Un dirigeant échange toute la journée, et reste seul face à la décision. En 2026, près d'un chef d'entreprise de PME ou d'ETI sur deux se déclare isolé, et la part de ceux qui se disent très isolés a bondi en dix ans. Le codéveloppement professionnel répond exactement à ce point aveugle. Pas par un expert qui apporte la réponse, mais par un groupe de pairs qui aide chacun à mieux voir sa propre situation. Voici ce qu'est vraiment cette méthode, comment se déroule une séance, et quand elle sert une équipe de direction mieux qu'un séminaire descendant.
Le codéveloppement professionnel, définition
En une phrase
Un petit groupe de pairs qui travaille, à tour de rôle, la situation réelle d'un de ses membres. On apprend en réfléchissant ensemble, pas en écoutant un expert.
Taille du groupe
4 à 8
Au-delà, plus assez de temps pour être client à son tour. En deçà, la diversité des regards s'appauvrit.
Le codéveloppement professionnel est une méthode structurée d'apprentissage entre pairs. Un petit groupe de personnes qui exercent des fonctions comparables se réunit régulièrement pour travailler, à tour de rôle, une situation réelle apportée par l'un d'eux. Le principe tient en une phrase, on apprend mieux en réfléchissant ensemble à sa pratique qu'en écoutant un expert.
À chaque séance, une personne expose une difficulté concrète qu'elle vit en ce moment. Les autres l'aident, non pas en donnant la solution, mais en posant des questions, en partageant ce qu'elles auraient tenté, en éclairant des angles morts. La personne qui a exposé repart avec un plan d'action à elle, enrichi par le regard du groupe.
Le cadre est ce qui distingue le codev d'une simple discussion de couloir. Un déroulé précis, un temps de parole protégé, une confidentialité stricte, un animateur garant du processus. Sans ce cadre, le groupe glisse vers le conseil désordonné ou le café du commerce. Avec lui, la réflexion devient un exercice rigoureux.
Un groupe compte en général de quatre à huit participants. Au-delà, chacun n'a plus assez de temps pour être client à son tour dans un cycle raisonnable. En deçà, la diversité des regards s'appauvrit. Les séances durent d'une heure trente à une demi-journée. Elles s'étalent sur plusieurs mois, le temps que chaque membre passe au moins une fois dans le rôle de celui qui expose.
D'où vient la méthode
Une filiation en trois temps
Reg Revans, action learning
Les gestionnaires apprennent mieux en analysant leurs propres actions et en les confrontant à d'autres, pas en recevant un savoir tout fait.
Payette et Champagne
Deux Québécois formalisent le codéveloppement et publient l'ouvrage de référence. Ils ajoutent une structure de consultation en étapes.
Diffusion en France
Administrations, grandes entreprises, puis PME et équipes de direction s'approprient la méthode.
Le codéveloppement professionnel a été formalisé au Québec par Adrien Payette, professeur de management, et Claude Champagne, consultant, qui publient l'ouvrage de référence en 1997. Leur intuition, l'expertise ne descend pas seulement du sachant vers l'apprenant, elle émerge aussi entre praticiens, à condition que l'échange soit cadré.
La méthode s'inscrit dans une filiation plus large, l'apprentissage par l'action théorisé par Reg Revans dès les années 1940 en Angleterre. Revans partait d'un constat, les gestionnaires apprennent mieux en analysant leurs propres actions et en confrontant leurs problèmes réels à d'autres, plutôt qu'en recevant un savoir tout fait. Sa formule tenait en une équation simple, l'apprentissage naît de la combinaison entre un savoir programmé et un questionnement issu de l'expérience.
Le codev hérite de cette conviction et lui ajoute une chose, une structure de consultation en étapes. C'est cette ossature qui a permis à la méthode de se diffuser en France depuis les années 2000. On la retrouve d'abord dans les administrations et les grandes entreprises, puis progressivement dans les PME et les équipes de direction.
