Développer une vision stratégique quand on n’a ni objectif ni direction

Yoan Lureault
16 février 2026
Séminaire CODIR Tout le monde est d'accord. Et rien ne bouge.

Deux jours pour que les vrais sujets sortent enfin, et que chacun reparte avec sa part du cap.

Organiser un séminaire

« Il nous faut une vision. » Le comité de direction acquiesce. Tout le monde est d’accord, une vision, c’est ce qui manque. Puis quelqu’un pose la question qui fige la salle : « une vision de quoi, exactement ? » Silence.

Pas d’objectif clair. Pas de direction définie. Juste le sentiment diffus que l’organisation avance sans savoir où elle va. Les gens font leur travail sans comprendre pourquoi. Les décisions se prennent au coup par coup, sans fil conducteur. On veut une vision stratégique, mais on ne sait pas par où commencer.

C’est plus fréquent qu’on ne le croit, et c’est exactement le bon point de départ. Partir d’une page blanche n’est pas un échec, c’est une chance : rien de faux à défaire, tout à faire émerger. Cet article détaille pourquoi tant d’organisations n’ont pas de vision, ce qu’une vision est vraiment, et surtout la méthode concrète pour en construire une quand on part de zéro.

La méthode signature du futur désiré fait émerger une vision depuis le réel, pas depuis une page blanche.

Découvrir la démarche

Pourquoi tant d’organisations n’ont pas de vision

Organisation sans vision stratégique avançant sans cap défini
Confusion 1

Vision confondue avec objectifs

« Devenir leader d’ici 2027 »

Ce n’est pas une vision, c’est un objectif ou un chiffre. Un objectif dit ce qu’on veut atteindre, une vision dit pourquoi cela compte.

Confusion 2

Vision confondue avec stratégie

« Développer le digital et l’international »

Ce sont des axes stratégiques. La stratégie dit comment on y va, la vision dit où l’on veut arriver et surtout pourquoi.

Confusion 3

La phrase creuse

« Partenaire de référence, excellence et proximité »

Applicable à n’importe quelle entreprise. Validée parce qu’elle ne fâche personne, affichée dans le hall, oubliée le lendemain.

Cause 4

Le temps jamais pris

« Deux heures en fin de séminaire »

Construire une vision demande du vrai temps pour écouter, débattre, laisser émerger. La plupart ne le prennent pas.

Avant de construire, il faut comprendre pourquoi la case est vide. Dans la plupart des cas, ce n’est pas par négligence, c’est par confusion. Trois malentendus reviennent en séminaire de direction, plus un manque de temps assumé.

La confusion entre vision et objectifs

« Notre vision : devenir leader sur notre marché d’ici 2027. » Ce n’est pas une vision, c’est un objectif. « Atteindre 50 millions de chiffre d’affaires » est un chiffre. « Croître de 15% par an » est une métrique. La confusion est massive : des entreprises entières pensent avoir une vision alors qu’elles ont un business plan.

Un objectif dit ce qu’on veut atteindre. Une vision dit pourquoi cela compte. Ce n’est pas la même chose, et confondre les deux bloque tout le reste.

La confusion entre vision et stratégie

« Développer le digital et renforcer l’international » n’est pas une vision, ce sont des axes stratégiques. « Se diversifier sur de nouveaux marchés » est une orientation. La stratégie dit comment on va y aller, la vision dit où l’on veut arriver et surtout pourquoi.

Sans vision, la stratégie n’est qu’une liste de choses à faire. Avec une vision, la stratégie devient le chemin vers quelque chose qui a du sens.

La phrase creuse validée parce qu’elle ne fâche personne

« Être le partenaire de référence de nos clients en leur offrant des solutions innovantes et durables dans un esprit d’excellence et de proximité. » Vous avez retenu quelque chose ? Cette phrase pourrait s’appliquer à n’importe quelle entreprise de n’importe quel secteur.

Ces formules sont produites en fin de séminaire, validées parce qu’elles ne heurtent personne, affichées dans le hall, et oubliées dès le lendemain. Ce n’est pas une vision, c’est un poster. Simon Sinek, dans son travail sur le « pourquoi » comme moteur de l’engagement, montre pourquoi ces formules glissent sur les équipes sans jamais les mobiliser.

Le temps jamais pris

Construire une vision demande du vrai temps. Pas deux heures en fin de séminaire quand tout le monde est fatigué. Du temps pour se poser les bonnes questions, écouter, débattre, confronter les points de vue, laisser émerger quelque chose de vrai.

La plupart des organisations ne le prennent pas. Trop occupées à faire tourner la machine, trop pressées par le quotidien. Résultat : pas de vision, ou une vision de façade qui ne guide rien.

Retour de terrain. Un dirigeant d’ETI familiale nous disait n’avoir « aucune vision ». En deux jours de séminaire, l’équipe a fait remonter une constante : depuis quinze ans, l’entreprise choisissait toujours la robustesse plutôt que la croissance rapide. La vision était là, non dite. Elle n’avait jamais été formulée.

