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Séminaire de direction : préparer un CODIR efficace

Votre prochain séminaire de direction approche. Deux jours hors les murs avec le CODIR. Un budget conséquent. Des agendas bloqués.

Et cette question qui vous taraude : est-ce que ça va vraiment servir à quelque chose ?

Vous avez déjà vécu des séminaires décevants. Des présentations PowerPoint interminables. Des discussions qui tournent en rond. Des décisions prises le vendredi, oubliées le lundi. Un moment agréable — mais sans impact réel.

Ce n’est pas une fatalité. Un séminaire de direction bien préparé peut transformer un CODIR. Aligner les visions, trancher les sujets qui traînent, recréer de la dynamique collective.

Mais ça ne s’improvise pas. La différence entre un séminaire qui marque et un séminaire qui s’oublie se joue dans la préparation — bien avant le jour J.


Pourquoi la plupart des séminaires de direction échouent

Soyons honnêtes : la majorité des séminaires de CODIR sont des rituels vides.

On les organise parce qu’il faut bien en faire un. Parce que ça fait partie des pratiques managériales. Parce que ça fait du bien de sortir du bureau.

Mais quand on regarde ce qui en sort vraiment, c’est souvent maigre.

Le syndrome du PowerPoint marathon

Le séminaire devient une succession de présentations. Chaque directeur présente son bilan, ses chiffres, ses projets. Les autres écoutent — ou font semblant. Pas d’interaction. Pas de construction collective. Juste de l’information descendante qu’on aurait pu envoyer par email.

À la fin, tout le monde est épuisé. Personne n’a rien décidé ensemble.

Le syndrome de l’évitement

Les vrais sujets — ceux qui fâchent, ceux qui divisent, ceux qui traînent depuis des mois — sont soigneusement évités. On parle de tout sauf de l’essentiel.

Pourquoi ? Parce que personne n’a créé les conditions pour que ces sujets puissent être abordés. Parce que le format ne s’y prête pas. Parce que tout le monde a peur d’ouvrir la boîte de Pandore.

Le séminaire se termine sur un consensus de façade. Les tensions restent — elles resurgiront plus tard.

Le syndrome du team building déconnecté

Pour « créer de la cohésion », on ajoute une activité ludique. Escape game, cours de cuisine, rallye en 2CV. C’est sympa. Ça détend.

Et ça ne change rien aux dynamiques de fond.

La cohésion d’un CODIR ne se construit pas en faisant du karting ensemble. Elle se construit en traversant des sujets difficiles ensemble. En prenant des décisions difficiles ensemble. En construisant une vision ensemble.

Le team building sans travail de fond est un pansement sur une jambe de bois.

Le syndrome de l’absence de suite

Le séminaire se termine. Des décisions ont été prises. Des engagements ont été formulés. Tout le monde repart motivé.

Trois semaines plus tard, personne n’a rien fait. Les urgences du quotidien ont repris le dessus. Les décisions du séminaire sont devenues des souvenirs flous.

Sans mécanisme de suivi, le séminaire est un feu de paille.


Ce qu’un séminaire de direction doit vraiment produire

Avant de parler de préparation, clarifions l’objectif. Un séminaire de CODIR réussi produit trois choses.

1. De la clarté

À la sortie du séminaire, tout le monde sait où on va. Pas dans les grandes lignes — précisément. Le cap est clair. Les priorités sont explicites. Les rôles sont définis.

Cette clarté n’existait pas avant. Elle existe maintenant. C’est tangible, formulable, partageable.

2. Des décisions

Les sujets qui traînaient sont tranchés. Pas reportés à une prochaine réunion. Pas délégués à un groupe de travail. Tranchés.

Ces décisions sont documentées. Les responsables sont identifiés. Les délais sont fixés.

3. De l’alignement

L’alignement, ce n’est pas l’accord de façade où tout le monde hoche la tête. C’est la capacité à tirer dans la même direction, même quand on n’est pas d’accord sur tout.

Un CODIR aligné peut avoir des désaccords — mais il les gère. Il arbitre. Il avance. Il ne se paralyse pas dans les jeux politiques.

L’alignement se construit en travaillant ensemble sur des sujets qui comptent. Pas en écoutant des PowerPoints côte à côte.


Les 5 étapes d’une préparation réussie

Un séminaire de direction efficace se prépare des semaines avant le jour J. Voici les étapes clés.

Étape 1 : Clarifier le vrai objectif

Première question : pourquoi ce séminaire ?

« Pour faire le point sur la stratégie » n’est pas un objectif. C’est un thème vague qui ne produira rien de concret.

Un vrai objectif ressemble à ça :

  • « Trancher les 3 arbitrages stratégiques qui bloquent depuis 6 mois »
  • « Construire la vision à 3 ans et les priorités de l’année prochaine »
  • « Résoudre les dysfonctionnements de coordination entre les directions »
  • « Aligner le CODIR sur le plan de transformation et les rôles de chacun »

L’objectif doit être spécifique, ambitieux, et vérifiable. À la fin du séminaire, vous devez pouvoir dire : « On a atteint l’objectif » ou « On ne l’a pas atteint. »

Si vous ne pouvez pas formuler un objectif clair, posez-vous la question : avez-vous vraiment besoin d’un séminaire ?

