ces contraintes ne condamnent pas l'équipe de direction à l'impuissance, elles demandent une autre manière de l'animer et de la faire travailler avec les élus. Cet article vous donne les repères pour faire d'un CODIR public un lieu où l'on décide vraiment, quel que soit le versant de la fonction publique.
Vous dirigez une équipe de direction publique qui tourne en rond ?
Échanger 30 minutes avec Yoan LureaultQu'est-ce qui distingue un CODIR dans la fonction publique ?
Sur le papier, un comité de direction public ressemble à celui d'une entreprise. Un directeur général réunit les responsables des grandes directions. On y partage l'information, on arbitre, on pilote. Dans les faits, trois différences changent tout.
La décision finale n'appartient pas au CODIR
Dans une collectivité, le pouvoir de décision revient à l'exécutif élu et à l'assemblée délibérante. Dans un service de l'État, il remonte vers le préfet, le ministère ou l'administration centrale. Le CODIR prépare, instruit, met en œuvre. Il décide beaucoup sur l'organisation interne, mais rarement sur les orientations.
Cette position intermédiaire crée un piège. Une équipe de direction qui ne sait pas ce qu'elle décide elle-même finit par ne plus rien décider. Elle se transforme en antichambre des arbitrages politiques.
On hérite de son équipe plus qu'on ne la compose
Un dirigeant de PME recrute souvent ses directeurs. Un DGS ou un directeur d'administration arrive dans une équipe déjà en place. Ses membres sont souvent en poste depuis plus longtemps que lui. Leur légitimité tient à leur expertise métier, pas à un choix du directeur général.
Cela donne un CODIR plus stable, mais plus difficile à faire évoluer. Le dirigeant agit peu sur la composition. Il agit beaucoup sur l'animation.
Chaque décision d'organisation passe par des instances
Une réorganisation de service ne se décide pas en CODIR un lundi pour s'appliquer le mardi. Dans la fonction publique territoriale, le comité social territorial connaît des questions d'organisation et de fonctionnement des services, avant la décision de l'autorité territoriale. Chaque collectivité d'au moins cinquante agents en est dotée, selon la fiche de compétences publiée par le centre de gestion du Nord.
Le calendrier de l'équipe de direction est donc rythmé par ces consultations. Un CODIR qui l'ignore perd des mois.
CODIR public et CODIR d'entreprise
Six écarts qui changent la façon d'animer
| Dimension | CODIR d'entreprise | CODIR dans la fonction publique |
|---|---|---|
| Décision stratégique | Dirigeant et actionnaires | Exécutif élu, assemblée ou tutelle |
| Composition | Choisie en grande partie | Largement héritée |
| Budget | Ajustable en cours d'année | Voté, encadré par des règles comptables publiques |
| Réorganisation | Information et consultation du CSE | Avis préalable du comité social compétent |
| Achat d'un accompagnement | Libre | Soumis au code de la commande publique |
| Horizon | Plan stratégique | Mandat électoral ou feuille de route ministérielle |
Note de lecture. Aucun de ces écarts ne dépend du style du directeur général : tous tiennent au cadre public. Ils fixent le calendrier du CODIR, quelle que soit la personnalité de celui qui l'anime.
Comité social : centre de gestion du Nord. CSE : INRS. Commande publique : Landot et associés.
Les six contraintes qui pèsent sur une équipe de direction publique
Nommer les contraintes est la première étape pour cesser de les subir. Voici celles que les équipes de direction publiques rencontrent le plus souvent.
Le directeur général sous contrainte
Beaucoup d'autonomie, peu de temps, des arbitrages durs
50 h
par semaine en moyenne déclarée
Le temps du CODIR est pris sur une semaine déjà saturée. Chaque réunion doit produire une décision, pas un tour d'horizon.
87 %
déclarent disposer d'une forte autonomie
La latitude existe. Reste à la partager avec les directeurs dans un cadre collectif clair.
