Le Futur Désiré appliqué au CODIR : la méthode de projection qui aligne

Le Futur Désiré appliqué au CODIR : la méthode de projection qui aligne

Yoan Lureault
23 avril 2026

Le Futur Désiré appliqué au CODIR : pourquoi les visions classiques ne suffisent pas

Un CODIR, c’est un groupe de gens intelligents, expérimentés, et terrifiés à l’idée de perdre du pouvoir. Pas sciemment. Pas volontairement. Mais c’est la réalité sur le terrain. Chacun défend son périmètre, son budget, sa vision de ce que devrait être l’entreprise. Les plans stratégiques s’empilent. Les réunions s’éternisent. Et trois ans plus tard, on découvre que personne n’avait la même image du futur.

Le Futur Désiré casse ce mécanisme à la racine. Au lieu de débattre ce qui ne fonctionne pas, on projette le collectif trois ans plus loin. Dans un monde où tout a réussi. Où les obstacles ont disparu. Où chacun voit l’entreprise telle qu’il la souhaite réellement, sans artifice.

C’est un détail qui change tout.

Qu’est-ce que le Futur Désiré : la définition pour ceux qui découvrent

Le Futur Désiré est une méthode de projection qui demande au groupe : “Si on est en 2029 et que tout a marché, à quoi ça ressemble ?” Ce n’est pas du rêve. Ce n’est pas non plus du planning classique rempli de tableurs et de KPIs.

C’est une image mentale partagée. Une vision suffisamment vivante pour que chacun la voie, la sente, et puisse y contribuer. Insuffle l’a développée parce que les méthodes traditionnelles laissaient des trous. Des silences. Des désaccords camouflés.

Le mécanisme est simple, mais redoutablement efficace. On suspend le présent. On suspend la logique des ressources limitées. On suspend aussi l’ego et les territoires. Et on demande : “Quand vous imaginez le succès complet, ça donne quoi ?”

Pour en savoir plus sur la méthode complète, consultez notre article détaillé sur le Futur Désiré.

Pourquoi un CODIR a désespérément besoin de ça

Dans les boîtes, on croit qu’un CODIR est aligné parce qu’on a voté une stratégie en réunion. C’est une illusion optique. L’alignement qu’on voit n’existe que sur le papier. Ou sur le slide que le PDG montre au CA.

Sous la surface, il y a du brouillard. Chacun y voit ce qui l’arrange.

Le Directeur Financier pense que l’avenir c’est la réduction des coûts. Le Directeur Commercial voit une explosion du chiffre. Le Directeur Opérationnel veut deux fois plus de capacité. Le Directeur RH plaide pour une transformation culturelle. Et le PDG les écoute tous sans que personne n’ait réellement parlé à quelqu’un d’autre.

Cette fragmentation tue les entreprises. Pas violemment. Discrètement. Les décisions se contredisent. Les équipes se combattent sans le dire. Les ressources s’éparpillent. Et trois ans après un séminaire stratégique, on est à peine plus loin.

Le Futur Désiré attaque ce problème frontalement. Parce que quand un CODIR se projette ensemble, dans le même futur, à partir de questions sensées, quelque chose change. Les gens entendent ce que pensent réellement leurs collègues. Les craintes deviennent visibles. Les désirs aussi.

Et une fois qu’on a parlé du même futur, on ne peut plus prétendre n’avoir rien entendu.

Les quatre phases : du brouillard à la route

La méthode fonctionne en quatre phases distinctes. Chacune a un but. Aucune n’est du remplissage.

Phase 1 : explorer la réalité sans la juger

On commence par regarder où on est vraiment. Pas le story telling du PDG. La réalité crue. Les chiffres de croissance. Les turnover cachés. Les clients qui partent silencieusement. Les tensions internes. Les forces aussi, parce qu’on n’ignore pas ce qui marche.

Cette phase prend du temps. Parce qu’il faut que chaque voix soit entendue. Le Directeur Commercial ne parle pas sur le ton du PDG. Le Directeur RH n’attend pas la permission pour dire que les meilleurs partent. On pose des questions, et on écoute sans défense.