Étape 2 : Identifier les vrais sujets

Une fois l’objectif posé, identifiez les sujets à traiter. Pas les sujets « intéressants ». Les sujets indispensables pour atteindre l’objectif.

Souvent, les vrais sujets sont ceux qu’on évite :

  • Le conflit latent entre deux directeurs
  • Le projet qui patine et que personne ne veut tuer
  • La réorganisation que tout le monde sent venir mais que personne ne nomme
  • Le désalignement sur les priorités que chacun gère dans son coin

Pour identifier ces sujets, ne vous fiez pas aux réponses officielles. Allez creuser. Rencontrez chaque membre du CODIR individuellement. Posez des questions ouvertes : « Qu’est-ce qui devrait vraiment être abordé dans ce séminaire ? » « Qu’est-ce qui t’empêche d’avancer ? » « Qu’est-ce qu’on évite de se dire ? »

Les réponses individuelles révèlent ce que les réunions collectives masquent.

Étape 3 : Concevoir le processus

Un séminaire de direction n’est pas une grande réunion. C’est un processus structuré qui guide le groupe vers l’objectif.

Ce processus doit être conçu avec soin :

Alterner les formats. Pas 8 heures de discussion en plénière. Des temps individuels, des travaux en sous-groupes, des plénières de synthèse. Chaque format a sa fonction : l’individuel pour la réflexion, le sous-groupe pour l’approfondissement, la plénière pour la décision.

Prévoir des temps de production. Le séminaire doit produire quelque chose de tangible : une vision formulée, des décisions documentées, un plan d’action. Prévoyez du temps pour formaliser — pas seulement pour discuter.

Gérer l’énergie. Un CODIR qui travaille intensément pendant deux jours, ça s’épuise. Prévoyez des pauses vraies (pas des pauses où on regarde ses emails). Placez les sujets difficiles au bon moment — généralement le matin, quand l’énergie est haute.

Laisser de l’espace. Ne surchargez pas l’agenda. Les meilleures discussions émergent souvent dans les interstices. Si chaque minute est planifiée, vous tuez la spontanéité.

Étape 4 : Préparer les participants

Un séminaire ne commence pas le jour J. Il commence quand les participants commencent à y penser.

Envoyez une note de cadrage. Objectif du séminaire, sujets à traiter, questions à préparer. Pas un roman — une page maximum. Claire, directe, engageante.

Demandez du travail préparatoire. Pas des présentations PowerPoint. Des réflexions personnelles. « Quelles sont selon toi les 3 priorités stratégiques ? » « Qu’est-ce qui fonctionne bien dans notre fonctionnement de CODIR ? Qu’est-ce qui dysfonctionne ? »

Ce travail préparatoire a deux vertus : il fait gagner du temps le jour J (les gens arrivent avec des idées structurées) et il crée de l’engagement (les gens ont déjà investi dans le séminaire avant qu’il commence).

Préparez les sujets sensibles en amont. Si vous savez qu’un sujet va créer des tensions, ne le découvrez pas en séance. Rencontrez les personnes concernées avant. Comprenez leurs positions. Préparez le terrain.

Le jour J ne doit pas être le moment des surprises. Les surprises en CODIR créent des blocages, pas des avancées.

Étape 5 : Prévoir l’après

Le meilleur séminaire du monde ne sert à rien si rien ne se passe après.

Documentez les décisions en temps réel. Pas un compte-rendu exhaustif — une liste claire des décisions, avec pour chacune : quoi, qui, quand. Cette liste est partagée avant que les participants quittent la salle.

Planifiez les points de suivi. Quand allez-vous vérifier que les décisions sont mises en œuvre ? Inscrivez ces points dans les agendas avant la fin du séminaire.

Identifiez le gardien. Qui va s’assurer que les engagements sont tenus ? Que les sujets avancent ? Ce rôle peut être tournant, mais il doit être explicite.

Sans ces mécanismes, les meilleures intentions s’évaporent. Avec eux, le séminaire devient le point de départ d’une vraie dynamique.


La question du lieu

Un mot sur le lieu, parce que ça compte plus qu’on ne le croit.

Sortez du bureau. Un séminaire dans vos locaux, c’est un séminaire parasité par le quotidien. Les participants repassent à leur bureau entre deux sessions. Les urgences s’invitent. L’état d’esprit ne change pas.

Choisissez un lieu qui inspire. Pas un hôtel générique avec des salles de réunion sans âme. Un lieu qui crée une rupture. Qui donne envie d’être là. Qui favorise les échanges informels.

Vérifiez la logistique. Rien de pire qu’un lieu magnifique avec une salle inadaptée, un vidéoprojecteur qui ne marche pas, ou un service qui interrompt les sessions toutes les heures. Visitez le lieu avant. Testez tout.

