CODIR dysfonctionnel : quand le comité de direction ne fonctionne plus

CODIR dysfonctionnel : quand le comité de direction ne fonctionne plus

Yoan Lureault
13 mai 2026

Un CODIR qui tourne sans avancer

Vous vous reconnaisez ? Le CODIR se réunit tous les mardi. L’ordre du jour est affiché. Les gens sont là. Puis rien.

Les réunions durent deux heures. Elles finissent vaguement. Les points importants sont repoussés. Certains sujets reviennent trois mois après, sans avancer. Les directeurs se parlent poliment. Mais personne ne dit vraiment ce qu’il pense.

C’est ça, un CODIR dysfonctionnel. Pas chaotique. Pas conflictuel. Juste inéfficace. Pas de décisions claires. Pas de débat réel. Pas de cap défini ensemble.

Sur le terrain, les équipes sentent le problème. Les projets traînent. L’énergie s’échappe. Le DG pousse en avant seul. Ou il n’y a plus d’impulsion du tout.

Beaucoup de responsables pensent que c’est normal. Diriger, c’est compliqué. Réunir les egos. Gérer la politique interne. Accepter qu’on n’avance pas.

C’est faux. Un CODIR peut fonctionner. Pas sans friction. Mais efficace.

Les signes visibles du dysfonctionnement

Les vraies questions ne remontent pas

Chez vous, la réunion commence. L’ordre du jour est connu. Tous les sujets sont prédéfinis. Personne n’ose ajouter quelque chose de nouveau.

Pourquoi ? Parce que le temps est serré. Parce que certains dominent le débat. Parce qu’on a peur de déranger. Parce que le DG a déjà une position et tout le monde le sait.

Résultat : les vrais problèmes restent cachés. La fusion d’une branche qui ne rapporte rien. La relation cassée avec un client majeur. Le manager qui devient trop coûteux. Les tensions entre deux directeurs.

Ces sujets-là ne s’expriment jamais au CODIR. Ils circulent dans les couloirs. Chacun en parle avec un allié. Rien n’avance officiellement.

Les débats s’arrêtent avant de commencer

Un directeur propose quelque chose. Un silence gêné. Puis une objection discrète. Puis rien. Le sujet est abandonné. Personne ne dit “on choisit A”. On dit juste “on verra”.

Ou le contraire : le DG propose. Les autres approuvent en dix secondes. Pas de questions. Pas d’échanges. C’est décidé parce que c’est décidé.

Dans les deux cas, il n’y a pas de débat vrai. Pas d’affrontement constructif. Pas de construction collective d’une décision.

Les décisions ne se prennent pas

Trois mois après la réunion, personne ne se souvient vraiment de ce qui a été décidé. Ou chacun a compris différemment.

“On a convenu de réfléchir à la réorganisation.” Ça ne veut rien dire. Qui réfléchit ? Comment ? Quand est le prochain point de décision ?

Les vraies décisions manquent. Qui fait quoi. Quand. Jusqu’à quel budget. Avec quelles contraintes. Accepté par qui.

Tout reste flou. Chacun va de son côté. Les projets se superposent. Les ressources se dispersent.

Le DG tranche seul ou ne tranche pas

Deux cas extrêmes que j’observe dans les boîtes.

Cas 1 : le DG écoute les autres pour la forme. Puis il décide seul de son côté. Les directeurs connaissent le jeu. Ils parlent, mais ils savent que c’est du théâtre. Pourquoi donner son avis si personne ne l’écoute vraiment ?

Cas 2 : le DG n’arrive pas à trancher. Il demande plus d’infos. Il repousse. Il cherche le consensus parfait. Les réunions s’allongent. Les sujets reviennent encore et encore. Rien n’avance.

Dans les deux cas, le CODIR n’est pas un lieu de décision. C’est un lieu de présentation ou de débat stérile.

Les gens se parlent sans dire les choses

C’est le signe le plus insidieux. Tout le monde est poli. Aucun clash. Pas de cris. Pas d’insultes.

Mais personne ne dit “ton approche est mauvaise pour l’entreprise”. Personne ne challenge l’autre sur les chiffres. Personne ne nomme les vrais problèmes.

“Je pense que sur ce sujet, il y a peut-être un point à creuser, si on a le temps.” C’est du bla-bla. Le message réel ne passe pas.