C’est difficile. Parce que c’est la première fois qu’on regarde vraiment ensemble.

Phase 2 : la projection dans l’idéal

Ensuite on saute. On demande : c’est 2029. Tout a réussi. Pas un petit succès. Le succès total. Celui que vous n’aviez pas le droit d’imaginer avant.

Et on pose des questions précises.

Nos clients : qui sont-ils ? Comment nous voient-ils ? Combien y a-t-il de relation nouvelle qu’on a créée ? Comment on en parle dans le secteur ?

Notre équipe : à quel nombre on est ? Comment on recrute les gens qu’on cherche ? Quel est le projet commun qui les tient ensemble ?

Notre capacité à innover : c’est quoi qu’on fait qu’on ne savait pas faire en 2026 ? Comment on l’a appris ? Qui l’a portée ?

La culture : le mot qui revient le plus souvent pour nous parler ? Que dit quelqu’un qui n’a pas l’habitude quand il rentre dans un bureau chez nous ?

Nos résultats financiers : quel est le chiffre qui vous rend fier ? Ce n’est pas que la croissance. C’est la marge. La rentabilité de nos investissements. Notre capacité à financer nos rêves.

Pas une liste de voeux. Des questions qui ouvrent. Des questions qui demandent de la précision parce que le détail, c’est ce qui rend une vision réelle.

Phase 3 : l’analyse du fossé

Une fois qu’on a l’image du futur, on regarde la route. Qu’est-ce qu’il faudrait faire pour y aller ? Quels sont les obstacles réels ? Pas les excuses du moment. Les obstacles structurels.

On ne fait pas de plan d’action à ce stade. On voit le relief. On comprend d’où vient le brouillard et ce qu’il faudrait pour le traverser.

C’est souvent le moment où les gens se rendent compte que c’était possible tout du temps. Pas facile. Mais possible. Les moyens étaient là. Ils étaient juste utilisés pour défendre des territoires au lieu de construire le futur.

Phase 4 : l’engagement du collectif

Et là c’est différent d’une réunion classique. Parce qu’on n’a pas voté une stratégie imposée par le haut. On a construit ensemble une image du futur. Et une fois qu’on l’a construite ensemble, on ne peut pas faire semblant de l’oublier.

L’engagement n’est pas sur du papier. Il vient de ce qu’on vient de vivre. Du fait qu’on a tous entendu la même chose. Qu’on a tous vu la même route.

Ce qui change vraiment : de la fiction à la boussole

Les plans stratégiques classiques finissent souvent dans un tiroir. Pas par malveillance. Parce qu’ils restent du papier. Une fiction écrite par le consultant. Ou par le comité de pilotage.

Le Futur Désiré crée quelque chose de plus vivant. Une image qu’on a construite ensemble. Une boussole qu’on utilise pour prendre les décisions du mois.

Quand le Directeur Commercial propose une acquisition, on demande : est-ce que ça nous rapproche du Futur qu’on a vu ensemble ? Quand on doit trancher entre deux projets d’innovation, c’est la même question. Pas : est-ce qu’on a prévu ça dans le budget ? Mais : est-ce que c’est sur la route qu’on a dessinée ensemble ?

Ça change comment les gens travaillent. Plus tard.

Parce qu’une vision partagée n’est pas un document. C’est un filtre. Un repère. Un truc auquel on pense quand on prend une vraie décision.

Pourquoi les méthodes classiques échouent

Il y a une raison pour laquelle les boîtes récidivent avec des séminaires stratégiques tous les trois ans. Les précédents n’ont pas marché. Et la plupart du temps, ça vient du même trou.

On demande au groupe de débattre du présent. Ou du futur possible, limité par ce qu’on croit réalisable. Et aussitôt, on retombe dans l’ego. Le Directeur Ops défend ses contraintes. Le Directeur Finance crie au danger. Le Directeur Commercial veut tout, tout de suite.

Et on finit par un consensus mou. Tout le monde dit oui. Personne n’y croit vraiment.

Le Futur Désiré casse le cycle parce qu’il change la question. Au lieu de demander “qu’est-ce qu’on peut faire ?” qui active la peur et les biais, on demande “qu’est-ce qu’on veut vraiment voir ?” qui active le désir.