1 sur 2
estime qu'il faudra choisir entre investissements et services immédiats
Les arbitrages à venir sont durs. Un CODIR qui ne sait pas trancher les reportera vers les élus.
Source : Sciences Po Cevipof, enquête auprès des DGS d'intercommunalités pour l'ADGCF, septembre 2025.
1. Le calendrier politique
Le mandat structure tout. L'année qui précède une élection gèle les projets sensibles. L'année qui suit en lance de nouveaux, parfois sans tenir compte de ce qui existait. Les municipales de mars 2026 en sont l'illustration la plus récente pour le bloc communal.
2. Un budget voté et annuel
Le budget est adopté par l'assemblée, puis modifié par des décisions budgétaires successives. Un CODIR ne peut pas réallouer librement des moyens en cours d'année. Il doit anticiper ses arbitrages au rythme du cycle budgétaire, et non au fil de l'eau.
3. Le recrutement sous tension
Selon l'enquête du Cevipof menée en 2025 auprès des DGS d'intercommunalités, 9 DGS sur 10 déclarent des difficultés de recrutement. La première cause citée est le déficit d'attractivité de la fonction publique territoriale, à 83 %. Pour un CODIR, cela veut dire des postes vacants, des intérims et des directeurs qui portent deux directions à la fois.
4. Le dialogue social formalisé
Le comité social est consulté sur l'organisation des services, les lignes directrices de gestion et les orientations en matière de ressources humaines. Ce n'est pas un obstacle. C'est un jalon à intégrer dès la conception d'un projet.
5. La responsabilité financière des gestionnaires
La réforme de la responsabilité financière des gestionnaires publics est entrée en vigueur début 2023. Dans une tribune publiée par Weka en 2025, un DGS en poste décrit une prudence accrue dans les prises de décision qui en découle. Une équipe de direction qui craint le juge financier tend à tout faire remonter. La décision collective se raréfie.
6. La commande publique
Faire appel à un accompagnement extérieur est un achat public. Selon le cabinet Landot, le seuil de dispense de publicité et de mise en concurrence est de 60 000 € HT depuis le 1er avril 2026. Il concerne les marchés de fournitures et de services. Les principes de bonne utilisation des deniers publics continuent de s'appliquer en dessous de ce seuil.
Conseil de facilitateur
Listez ces six contraintes sur un paperboard lors de votre prochain CODIR. Demandez à chaque directeur laquelle pèse le plus sur sa direction ce trimestre. Vous obtenez en vingt minutes une carte partagée des tensions, au lieu de sept lectures séparées.
État, territoriale, hospitalière : trois réalités de CODIR
La fonction publique emploie 5,80 millions d'agents fin 2023, selon le rapport annuel 2025 de la DGAFP. Ils se répartissent entre la fonction publique de l'État (44 %), la territoriale (34 %) et l'hospitalière (21 %). Chaque versant façonne différemment son équipe de direction.
5,80 millions d'agents publics, fin 2023
Trois versants, trois équipes de direction
Largeur de chaque segment proportionnelle à la part des agents publics. Total arrondi à 99 %.
État, 44 %
Équipe de direction typique
Directeur et adjoints d'une direction régionale ou départementale, chefs de service
Tension principale
Mettre en œuvre des orientations décidées ailleurs, avec une marge locale réduite
Territoriale, 34 %
Équipe de direction typique
DGS, DGA, directeurs de pôle
Tension principale
Articuler le temps politique des élus et le temps administratif des services
Hospitalière, 21 %
Équipe de direction typique
Directeur d'établissement, directeurs adjoints, en lien avec les instances médicales
Tension principale
Concilier logique de gestion et logique soignante dans les mêmes décisions
Source : DGAFP, rapport annuel sur l'état de la fonction publique, édition 2025.
Dans une direction départementale de l'État, le CODIR sert souvent à décliner des priorités nationales. Le risque y est la réunion descendante, où l'on transmet sans débattre. Dans un établissement hospitalier, la difficulté tient au dialogue entre direction administrative et communauté médicale. Dans une collectivité, la relation avec les élus domine.