Les six étapes d'une séance
Un processus en boucle
Le déroulé structuré d'une séance de codéveloppement
Une séance de codéveloppement suit un déroulé fixe. C'est cette régularité qui protège la qualité de la réflexion. Voici les six étapes telles que Payette et Champagne les ont posées, avec ce qui se joue réellement à chacune.
1. L'exposé de la situation. Le client présente sa problématique. Un projet qui bloque, une relation difficile, une décision qu'il n'arrive pas à trancher. Il décrit les faits et sa manière de les vivre. Nommer à voix haute clarifie déjà, souvent, ce qui était confus. Les autres écoutent sans interrompre.
2. La clarification. Les consultants posent des questions d'information, pas encore de solution. Ils cherchent à comprendre la situation telle que le client la voit, pas à la reformuler à leur façon. Cette étape évite le piège classique, résoudre trop vite un problème mal posé.
3. Le contrat. Le client précise ce qu'il attend concrètement du groupe. Un éclairage, des pistes d'action, un regard sur sa posture. Ce contrat oriente tout le reste de la séance. Sans lui, les consultants répondent à côté, à la question qu'ils auraient aimé qu'on leur pose.
4. La consultation. C'est le cœur de la séance. Les consultants partagent leurs réactions, leurs questions, leurs expériences comparables, leurs hypothèses. Ils ne dictent pas la conduite à tenir. Ils élargissent le champ de vision du client, qui reste seul maître de ce qu'il en fera.
5. La synthèse et le plan d'action. Le client fait le tri. Il dit ce qu'il retient, ce qu'il écarte, et formule un plan d'action concret et daté. Ce plan lui appartient. Il n'a pas à valider les conseils reçus, seulement à décider de ses prochains pas.
6. L'apprentissage et la régulation. Le groupe prend du recul. Chacun, y compris les consultants, nomme ce que la séance lui a appris pour sa propre pratique. On régule aussi le fonctionnement du groupe, ce qui a bien marché, ce qui est à ajuster. Cette dernière étape transforme un cas individuel en apprentissage collectif.
Client, consultants, animateur, qui fait quoi
Le client
Celui qui expose sa situation. Sur un cycle complet, chacun passe dans ce rôle. C'est lui qui décide, à la fin, de ce qu'il emporte.
Jamais mis en position de se justifierLes consultants
Ils aident la réflexion du client par leurs questions et leurs partages, sans résoudre à sa place.
Tentation à éviter, le conseil directifL'animateur
Il fait respecter les étapes, protège le temps de parole, veille à la confidentialité. Il tient le processus, pas le contenu.
Expérience clé sur sujet sensibleTrois rôles structurent chaque séance, et leur bonne tenue fait toute la différence entre un codev qui fonctionne et une réunion qui patine.
Le client est celui qui expose sa situation. Il change à chaque séance, de sorte que sur un cycle complet, chacun passe dans ce rôle. C'est lui qui décide, à la fin, de ce qu'il emporte. Il n'est jamais mis en position de se justifier.
Les consultants sont les autres membres du groupe. Leur travail n'est pas de résoudre le problème du client à sa place, mais d'aider sa réflexion par leurs questions et leurs partages. La tentation permanente, à laquelle un bon groupe résiste, est de basculer dans le conseil directif.
L'animateur est garant du cadre. Il fait respecter les étapes, protège le temps de parole, veille à la confidentialité et à la sécurité des échanges. Il n'apporte pas de contenu, il tient le processus. Sur un sujet sensible ou dans une équipe traversée de tensions, cette fonction d'animation demande une vraie expérience. C'est elle qui permet au groupe d'oser aller au fond des choses.
Ce que le codev n'est pas
Quatre distinctions qui comptent
| Le codev n'est pas | La différence |
|---|---|
| Une formation | Le savoir ne vient pas d'un expert. Il émerge du groupe, à partir de situations réelles. Aucun programme à dérouler. |
| Un coaching individuel | Collectif, pas en tête à tête. Chacun bénéficie de plusieurs regards et apprend aussi en aidant. Les deux se complètent. |
| Une thérapie de groupe | Porte sur la pratique professionnelle, pas la vie intérieure. Centré sur l'action et la décision. |
| Une réunion de résolution | Un seul membre est aidé à la fois, sur sa situation. Le groupe se met à son service. La logique est inversée. |
Beaucoup de dispositifs collectifs se ressemblent en surface. Confondre le codev avec l'un d'eux conduit à mal l'utiliser. Voici les distinctions qui comptent.