Et le désir est plus fort que le doute.

L’autre différence, c’est qu’on ne supprime pas les craintes. On les regarde pendant la phase de réalité. Mais on ne les laisse pas écrire le futur.

Des questions qui font penser différemment

Pendant la phase de projection, les questions qu’on pose sont étranges. Déstabilisantes. Parce qu’elles demandent de la précision, pas du rêve.

“Dans trois ans, si on parle à un client qu’on n’a jamais eu avant, pourquoi il choisit nous et pas un concurrent ?” Ce n’est pas “on aura plus de clients”. C’est la raison précise. Le moment où il ou elle pense : “oui, c’est exactement ce qu’il me faut.”

“Si quelqu’un vient découvrir comment on fonctionne, quel est le truc qui le surprend le plus ?” Ce n’est pas “on aura une bonne culture”. C’est le détail qui fait la différence.

“Quel est le projet qu’on aurait aimé faire depuis le début mais qu’on a remis chaque année ?” Parce que souvent le futur qu’on veut vraiment est caché derrière une tâche qu’on repousse.

Ces questions marchent parce qu’elles demandent de visualiser, pas d’analyser. Et la visualisation ouvre des portes que l’analyse ferme.

Comment ça se passe concrètement

Un séminaire Futur Désiré dure généralement deux jours. Le premier jour c’est l’exploration et la projection. Le deuxième c’est l’analyse et l’engagement.

Le groupe arrive souvent craintif. Surtout s’il y a des tensions. On n’aime pas qu’on nous demande de voir les choses différemment. On a des habitudes. Des positions.

Mais quelque chose se détend assez vite. Parce que la projection crée une permission. La permission d’imaginer. Et puis d’écouter. Et puis de parler vrai.

Le jour deux c’est plus concret. Mais pas encore du planning. C’est du : “si on vise ça, quel est le premier pas raisonnable ?” Pas des plans sur cinq ans avec des livrables trimestriels. Mais une direction qu’on comprend. Et une envie d’avancer.

Insuffle propose des séminaires de ce type régulièrement. Si vous voulez une approche plus intensive, vous pouvez découvrir nos séminaires d’entreprise spécialisés.

Après le séminaire : maintenir la boussole

Le Futur Désiré crée quelque chose le jour du séminaire. Mais c’est plus intéressant encore de voir ce qui se passe après.

Parce que maintenant, le groupe a une image. Elle est vivante. Et elle ne disparaît pas juste parce qu’on retourne au bureau et qu’il y a mille urgences.

On l’utilise. D’abord consciemment. “Attendez, on avait dit quoi sur nos clients dans trois ans ? Est-ce que ce projet nous rapproche ?”

Puis c’est plus implicite. Les gens qui ont participé pensent différemment. Pas juste au séminaire. Mais en revenant à leur travail quotidien. Parce qu’ils ont vu ce qu’on voulait vraiment construire. Et ça change les petites décisions. Les petits arbitrages. Les priorisations.

C’est pour ça que la vision devient un outil vivant. Pas un document. Un filtre à travers lequel on pense.

L’alignement n’existe que s’il vient de l’intérieur

Un CODIR aligné, ce n’est pas un CODIR qui dit les mêmes paroles. C’est un CODIR où chacun comprend pourquoi on avance dans la même direction. Où chacun a construit cette direction. Où personne ne peut prétendre ne pas avoir entendu.

C’est ce que le Futur Désiré crée. Pas par contrainte. Par participation.

Beaucoup de BOPs et de consultants promettent l’alignement. Ils vous vendent un plan. Vous votez. C’est fait. Mais ce n’est pas de l’alignement. C’est de la conformité. Et ça disparaît dès qu’il y a une vraie tension.

L’alignement du Futur Désiré est différent parce qu’il part d’une image partagée, non d’une directive partagée.

Si vous voulez explorer comment la facilitation transforme le fonctionnement d’un CODIR, notre article sur la facilitation d’entreprise détaille les mécanismes.