Le reste de cet article s'appuie surtout sur la territoriale, où ces enjeux sont les plus visibles. Les principes d'animation valent pour les trois versants.
Comment animer un CODIR public qui décide vraiment ?
Animer un CODIR public, c'est d'abord rendre visible ce qui se décide dans la salle. Les techniques viennent après. Voici cinq pratiques qui changent la qualité des réunions.
Cartographie des décisions
Avant chaque point : qui tranche ?
Le test d'ouverture
Un point, une colonne, un livrable
Prépare : le CODIR sort avec une note et une option recommandée pour l'exécutif.
Décide : le CODIR sort avec une décision, un responsable et une échéance.
Transmet : le CODIR sort avec un plan de déclinaison dans les services.
Si personne ne sait dans quelle colonne ranger un sujet, c'est lui qu'il faut clarifier avec l'exécutif.
Cartographier ce que le CODIR décide, prépare et transmet
Le guide de la DGAFP consacré au mode projet dans la fonction publique recommande de préciser les points de décision relevant de chaque niveau. L'objectif est d'éviter que les comités perdent du temps sur des sujets qui ne relèvent pas d'eux. Le principe s'applique directement au CODIR.
Concrètement, classez chaque sujet récurrent dans l'une de trois colonnes :
- Le CODIR décide : organisation interne, priorités entre directions, méthodes de travail, répartition des moyens délégués.
- Le CODIR prépare : propositions soumises à l'exécutif, à l'assemblée ou à la tutelle.
- Le CODIR transmet : décisions prises ailleurs, à décliner dans les services.
Cette carte tient sur une page. Elle évite le malentendu le plus coûteux : débattre une heure d'un sujet que personne autour de la table n'a le pouvoir de trancher.
Séparer les temps d'information et les temps de décision
La plupart des CODIR publics sont des tours de table. Chaque directeur présente l'actualité de sa direction. Le temps de décision arrive en fin de réunion, quand l'attention est épuisée.
Inversez l'ordre. Ouvrez sur les deux ou trois décisions du jour, préparées par une note courte envoyée la veille. Renvoyez l'information descendante vers un support écrit. Gardez dix minutes à la fin pour les alertes.
Choisir explicitement la règle de décision
Consensus, consentement, avis consultatif puis arbitrage du DGS : chaque règle a son usage. Le problème vient quand personne ne sait laquelle s'applique. Les directeurs croient avoir été consultés, le DGS croit avoir obtenu un accord. Nous détaillons ces options dans notre article sur la prise de décision collective en comité de direction.
Donner une place structurée au désaccord
Dans la fonction publique, le devoir de réserve et la culture hiérarchique poussent au silence en réunion. Le désaccord se déplace alors dans les couloirs, ou remonte directement aux élus. C'est la pire configuration pour un DGS.
Un tour de parole systématique avant chaque décision, du plus récent au plus ancien dans l'équipe, change déjà la dynamique. La condition de fond reste la confiance, que nous traitons dans notre article sur la sécurité psychologique en CODIR.
Ancrer les décisions avec un relevé partagé sous 24 heures
Un relevé de décisions, pas un compte rendu. Une ligne par décision, un responsable, une échéance. Envoyé dans les 24 heures, relu en ouverture du CODIR suivant. Cette discipline simple réduit fortement le nombre de décisions rediscutées d'une réunion à l'autre.
Point de vigilance
Un relevé de décisions engage l'administration. Distinguez clairement ce qui est décidé par le CODIR de ce qui reste soumis à validation de l'exécutif. Une formulation ambiguë peut être lue comme un engagement que les élus n'ont pas pris.
Le CODIR face aux élus : construire le binôme sans brouiller les rôles
La relation entre l'administration et l'exécutif est la variable qui pèse le plus sur un CODIR territorial. Lors des Entretiens territoriaux de Strasbourg de décembre 2025, seuls 29 % des dirigeants territoriaux interrogés disaient former un véritable binôme avec leur élu, selon Acteurs publics. Les autres évoquaient un dialogue décalé, une relation sous tension ou un flou des rôles.