Le codéveloppement n'est pas une formation. Dans une formation, le savoir vient d'un expert qui transmet un contenu. En codev, le savoir émerge du groupe lui-même, à partir de situations réelles. Il n'y a pas de programme à dérouler, seulement des cas vécus à travailler.
Ce n'est pas un coaching individuel. Le coaching travaille un dirigeant seul, en profondeur, sur sa problématique propre. Le codev est collectif, chacun bénéficie du regard de plusieurs pairs et apprend aussi en aidant les autres. Les deux se complètent, ils ne se remplacent pas.
Ce n'est pas une thérapie de groupe. Le codev porte sur la pratique professionnelle, pas sur la vie intérieure des participants. Il reste centré sur l'action et la décision. Présenter un atelier collectif comme une exploration psychologique, sans cadre ni professionnel formé, expose le groupe à des dérives que la méthode n'a jamais eu vocation à porter.
Ce n'est pas non plus une réunion de résolution de problème classique. Dans une réunion, on cherche une décision collective sur un sujet commun. En codev, un seul membre est aidé à la fois, sur sa situation à lui, et le groupe se met à son service. La logique est inversée.
Le codev pour une équipe de direction
Le point de départ
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dirigeant de PME et ETI se déclare isolé en 2026, la part des très isolés a nettement progressé en dix ans. Source Bpifrance Le Lab.
Un dirigeant est structurellement seul face à ses arbitrages. Le codev entre pairs dirigeants attaque ce point précis. Il crée un espace où l'on peut poser une difficulté sans jouer un rôle.
En interne, réunir les membres d'un même CODIR change la dynamique. Les rapports hiérarchiques pèsent sur la parole, ce qui suppose un cadre d'autant plus solide et un animateur externe.
La plupart des présentations du codéveloppement restent générales, valables pour n'importe quel métier. Pour un comité de direction, quelques particularités méritent d'être posées, car elles changent la donne.
D'abord, le point de départ. Un dirigeant est structurellement seul face à ses arbitrages. L'étude Bpifrance Le Lab de 2026 chiffre ce sentiment d'isolement à près d'un dirigeant de PME et ETI sur deux, avec une intensité qui s'est nettement accrue en dix ans. Le codev entre pairs dirigeants attaque ce point précis. Il crée un espace où l'on peut poser une difficulté sans jouer un rôle, face à des gens qui vivent les mêmes tensions.
Ensuite, la question du pouvoir. Un codev réunissant les membres d'un même CODIR n'a pas la même dynamique qu'un groupe de dirigeants venus d'entreprises différentes. En interne, les rapports hiérarchiques et les enjeux politiques pèsent sur la parole. Un directeur exposera-t-il vraiment un doute devant celui qui arbitre sa prochaine promotion. C'est jouable, mais cela suppose un cadre d'autant plus solide et un animateur externe, dont la neutralité protège la sécurité des échanges.
Enfin, l'articulation avec le reste. Le codev ne remplace pas un travail de fond sur le fonctionnement du comité ni un atelier d'intelligence collective sur une décision partagée. Il complète ces dispositifs. Quand un CODIR a d'abord besoin de trancher une orientation commune, un séminaire de direction est plus adapté. Quand ses membres ont besoin, individuellement, d'être aidés dans leurs arbitrages respectifs, le codev est l'outil juste. Confondre les deux besoins est une erreur fréquente.
Un déroulé de séance minuté
Séance type, environ 2 heures, groupe de six
Repère indicatif. Les durées se calent au ressenti du groupe, ce ne sont pas des minuteries rigides.