Les objections qu’on entend souvent

“On ne peut pas se permettre de rêver.” Si. On peut. Et on ne peut surtout pas se permettre de ne pas rêver. Les entreprises qui courent sans cap se perdent.

“Ça prend trop de temps.” Deux jours pour clarifier trois ans. Ça paraît court. Les réunions stratégiques classiques en prennent autant. Mais sans créer la même clarté.

“Et si on se trompe ?” Impossible. Parce que l’image du futur n’est pas un contrat. C’est une direction. Et les directions, ça se réajuste. Si en 2027 on voit que le marché a changé, on ne peut pas se plaindre. On avait une boussole. On la recalibra.

“Les gens vont me demander pourquoi on ne l’a pas fait avant.” Bonne question. Et ça vaut le coup de la poser au CODIR. Probablement parce qu’on était occupés à justifier ce qu’on faisait. Pas à construire ce qu’on voulait vraiment.

Ce qu’il faut retenir

Le Futur Désiré appliqué à un CODIR crée une clarté qu’aucun plan stratégique classique ne crée. Pas parce que c’est magique. Mais parce qu’on demande une vraie question à un groupe de gens intelligents. Et ensuite on écoute.

Les obstacles restent des obstacles. Le marché ne devient pas plus facile. Mais l’équipe qui voit le même futur fait des choix différents. Elle coopère mieux. Elle pardonne plus vite.

Et sur trois ans, ce petit changement dans la façon de penser produit un résultat énorme.

FAQ

Q. Le Futur Désiré crée une vision trop idéaliste ?

Non. Parce que pendant la phase suivante, on regarde la réalité de la route. Les obstacles deviennent visibles. Mais on a d’abord dit ce qu’on voulait. C’est l’ordre inverse de la plupart des réflexions stratégiques. Et ça marche.

Q. Est-ce que ça vaut le coup si on a déjà une vision officielle ?

Souvent, la vision officielle existe sur le papier. Ou dans la tête du PDG. Mais elle n’habite pas le CODIR. Faire un Futur Désiré ensemble peut créer la différence.

Q. Combien de temps ça dure avant qu’on voie des résultats ?

Les résultats immédiat arrivent le jour même. Les gens repartent du séminaire alignés, avec une image claire. Les résultats stratégiques vrais, ceux sur les chiffres, ceux sur le marché ? Ils arrivent sur six à neuf mois. Quand le CODIR a pris assez de décisions qui respectent la vision.

Q. Faut-il que tout le CODIR soit d’accord au préalable ?

Non. Il faut juste que tout le monde accepte de jouer le jeu. De poser les questions sérieusement. Les résistances diminuent quand on voit que ce n’est pas du foutage de gueule de consultant.

Q. Est-ce que le PDG devrait animer ou quelqu’un d’extérieur ?

Quelqu’un d’extérieur. Parce que le PDG est trop occupé à se demander ce que pensent les autres. Et les autres trop occupés à deviner ce que le PDG veut entendre. Un bon animateur crée un espace où les gens pensent.

Q. On peut faire ça tous les ans ?

Non. Une fois tous les trois ans. Ou quatre. Le truc c’est que la vision dure longtemps. Et la reconduire crée de la fatigue. Mais réinterroger la vision à intervalle régulier fait sens.

Q. Et si le CODIR ne change pas d’avis sur rien ?

C’est rare. Mais ça arrive. Généralement ça signifie que la vision qu’on avait était déjà bonne. Et qu’on ne la suivait juste pas. Un bon séminaire crée la conscience de ça.

Q. Ça change quelque chose concrètement ou juste le sentiment d’équipe ?

Les deux. Mais pas dans cet ordre. D’abord le sentiment. Et puis les décisions. Et puis les résultats. Pas de raccourci.

À propos de Yoan Lureault

Fondateur d'Insuffle et Insuffle Académie, facilitateur en intelligence collective et formateur, basé à Deauville. J'accompagne PME, ETI et fonction publique dans leurs transformations : diagnostics stratégiques, séminaires de direction, alignement d'équipes, évolution des pratiques managériales. Mon approche : cash, terrain, zéro bullshit — via mes démarches propriétaires (Futur Désiré®, Boussole 4C, ...).

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