Résultat : les vrais sujets ne sont jamais adressés. Les tensions montent sous l’eau. Les directeurs se cherchent des allés en dehors du CODIR pour contrer les autres.

Les reportings deviennent la réunion entière

Un CODIR se remplit d’infos. Chacun raconte son chiffre. Son avancement. Ses problèmes mineurs.

Trois heures pour que tout le monde se mette à jour. Zéro temps pour les vrais sujets stratégiques.

Ce que chacun aurait pu lire par email en dix minutes devient une réunion interminable. Le CODIR n’est plus un lieu de pilotage. C’est un broadcast de nouvelles.

Pourquoi ça se cristallise comme ça

L’absence de structure claire

Un bon CODIR a des règles. Qui parle quand. Comment on décide. Qu’est-ce qui compte comme une décision. Qui met en œuvre. Quand on revient dessus.

Dans un CODIR dysfonctionnel, c’est flou. Pas de structure. On suit les vieux réflexes. “Comme avant.”

Sans structure, c’est le doute qui prime. On ne sait pas jusqu’où on peut parler. On ne sait pas si c’est vraiment décidé. On ne sait pas qui fait le suivi.

Les personnalités dominent le jeu

Un directeur fort. Un autre faible. Un DG indécis. Une personne qui parle trop.

Quand il n’y a pas de processus clair, les personnalités remplissent le vide. Les plus dominants imposent. Les autres se retirent. Les egos jouent le jeu politique.

Le manque de confiance latent

Un CODIR dysfonctionnel cache de la méfiance. Les gens ne croient pas que leurs collègues pensent à l’intérêt commun. Ils pensent qu’on vote pour sa branche. Pour son prestige. Pour obtenir des ressources.

Quand il n’y a pas de confiance, on ne peut pas être transparent. On joue la carte politique. On cache ses vraies positions. On négocie dans l’ombre.

Le DG qui n’a pas le rôle clair

Le DG doit arbitrer. Trancher les arbitrages. Fixer le cap. Exiger la transparence.

Mais beaucoup de DG se sentent mal à l’aise avec ça. Ils veulent être copains avec tout le monde. Ils cherchent l’unanimité. Ils ont peur de perdre quelqu’un.

Résultat : c’est le flou. Pas de vraie ligne. Pas de vraie exigence. Le CODIR en reflète exactement ça.

Le temps qui manque et qu’on refuse de voir

Les réunions CODIR partent souvent trop pressées. Trop de sujets. Pas assez de temps. Les gens ont d’autres réunions après.

Au lieu de dire “attendons une vraie réunion stratégique”, on force les débats à la va-vite. Les sujets difficiles remontent donc en privé.

Les conséquences réelles sur le terrain

Un CODIR dysfonctionnel, ce n’est pas juste une mauvaise réunion. C’est un problème stratégique.

L’entreprise perd du temps

Les projets traînent parce qu’on attend une décision qui ne vient pas. Les gens font du travail deux fois. Les changements de direction arrivent par à-coups. Les équipes se demandent “vers où on va vraiment ?”

L’énergie s’échappe

Sur le terrain, les gens voient le problème. Le CODIR ne fonctionne pas. Donc pourquoi eux devraient donner à 200% ? Le message monte : “On n’a pas de direction claire.”

Les bons éléments partent. Pas parce que le salaire est mauvais. Parce qu’on sent qu’on ne va nulle part.

Les sirènes bloquent le changement

Quand le CODIR ne peut pas décider, les crises forcent les décisions. On attend jusqu’à que ça saute. Puis on met le feu en urgence.

C’est fatiguant pour tout le monde. Et généralement trop tard.

La politique interne s’installe

Comme les vrais débats ne sont pas possibles, les jeux de pouvoir prennent le dessus. Les alliances se forment. Les territoires se défendent. C’est de la survie, pas du pilotage.

Comment reconnaître le vrai dysfonctionnement

Ce n’est pas juste “on ne décide pas vite”. Ça, c’est normal pour une moyenne entreprise.

Un CODIR dysfonctionnel, c’est quand tous ces signes s’ajoutent :

  • Les vraies questions ne remontent jamais au CODIR
  • Les débats s’arrêtent avant de commencer
  • Trois mois après, on ne sait plus ce qu’on a décidé
  • Les directeurs font ce qu’ils veulent de leur côté
  • Il y a de la distance ou de la méfiance entre les membres
  • Les reportings prennent 80% du temps
  • Les sujets reviennent régulièrement sans avancer
  • Aucun de ces éléments ne change depuis un an

Si c’est vous, il faut agir. Ça ne s’arrange pas tout seul.