Cadre et choix du client
Exposé et clarification
Le contrat, court mais décisif
La consultation, le cœur
Synthèse et plan d'action
Apprentissage et régulation
La plupart des articles décrivent les six étapes sans jamais dire combien de temps chacune prend. C'est pourtant la première question d'un dirigeant qui veut tester la méthode. Voici un déroulé indicatif pour une séance d'environ deux heures avec un groupe de six personnes. Les durées se calent au ressenti du groupe, elles ne sont pas des minuteries rigides.
Les dix premières minutes servent à l'ouverture. L'animateur rappelle le cadre, la confidentialité, le rôle de chacun. Le groupe choisit qui sera client, souvent parmi ceux qui ne le sont pas encore passés dans le cycle. Cette entrée en matière paraît accessoire, elle ne l'est pas. Un groupe qui démarre sans reposer le cadre glisse vite dans l'informel.
Viennent ensuite quinze à vingt minutes d'exposé et de clarification. Le client présente sa situation, puis les consultants posent leurs questions d'information. L'animateur veille à ce que ces questions restent ouvertes, et n'introduisent pas déjà des solutions déguisées. Une question du type as-tu pensé à faire ceci est en réalité un conseil, pas une clarification.
Le contrat prend cinq minutes. Le client dit précisément ce qu'il attend. C'est court, mais c'est le pivot de la séance. Un animateur expérimenté prend le temps de reformuler ce contrat pour que le groupe travaille bien sur la bonne demande.
La consultation occupe le gros du temps, quarante à cinquante minutes. Les consultants réagissent, partagent des expériences comparables, avancent des hypothèses. Le client écoute, prend des notes, ne se justifie pas. L'animateur régule le flux, s'assure que chacun contribue et que personne ne monopolise la parole.
La synthèse et le plan d'action demandent une quinzaine de minutes. Le client reprend la main. Il dit ce qu'il retient et formule ses prochains pas, concrets et datés. Le groupe résiste à l'envie de commenter ce plan. C'est celui du client, pas celui du groupe.
Les dix dernières minutes closent sur l'apprentissage. Chacun nomme ce qu'il emporte pour sa propre pratique. On régule le fonctionnement du groupe. Cette clôture ancre la séance et prépare la suivante. La sauter, c'est perdre la moitié de la valeur du dispositif.
Ce qu'un CODIR y gagne concrètement
Rupture de l'isolement
Un dirigeant entouré de pairs qui vivent les mêmes tensions prend des décisions plus challengées, moins repliées sur ses réflexes.
Une posture qui se travaille
En passant de client à consultant, chacun s'entraîne à aider sans imposer. C'est la posture attendue d'un dirigeant qui fait grandir son équipe.
Des échanges de meilleure qualité
Un groupe qui a appris à s'écouter en codev transporte cette écoute dans ses réunions ordinaires. Les non-dits circulent moins.
Une limite à poser franchement. Le codev ne règle pas un dysfonctionnement de gouvernance ni un conflit ouvert entre deux directeurs. Ce sont d'autres chantiers, qui demandent d'autres dispositifs. C'est un outil précis, avec un usage précis.
Au delà de la mécanique, il vaut la peine de nommer ce que le codéveloppement produit réellement dans une équipe de direction. Ces effets ne sont pas garantis, ils dépendent de la qualité du cadre et de l'engagement des participants. Mais ils reviennent assez régulièrement pour être décrits.
Le premier effet est la rupture de l'isolement. Un dirigeant qui expose une difficulté réelle, et reçoit le regard sérieux de pairs qui vivent les mêmes tensions, cesse d'être seul face à sa décision. Ce n'est pas un soulagement de surface. Un membre de comité mieux entouré prend des décisions plus challengées, moins repliées sur ses réflexes.
Le deuxième effet touche la posture. En passant tour à tour du rôle de client à celui de consultant, chacun s'entraîne à aider sans imposer, à questionner plutôt qu'à trancher. C'est exactement la posture attendue d'un dirigeant qui veut faire grandir son équipe plutôt que décider à sa place. Le codev est une école de cette posture, sur des cas réels.