Ce chiffre éclaire une réalité de terrain. Quand le binôme fonctionne mal, le CODIR devient un lieu d'interprétation des intentions politiques. On y passe plus de temps à deviner ce que veut le président ou le maire qu'à construire des réponses.
Dirigeants territoriaux et élus
Moins d'un tiers forment un vrai binôme
- 29 % Véritable binôme
- 37 % Dialogue, pas toujours au bon moment
- 19 % Relation sous tension
- 16 % Flou, chacun avance de son côté
Ce que cela change pour le CODIR. Quand le binôme n'est pas établi, le DGS risque d'arriver en réunion sans mandat clair. Le premier chantier n'est alors pas l'animation du CODIR, mais le point régulier avec l'exécutif qui la précède.
Source : Acteurs publics, Entretiens territoriaux de Strasbourg, décembre 2025. Total de 101 % lié aux arrondis.
Trois pratiques pour clarifier la frontière
- Un point régulier entre le DGS et l'exécutif avant chaque CODIR, pour arriver avec un cadre clair des marges de manœuvre.
- Une rubrique fixe en fin de CODIR : « ce que nous proposons aux élus cette semaine », formulée collectivement.
- Un séminaire mixte élus et direction par an, distinct du CODIR, pour travailler les orientations du mandat.
Le CODIR n'a pas vocation à devenir un bureau municipal bis. Il gagne en efficacité quand chacun sait où s'arrête la sphère administrative et où commence la sphère politique.
Situation typique
Une DGS de communauté de communes constate que deux vice-présidents adressent directement des demandes à ses directeurs. Le CODIR découvre les arbitrages après coup. La première étape n'est pas une réorganisation, mais un échange avec le président sur le circuit des demandes, puis une règle commune présentée en CODIR.
Après un changement d'exécutif : remettre l'équipe de direction en route
Les élections municipales se sont tenues les 15 et 22 mars 2026. Là où l'exécutif a changé, l'équipe de direction entre dans une période particulière. La nouvelle équipe politique arrive avec un programme. L'administration arrive avec ses projets en cours, ses contraintes et son histoire.
La période des six mois
Pour les emplois fonctionnels de direction, il ne peut être mis fin aux fonctions qu'après un délai de six mois suivant la désignation de l'autorité territoriale. La règle figure à l'article L. 544-1 du code général de la fonction publique, rappelé par le centre de gestion de la Gironde. Le centre de gestion parle d'un intervalle de cohabitation destiné à éviter une remise en cause immédiate des fonctions.
Ces six mois sont souvent vécus comme une attente. Ils peuvent être utilisés comme un temps de construction. C'est le moment où l'équipe de direction peut démontrer sa capacité à traduire un programme en feuille de route.
Trois chantiers pour les premiers mois
Après un changement d'exécutif
Six mois pour installer la nouvelle feuille de route
-
J
Installation du nouvel exécutif
Le CODIR présente l'état des projets, des moyens et des contraintes.
-
1
Traduire le programme en priorités administratives
Le CODIR propose un séquençage réaliste au regard des moyens.
-
2
Clarifier les circuits de décision
Entre élus délégués, cabinet et directions.
-
3
Revoir le fonctionnement du CODIR lui-même
Fréquence, ordre du jour, règles de décision.
-
J + 6 mois
Fin du délai de cohabitation
Avant ce délai, il ne peut être mis fin aux fonctions d'un emploi fonctionnel (article L. 544-1 du CGFP).
Jalons noirs : repères fixes. Étapes bleues : séquencement indicatif, à adapter à votre collectivité. Source du délai : centre de gestion de la Gironde, février 2026.
Le DGS se trouve dans une position fragile pendant cette période. Les données du Cevipof montrent que 47,8 % des DGS d'intercommunalités occupent leur poste depuis moins de cinq ans, et que 41 % vivent leur première expérience dans la fonction. Beaucoup découvrent l'alternance en tant que directeur général.