Les leviers pour sortir du dysfonctionnement

Nommer le problème clairement

D’abord, il faut que le DG reconnaisse : “On ne fonctionne pas bien en tant que CODIR.”

Pas accuser quelqu’un. Pas viser un domaine. Juste : on a un problème collectif. On ne décide pas. On ne débat pas. On tourne en rond.

Si le DG ne dit pas ça, rien ne change. Les gens croiront que c’est normal.

Fixer les règles du jeu clairement

Qu’est-ce qu’on décide au CODIR ? Quoi, on attend du temps de y réfléchir en dehors ?

Comment on débat ? Qui a la parole ? Pendant combien de temps ?

Comment on décide ? Unanimité, majorité, arbitrage du DG ?

Qui met en œuvre ? Comment on suit les décisions ?

Ces règles doivent être écrites. Simples. Acceptées par tous.

Séparer les reportings des débats stratégiques

Le CODIR doit avoir deux temps.

Temps 1 : les infos. 30 minutes. Chacun dit l’essentiel. Pas de débat sur les chiffres. Juste “voilà où on en est.”

Temps 2 : les vrais sujets. Les décisions. Les débats. Le reste de la réunion.

Ça libère du temps pour penser vraiment.

Créer de l’espace pour les vrais débats

Les débats importants ne se font pas en une heure avec dix autres points à côté. Il faut du temps. Il faut de la préparation.

Dédiez une réunion entière à un sujet quand il le mérite. Demandez aux gens de préparer. Challengez les positions. Écoutez vraiment.

Exiger de la transparence et de la franchise

Le DG doit poser les vraies questions. “Est-ce que tu es vraiment d’accord ou tu fais semblant ?” “Pourquoi tu t’opposes, dis-le franchement.”

Et il doit accepter les vraies réponses. Pas se mettre en colère si quelqu’un dit “je pense que c’est une mauvaise idée.”

Trancher et responsabiliser

Une fois qu’on a débattu, faut décider. Le DG tranche. C’est clair. Tout le monde sait qu’à partir de maintenant, c’est ça qu’on fait.

Et après, tout le monde s’y met. Pas de “sauf si tu changes d’avis plus tard.” Non. Décidé, c’est décidé.

Faire un suivi réel des décisions

Chaque décision : qui la porte, jusqu’à quand, comment on la suivra.

Et on revient dessus à la prochaine réunion. “On avait décidé ça. Ça avance ? Qu’est-ce qui bloque ?”

Sans suivi, c’est du vent.

Créer les conditions pour que les sujets remontent

Si le CODIR ne fonctionne pas, les gens vont chercher d’autres canaux pour être entendus. Ça, c’est naturel.

Créez un vrai canal. “Si tu as un sujet pour le CODIR, dis-le.” Protégez les gens qui posent les questions difficiles. Montrez que vous avez écouté.

Sinon, les vrais sujets resteront en dehors.

Insuffle peut vous aider

Un CODIR dysfonctionnel, c’est un problème systémique. Pas une réunion manquée. Pas juste une mauvaise discussion.

Pour vraiment changer, il faut :

  1. Voir le problème tel qu’il est. Pas se raconter des histoires.
  2. Chercher les vraies causes. Pas juste les symptômes visibles.
  3. Actionner les leviers qui vont vraiment changer la dynamique.
  4. Ancrer la nouvelle façon de faire. Parce que sinon, on revient aux vieux réflexes.

C’est ce qu’Insuffle fait depuis 15 ans. On intervient dans des boîtes de tous les secteurs. On voit les CODIR qui fonctionne et ceux qui ne fonctionnent pas.

Une facilitation d’équipe de direction peut vraiment changer la donne. Pas du consulting qui vous dit “voilà, faites ça”. Mais du terrain. Du concret. Vous définissez vraiment comment vous allez fonctionner.

Parfois, c’est plus profond. Les gens ne savent pas vers où aller. Il faut d’abord clarifier le futur désiré de l’entreprise. C’est un vrai travail. Mais après, tout devient plus clair. Les décisions du CODIR ont un sens.

Et souvent, on profite d’une réunion stratégique dédiée, un séminaire d’entreprise, pour vraiment créer du changement. Pas juste des réunions de routine. Quelque chose de structurant.