Le troisième effet est plus discret, il concerne la qualité des échanges dans le comité lui-même. Un groupe qui a appris à s'écouter en codev transporte cette écoute dans ses réunions ordinaires. Les désaccords se disent plus tôt, les non-dits circulent moins. C'est un bénéfice indirect, mais souvent le plus durable.
Reste une limite à poser franchement. Le codev ne règle pas un dysfonctionnement de gouvernance ni un conflit ouvert entre deux directeurs. Ce sont d'autres chantiers, qui demandent d'autres dispositifs. Présenter le codéveloppement comme une réponse à tout serait malhonnête. C'est un outil précis, avec un usage précis.
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Mettre en place un groupe
La composition
Des pairs aux fonctions comparables. Trop hétérogène, les consultants n'ont pas de prise. Trop homogène, la diversité s'appauvrit. L'équilibre, proximité de fonction et variété de contextes.
Le rythme
Des séances régulières, souvent mensuelles, sur un cycle qui permet à chacun d'être client au moins une fois. La régularité prime sur la fréquence.
La confidentialité
Ce qui se dit dans le groupe reste dans le groupe. Cette règle tenue sans exception autorise les sujets sensibles. Une confidence qui ressort, et le groupe se referme.
Lancer un groupe de codéveloppement demande quelques décisions structurantes en amont. Les bâcler condamne le dispositif.
La composition d'abord. Réunir des pairs, c'est-à-dire des personnes qui exercent des fonctions comparables et rencontrent des problématiques de même nature. Un groupe trop hétérogène perd en pertinence, les consultants n'ont pas de prise sur des situations qui leur sont étrangères. Un groupe trop homogène, à l'inverse, appauvrit la diversité des regards. L'équilibre se trouve dans une proximité de fonction et une variété de contextes.
Le rythme ensuite. Des séances régulières, souvent mensuelles, sur un cycle qui permet à chacun d'être client au moins une fois. Un cycle trop lâche fait perdre le fil, un cycle trop dense épuise l'engagement. La régularité prime sur la fréquence.
La confidentialité enfin, qui n'est pas une clause de style. Ce qui se dit dans le groupe reste dans le groupe. C'est cette règle, tenue sans exception, qui autorise les participants à poser des sujets sensibles. Le jour où une confidence ressort à l'extérieur, la sécurité s'effondre et le groupe se referme.
Reste la question de l'animation. Un groupe peut apprendre à s'autoanimer avec le temps, mais démarrer avec un animateur formé sécurise le cadre et évite les dérives des premières séances. La qualité de la facilitation conditionne largement ce que le groupe osera aborder. C'est un savoir-faire qui s'acquiert, et que des parcours de formation dédiés permettent de construire.
Les pièges qui ruinent une séance
Donner la solution trop vite
Un consultant qui bascule en mode je sais ce qu'il faut faire tue la réflexion du client. Le rôle du groupe est d'ouvrir, pas de trancher.
Mal poser le contrat
Quand le client ne dit pas ce qu'il attend, les consultants répondent à côté. Une bonne part de l'efficacité se joue dans cette étape expédiée.
L'insécurité
Sans confiance, chacun présente un cas cosmétique sans enjeu. La sécurité psychologique est la condition pour oser montrer sa zone de doute.
Négliger l'apprentissage
Beaucoup s'arrêtent au plan d'action et sautent la dernière étape. C'est elle qui transforme un service rendu en montée en compétence collective.
Le codev paraît simple. C'est précisément ce qui le rend fragile. Quelques travers reviennent systématiquement et vident la méthode de sa valeur.
Le premier, donner la solution trop vite. Un consultant qui bascule en mode je sais ce qu'il faut faire tue la réflexion du client. Le rôle du groupe est d'ouvrir des pistes, pas de trancher à la place. L'animateur veille à ce que la consultation reste un questionnement, pas une prescription.