Les erreurs les plus fréquentes dans l'animation d'un CODIR public
Ces erreurs reviennent dans des contextes très différents, de la commune moyenne au service déconcentré de l'État.
Copier le fonctionnement d'un CODIR d'entreprise
Importer des rituels du privé sans les adapter crée un décalage. Un tableau de bord inspiré d'une entreprise industrielle ignore le cycle budgétaire et les consultations obligatoires. Les directeurs le remplissent par obligation, sans s'en servir pour décider.
Lancer une réorganisation avant le dialogue social
Un DGA présente en CODIR un nouvel organigramme, validé informellement avec l'exécutif. Les représentants du personnel l'apprennent par les agents. La consultation du comité social devient un affrontement, et le calendrier glisse de plusieurs mois. Intégrer le comité social dès la conception évite ce scénario.
Confondre neutralité et silence
La neutralité de l'administration vis-à-vis du politique ne signifie pas l'absence d'avis. Un CODIR qui n'ose plus formuler de recommandation laisse les élus sans éclairage technique. L'équipe de direction doit dire ce qui est faisable, à quel coût et dans quel délai.
Élargir le CODIR pour résoudre un problème de confiance
Face aux tensions, certains DGS ajoutent des participants pour « mieux associer ». Le CODIR passe de huit à vingt personnes et ne décide plus rien. L'élargissement a sa place, mais pour d'autres usages, que nous détaillons dans notre article sur le CODIR élargi et son animation.
Organiser un séminaire sans mandat clair de l'exécutif
Une équipe de direction part deux jours travailler sur un projet d'administration. Au retour, l'exécutif découvre les propositions et ne s'y reconnaît pas. Le travail est perdu, et la confiance aussi. Un séminaire de direction publique commence par une commande explicite de l'autorité.
Organiser un séminaire de CODIR dans une collectivité ou une administration
Le séminaire est le format qui permet de sortir du traitement des urgences. Dans le secteur public, il obéit à quelques règles spécifiques.
Partir d'une question, pas d'un programme
Un séminaire utile répond à une question précise. Par exemple : « Comment traduire les engagements du mandat en dix projets prioritaires pour 2027 ? » Ou encore : « Comment fonctionner à huit directeurs avec deux postes vacants ? ». Cinq sujets distincts sur deux jours produisent cinq débats inachevés.
Choisir un format sobre et assumé
L'argent public impose une exigence de sobriété, et l'image compte. Un lieu proche, un format d'une à deux journées selon l'enjeu, un déroulé centré sur la production de décisions. La sobriété du cadre ne réduit pas la qualité du travail. Elle la sert souvent, car elle évite le soupçon de séminaire d'agrément.
Prévoir le retour vers les élus et les équipes
Un séminaire de direction publique produit des propositions qui doivent remonter vers l'exécutif et descendre vers les services. Prévoyez dès la conception le moment de restitution aux élus, puis la communication aux cadres. Un séminaire sans suite visible abîme la crédibilité du CODIR auprès des agents.
Conseil de facilitateur
Fixez un rendez-vous de suivi à six semaines dès la fin du séminaire. Une heure suffit pour vérifier ce qui a été lancé, ce qui bloque et ce qui doit être réarbitré.
Les principes de préparation d'un séminaire de direction sont détaillés sur notre page dédiée au séminaire CODIR accompagné par Insuffle.
Le cas des administrations réparties sur plusieurs sites
Une intercommunalité issue de fusions, un département avec des antennes territoriales, un service de l'État présent dans plusieurs villes : la distance complique le fonctionnement collectif. Les directeurs de site appliquent chacun leur lecture des décisions. Les mécanismes de gouvernance d'une organisation dispersée sont proches de ceux que nous décrivons dans notre article sur la gouvernance d'un CODIR multi-sites.
Facilitateur externe, centre de gestion ou ressources internes ?
Un DGS qui veut faire évoluer son CODIR dispose de plusieurs options. Aucune n'est meilleure dans l'absolu. Le bon choix dépend de la situation.