Le lieu n’est pas un détail. C’est un ingrédient du succès.


Faut-il un facilitateur externe ?

Question légitime. Pouvez-vous faciliter votre propre séminaire de direction ?

Quand c’est possible en interne

Si l’objectif est principalement informatif (partager des résultats, présenter une feuille de route), un facilitateur externe n’est pas indispensable. Le DG ou un membre du CODIR peut tenir ce rôle.

Si les sujets sont opérationnels et les relations dans le CODIR sont saines, vous pouvez probablement vous en sortir seuls.

Quand un externe fait la différence

Plusieurs situations rendent le facilitateur externe précieux :

Le DG est partie prenante. Si le DG doit participer aux débats — donner son avis, défendre des positions, prendre des décisions — il ne peut pas simultanément faciliter. Il sera juge et partie. Le groupe le sentira.

Les sujets sont sensibles. Conflits latents, réorganisations, remises en question de certains membres du CODIR… Ces sujets demandent une neutralité que personne en interne ne peut garantir.

Vous voulez un regard neuf. Quelqu’un qui n’est pas dans le système voit ce que vous ne voyez plus. Il pose les questions que vous n’osez plus poser. Il nomme les évidences que tout le monde a oubliées.

Vous voulez de la rigueur. Un facilitateur externe tient le cadre. Il gère le temps. Il s’assure que tout le monde s’exprime. Il maintient le groupe sur les rails quand il dérive. C’est son métier — il le fait mieux que quelqu’un qui a d’autres préoccupations.

Le coût d’un facilitateur externe est souvent inférieur au coût d’un séminaire raté. Et un séminaire raté, c’est du temps perdu, de l’énergie gaspillée, et des problèmes non résolus qui continueront à coûter cher.


Les erreurs fatales à éviter

Quelques erreurs que je vois régulièrement — et qui plombent les séminaires de direction.

Surcharger l’agenda

Vous voulez traiter trop de sujets. Vous empilez les séquences. Vous prévoyez 12 heures de travail sur 2 jours.

Résultat : tout est survolé, rien n’est approfondi. Les participants sont épuisés. Les décisions sont bâclées.

Mieux vaut traiter 3 sujets en profondeur que 10 sujets en surface.

Éviter les vrais sujets

Vous savez qu’il y a un sujet qui fâche. Vous décidez de ne pas le mettre à l’agenda — « ce n’est pas le moment », « ça va créer des tensions ».

Le sujet ne disparaît pas. Il continue à pourrir. Et les participants sentent qu’on leur a fait perdre leur temps sur des sujets secondaires.

Si un sujet est important, il doit être sur la table. Sinon, à quoi sert le séminaire ?

Ne pas trancher

Les discussions sont riches. Les points de vue s’expriment. Et puis… on passe au sujet suivant sans avoir décidé.

« On en reparlera. » « On va créer un groupe de travail. » « On a avancé sur la compréhension du sujet. »

Ces phrases sont des drapeaux rouges. Elles signifient qu’on a évité de décider.

Un séminaire de direction doit produire des décisions. Pas des discussions intéressantes.

Oublier le suivi

Vous terminez le séminaire sur une belle énergie. Des engagements ont été pris. Tout le monde est motivé.

Et puis rien. Pas de point de suivi. Pas de rappel des décisions. Pas de mécanisme pour tenir les engagements.

Trois mois plus tard, c’est comme si le séminaire n’avait pas eu lieu.


Ce que produit un séminaire réussi

Quand un séminaire de direction est bien préparé et bien facilité, les effets sont tangibles.

Le CODIR fonctionne mieux. Les non-dits ont été exprimés. Les tensions ont été traitées. Les règles du jeu sont claires. Les réunions suivantes sont plus efficaces.

Les décisions tiennent. Parce qu’elles ont été prises ensemble, après un vrai débat, avec un engagement explicite. Les gens les appliquent — parce qu’elles leur appartiennent.

La stratégie avance. Les sujets qui traînaient depuis des mois sont débloqués. L’énergie se concentre sur ce qui compte. L’organisation gagne en vélocité.

La cohésion se renforce. Pas la cohésion de façade du team building. La vraie cohésion — celle qui vient d’avoir traversé des sujets difficiles ensemble et d’en être sortis alignés.

Ce n’est pas de la magie. C’est le résultat d’une préparation rigoureuse, d’un processus bien conçu, et d’une facilitation exigeante.


Et maintenant ?

Votre prochain séminaire de direction approche. Vous avez le choix.

Vous pouvez faire comme d’habitude. Réserver un lieu sympa, empiler des présentations, espérer que la magie opère. Et vous retrouver, une fois de plus, avec un séminaire qui s’oublie.

Ou vous pouvez préparer vraiment. Clarifier l’objectif. Identifier les vrais sujets. Concevoir un processus qui produit des résultats. Prévoir le suivi.

La différence entre les deux, c’est la différence entre un rituel et un levier de transformation.

Votre CODIR mérite mieux qu’un rituel.

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