Ce qu’on voit changer après

Quand un CODIR sort du dysfonctionnement :

  • Les vraies questions remontent
  • Les débats deviennent substantiels. Les gens se challenge. Mais c’est constructif, pas politique.
  • Les décisions sont claires. Tout le monde sait ce qui se passe après
  • L’énergie revient. Les équipes sentent qu’il y a une direction.
  • Les projets avancent
  • Les talents restent parce qu’ils voient qu’on va quelque part

Ça ne devient pas parfait. Il y a toujours des frictions. C’est normal dans un CODIR. Mais c’est fonctionnel.

Les questions fréquemment posées

Un CODIR dysfonctionnel, c’est grave ?

Oui. Pas une urgence immédiate. Mais grave. Un CODIR dysfonctionnel, c’est une entreprise qui tourne au ralenti. Qui perd du temps. Qui perd de l’énergie. Qui finira par perdre les gens. Si ça dure deux ans, vous aurez perdu les trois ans. Et quand vous voudrez réagir, les bons éléments seront déjà partis.

Comment on sait si c’est le CODIR qui ne fonctionne ou juste un chef qui est nul ?

C’est souvent une combinaison. Un chef faible peut contribuer au dysfonctionnement d’un CODIR. Mais un CODIR peut aussi rester dysfonctionnel même avec un bon DG. Parce que les gens ne lui font pas confiance. Parce qu’il n’a pas autorité. Parce que la structure est mauvaise. La question n’est pas “qui accuser ?” mais “qu’est-ce qui ne fonctionne pas vraiment et comment on change ça ?”

Peut-on réparer ça sans externe ?

Théoriquement, oui. Pratiquement, non. Pourquoi ? Parce qu’il y a des blocages. Les gens ne disent pas les vraies choses. Le DG ne veut pas entendre certaines critiques. Les alliances jouent sous la table. Un externe peut briser ce cercle. Pas parce qu’il est malin. Mais parce qu’il n’est pas partie prenante du jeu politique.

Combien de temps pour voir une différence ?

Si c’est un vrai travail : trois mois pour changer la structure et les règles. Trois mois supplémentaires pour que les gens s’ajustent vraiment. Six mois total pour voir un changement durable. Moins que ça, c’est du cosmétique.

Et si le DG ne veut pas changer ?

C’est le vrai problème. Si le DG ne voit pas qu’il y a un souci. Ou s’il pense que c’est normal. Alors rien ne changera. C’est sur ses épaules. C’est une question de leadership.

Peut-on changer un CODIR sans changer les gens ?

Oui. Souvent. Vous gardez les mêmes personnes. Mais vous changez la façon dont vous fonctionnez ensemble. Les règles. La structure. L’exigence de transparence. Ça suffit généralement.

Parfois, un ou deux changements de personnes aident. Parce que certains freinent vraiment. Mais ce n’est pas systématique.

Et après, comment on entretient la nouvelle dynamique ?

C’est la vraie question. Le changement est facile. Tenir le changement, c’est dur. Il faut : des règles écrites. Un suivi régulier. Une exigence constante du DG. Pas de complaisance.

Tous les ans, c’est bon de faire un point. “Comment on fonctionne vraiment en tant que CODIR ? Est-ce qu’on tient nos engagements ?” Ajuster si besoin.

En résumé

Un CODIR dysfonctionnel, c’est le plus souvent un problème invisible. Les réunions ont lieu. Les gens viennent. Mais rien ne se décide vraiment. Les vrais sujets ne remontent jamais. Les débats ne sont pas vrais. Le DG tranche seul ou ne tranche pas.

C’est un problème systémique. Pas juste une mauvaise réunion. Ça demande un vrai changement.

Mais c’est possible. Millions d’entreprises l’ont fait. Vous pouvez aussi.

La première étape : reconnaître qu’il y a un problème. Et accepter d’y travailler vraiment.

À propos de Yoan Lureault

Fondateur d'Insuffle et Insuffle Académie, facilitateur en intelligence collective et formateur, basé à Deauville. J'accompagne PME, ETI et fonction publique dans leurs transformations : diagnostics stratégiques, séminaires de direction, alignement d'équipes, évolution des pratiques managériales. Mon approche : cash, terrain, zéro bullshit — via mes démarches propriétaires (Futur Désiré®, Boussole 4C, ...).

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