Quatre options, quatre situations
À qui confier l'évolution de son CODIR ?
Pertinent si : La collectivité est affiliée et le besoin relève de l'organisation
Centre de gestion
Atouts
Connaissance fine de la territoriale, acteur public de confiance
Limites
Offre et disponibilité à vérifier selon les départements
Pertinent si : Ateliers de services, projets transverses
Facilitateur interne
Atouts
Coût réduit, connaissance du contexte
Limites
Difficile de faciliter ses propres supérieurs hiérarchiques
Pertinent si : Audit organisationnel ou étude technique
Cabinet de conseil en organisation
Atouts
Diagnostic structuré, recommandations
Limites
Solution apportée de l'extérieur, appropriation incertaine
Pertinent si : Le CODIR doit construire lui-même ses décisions
Facilitateur externe spécialisé en équipes de direction
Atouts
Neutralité vis-à-vis de la hiérarchie et des élus, travail sur la dynamique collective
Limites
Achat public à prévoir, temps de préparation
Le centre de gestion d'Ille-et-Vilaine, par exemple, propose un accompagnement stratégique de CODIR, avec phase préparatoire, séances de travail et restitution. Pour une collectivité affiliée, interroger son propre centre de gestion est un premier réflexe utile.
Ce que la facilitation apporte de spécifique
La facilitation n'est ni du conseil, ni du coaching. Le facilitateur ne propose pas la solution. Il construit le cadre qui permet à l'équipe de direction de produire ses propres réponses. Dans le secteur public, cette posture a un avantage particulier. Les décisions construites par le CODIR sont portées par ceux qui devront les défendre devant les élus et les agents.
Un repère sur l'engagement
Selon Gallup, seuls 8 % des salariés en France se déclarent engagés au travail, contre 12 % en moyenne en Europe. Ce chiffre porte sur l'ensemble des actifs, pas sur le seul secteur public. Il rappelle que l'engagement des équipes se joue d'abord dans la manière dont la direction fonctionne.
La démarche du futur désiré appliquée au secteur public
Chez Insuffle, nous travaillons avec la démarche du futur désiré. Elle consiste à faire construire par l'équipe un état futur souhaité, suffisamment concret pour mettre le collectif en mouvement. L'image est celle de deux falaises : l'organisation d'aujourd'hui d'un côté, celle que l'on veut atteindre de l'autre. Le travail du CODIR porte sur le passage entre les deux.
Pour une équipe de direction publique, ce passage se construit avec les contraintes réelles : mandat, budget, dialogue social. Le futur désiré ne s'en affranchit pas. Il les intègre comme matériau de travail.
Quelle option correspond à votre équipe de direction ?
Un premier échange suffit souvent à situer le besoin : fonctionnement du CODIR, séminaire, relation avec l'exécutif.
Échanger avec Yoan Lureault30 minutes au téléphone, sans engagement
Questions fréquentes sur le CODIR dans la fonction publique
Qui compose un CODIR dans une collectivité territoriale ?
Le CODIR réunit en général le directeur général des services, les directeurs généraux adjoints et les directeurs des grands pôles. Selon la taille de la collectivité, il peut inclure le directeur de cabinet ou le responsable des finances. Sa composition relève de l'organisation choisie par le DGS, en accord avec l'exécutif. Une taille de six à dix membres facilite la prise de décision.
Les élus doivent-ils participer au CODIR ?
Dans la plupart des collectivités, le CODIR reste une instance administrative, sans élus. Cette séparation protège la capacité des directeurs à débattre librement de la faisabilité des projets. Les échanges avec l'exécutif passent par le DGS ou par des réunions dédiées, comme un bureau municipal ou un séminaire mixte. Certaines petites communes fonctionnent autrement, par nécessité. L'essentiel est que chacun connaisse la règle.
À quelle fréquence réunir le CODIR d'une administration ?