Le deuxième, mal poser le contrat. Quand le client ne dit pas clairement ce qu'il attend, les consultants répondent à côté. Une bonne partie de l'efficacité d'une séance se joue dans cette étape souvent expédiée.
Le troisième, l'insécurité. Sans confiance, personne n'expose une vraie difficulté, chacun présente un cas cosmétique et sans enjeu. Le groupe tourne alors à vide. La sécurité psychologique n'est pas un supplément d'âme, c'est la condition de base pour qu'un membre ose montrer sa zone de doute. Les bonnes questions ne servent à rien si le climat ne permet pas d'y répondre honnêtement.
Le quatrième, négliger l'étape d'apprentissage. Beaucoup de groupes s'arrêtent au plan d'action et sautent la dernière étape. C'est pourtant elle qui transforme un service rendu à un individu en montée en compétence de tout le groupe.
Questions fréquentes
Combien de personnes dans un groupe de codéveloppement
+
De quatre à huit participants en général. En dessous, la diversité des regards s'appauvrit. Au-dessus, chacun n'a plus assez de temps pour être client à son tour dans un cycle raisonnable.
Combien de temps dure un cycle de codev
+
Un cycle s'étale généralement sur plusieurs mois, avec des séances souvent mensuelles. Il se poursuit le temps que chaque membre passe au moins une fois dans le rôle de client. La durée exacte dépend de la taille du groupe et du rythme retenu.
Le codéveloppement remplace-t-il un séminaire de direction
+
Non, les deux répondent à des besoins différents. Un séminaire sert à trancher une orientation commune à toute l'équipe. Le codev aide chaque membre, individuellement, sur ses propres arbitrages. Ils se complètent selon le besoin du moment.
Faut-il un animateur externe pour un CODIR
+
Pour un groupe réuni au sein d'un même comité de direction, un animateur externe est vivement recommandé. Sa neutralité protège la parole des rapports hiérarchiques internes et permet au groupe d'aborder des sujets qu'il tairait autrement.
Quelle différence entre codéveloppement et intelligence collective
+
Le codéveloppement est une méthode précise d'apprentissage entre pairs, centrée sur l'aide à un membre à la fois. L'intelligence collective est un champ plus large qui regroupe de nombreux dispositifs visant à faire produire ou décider un groupe ensemble. Le codev est l'une des formes que peut prendre l'intelligence collective.
Aller plus loin avec Insuffle
Le bon dispositif dépend de la situation de votre comité
Le codéveloppement est un outil parmi d'autres pour sortir un dirigeant de son isolement et faire progresser une équipe de direction. Le choisir, le cadrer, l'animer suppose de savoir quand il sert et quand un autre dispositif conviendrait mieux. Vous pouvez aussi explorer le rôle du manager facilitateur, cette posture qui fait réfléchir le collectif plutôt que décider seul.
Les méthodes et démarches présentées dans cet article sont à adapter au contexte spécifique de chaque équipe de direction et de chaque organisation. Pour les sujets sensibles, conflits non résolus, transformation lourde, sortie de crise, restructuration, un accompagnement par un facilitateur expérimenté est nécessaire pour garantir un cadre adapté.
Sources
- Payette, A. et Champagne, C. (1997), Le groupe de codéveloppement professionnel, Presses de l'Université du Québec. Fiche de l'ouvrage
- Association québécoise du codéveloppement professionnel, les six principes fondateurs de l'approche. Le codéveloppement en résumé
- Réseau de l'Université du Québec, le codéveloppement comme outil de formation professionnelle. Article pédagogique
- CECODEV, description de la méthode et du déroulé en six étapes. Le codéveloppement, définition et méthode
- Institut Quatre Dix, codéveloppement et performance managériale. Intelligence collective et performance managériale
- Bpifrance Le Lab, enquête 2026 sur la solitude des dirigeants de PME et ETI, chiffres de l'isolement. Solitude des dirigeants de PME
- Bpifrance Le Lab, infographie de l'enquête Vaincre les solitudes du dirigeant. Infographie Bpifrance
- Présentation de l'action learning et de son origine avec Reg Revans. Action learning