Un rythme hebdomadaire d'une heure trente convient à beaucoup de collectivités moyennes. Un rythme bimensuel plus long peut suffire dans une petite structure. Le plus important est de distinguer les réunions de pilotage courant des temps stratégiques. Deux ou trois CODIR par an consacrés aux orientations, hors traitement des urgences, changent la qualité des décisions courantes.
Comment acheter un accompagnement de CODIR dans le public ?
L'accompagnement est un marché de services soumis au code de la commande publique. Depuis le 1er avril 2026, le seuil de dispense de publicité et de mise en concurrence est fixé à 60 000 € HT. En dessous, l'acheteur reste tenu de faire un bon usage des deniers publics. Rapprochez-vous de votre service achats ou marchés dès que le besoin est identifié, pour éviter un retard au démarrage.
Quand un facilitateur externe n'est-il pas la bonne réponse ?
Quand le blocage tient à une situation individuelle, comme un conflit grave entre deux directeurs ou une souffrance au travail, un facilitateur d'équipe n'est pas le premier recours. Une médiation, l'appui des ressources humaines ou du médecin du travail sont plus adaptés. De même, une question purement technique relève d'une expertise. La facilitation sert le fonctionnement collectif, pas le traitement d'une situation personnelle.
Peut-on organiser un séminaire de CODIR pendant une période électorale ?
C'est possible, mais l'objet doit être choisi avec soin. Avant une élection, un séminaire centré sur le fonctionnement interne ou la continuité du service reste pertinent. Construire un projet d'administration pour le prochain mandat l'est beaucoup moins, car la future équipe élue ne s'y reconnaîtra pas forcément. Après l'élection, le séminaire aide à traduire le nouveau programme en priorités.
Faire du CODIR public un lieu de décision, pas une chambre d'attente
Un CODIR dans la fonction publique ne dispose pas du dernier mot. C'est précisément pour cela qu'il doit savoir exactement ce qui lui revient. Les contraintes du secteur public, élus, budget, statut, dialogue social, juge financier, ne sont pas des excuses. Ce sont les données du problème.
Une équipe de direction retrouve une capacité d'action réelle quand elle tient quatre engagements :
- savoir ce qu'elle décide, prépare et transmet ;
- annoncer la règle de décision avant de débattre ;
- faire entendre le désaccord dans la salle plutôt que dans les couloirs ;
- suivre chaque décision jusqu'à sa mise en œuvre.
Elle devient alors l'interlocuteur dont les élus ont besoin pour transformer un programme en résultats pour les usagers. Ce travail ne demande pas une révolution. Il commence souvent par un CODIR différent, puis un séminaire bien préparé. Si votre équipe de direction en est là, parlons-en.
Les méthodes et démarches présentées dans cet article sont à adapter au contexte spécifique de chaque équipe de direction et de chaque organisation. Pour les sujets sensibles (conflits non résolus, transformation lourde, sortie de crise, restructuration), un accompagnement par un facilitateur expérimenté est nécessaire pour garantir un cadre adapté.
Sources
- DGAFP, Rapport annuel sur l'état de la fonction publique, édition 2025
- Martial Foucault et Éric Kerrouche, Sciences Po Cevipof, Directeurs généraux d'intercommunalité : un pouvoir discret au cœur du bloc communal, enquête ADGCF, 2025
- Acteurs publics, 29 % des DGS affirment former un véritable binôme avec leur élu, décembre 2025
- Centre de gestion de la Gironde, Les conséquences RH des élections municipales, février 2026
- Centre de gestion du Nord, Les compétences du comité social territorial, octobre 2025
- Landot et associés, Marchés publics : relèvement du seuil de dispense de procédure à 60 000 €, avril 2026
- Weka, Être DGS en 2025 : entre statut précaire et responsabilités durables, tribune de Philippe Jacquemoire
- DGAFP, Diffuser la culture du mode projet dans la fonction publique, 2019
- Centre de gestion d'Ille-et-Vilaine, Accompagnement stratégique de CODIR
- Gallup, State of the Global Workplace : France Country-Level Data
- INRS, Missions et attributions du CSE : les consultations