Ce qu’une vision stratégique est vraiment

Vision stratégique comme cap commun au dessus de la mer de nuages

Une vraie vision réunit ces quatre traits

?

Elle répond au « pour quoi »

Pas le quoi (l’activité), pas le comment (la stratégie), pas le combien (les objectifs). Dans quel but, au service de quoi.

Elle crée du désir

Elle ne se contente pas d’être comprise, elle donne envie. Personne ne se lève pour « devenir leader de son marché ».

Elle guide les décisions

Un filtre : est-ce que ce choix nous rapproche ou nous éloigne ? Si elle ne permet pas de trancher, elle est trop floue.

1

Elle tient en une phrase

Claire, mémorisable, transmissible. La clarté demande un effort de synthèse qui prouve qu’on a compris ce qu’on veut.

Pour construire, il faut d’abord chercher le bon objet. Beaucoup de dirigeants restent bloqués parce qu’ils cherchent une formule inspirante alors qu’ils ont besoin d’une boussole de décision. Quatre traits distinguent une vraie vision.

Elle répond à la question « pour quoi »

Pas « quoi », c’est l’activité. Pas « comment », c’est la stratégie. Pas « combien », ce sont les objectifs. « Pour quoi » : dans quel but, au service de quoi, qu’essaie-t-on de créer. Une vision relie l’activité quotidienne à quelque chose de plus grand et permet à chacun de comprendre pourquoi son travail compte. Dans leurs travaux fondateurs sur la vision d’entreprise, Collins et Porras (Harvard Business Review, 1996) distinguent l’idéologie stable de l’organisation et le futur ambitieux qu’elle se donne : une vision réunit les deux.

Elle crée du désir, pas seulement de la compréhension

Une bonne vision ne se contente pas d’être comprise, elle donne envie. Elle fait dire aux gens « oui, je veux participer à ça ». Personne ne se lève le matin pour « devenir leader sur son marché ». Les gens se lèvent pour contribuer à quelque chose qui a du sens pour eux.

Ce point n’est pas anecdotique. Selon Gallup (State of the Global Workplace, 2026), environ 8% seulement des salariés français se déclarent engagés dans leur travail. Une vision qui ne crée pas de désir laisse ce chiffre intact. Une vision qui en crée est un des rares leviers qui le déplacent.

Elle guide les décisions

Une vision qui ne guide pas les décisions n’est pas une vision, c’est une décoration. La vraie vision est un filtre : face à un choix, on se demande « est-ce que cela nous rapproche ou nous éloigne de notre vision ? » Si elle ne permet pas de trancher, elle est trop floue.

Elle se partage en une phrase

Si vous avez besoin de trois paragraphes pour expliquer votre vision, vous avez un document, pas une vision. Une vraie vision tient en une phrase claire, mémorisable, transmissible. Non parce que la réalité est simple, mais parce que la clarté demande un effort de synthèse, et cet effort prouve qu’on a compris ce qu’on veut.

Test rapide. Présentez votre énoncé à deux managers de terrain absents du séminaire. S’ils ne peuvent pas le répéter et l’expliquer à un ami en une minute, la vision n’est pas encore prête à descendre dans l’organisation.

Pour approfondir la mise en mots une fois la matière trouvée, notre guide dédié détaille comment formuler une vision qui fait bouger les lignes.

Pourquoi partir de rien est si difficile

Dirigeant face à la page blanche de la vision stratégique
1

Cela oblige à choisir

Une vision est un choix, donc un renoncement. Le flou est confortable mais ne mobilise pas, il dilue l’énergie au lieu de la concentrer.

2

Cela expose les désaccords

Commercial, technique, finance, RH : chacun veut une vision orientée vers son monde. Construire, c’est mettre ces désaccords sur la table.

3

Cela demande de l’honnêteté

Qu’est-ce qu’on veut vraiment, pas ce qui ferait bien sur une plaquette ? Une vision bâtie sur du faux-semblant ne tient pas.

4

On ne sait pas par où commencer

Le paradoxe du point de départ. On sort de la boucle non en fixant l’avenir, mais en partant du présent.

Si construire une vision de zéro était simple, tout le monde en aurait une. La difficulté est réelle, et elle tient à quatre résistances qu’il vaut mieux nommer que subir.

Parce que cela oblige à choisir

Une vision est un choix, et un choix est un renoncement. Dire « on veut ça », c’est dire « on ne veut pas autre chose », fermer des portes, assumer une direction. Beaucoup d’organisations préfèrent le flou, confortable, qui ne fâche personne et garde toutes les options ouvertes. Mais le flou ne mobilise pas, il dilue l’énergie au lieu de la concentrer.

Parce que cela expose les désaccords

Quand on travaille la vision, les désaccords sortent. Le directeur commercial la veut orientée client, le directeur technique orientée innovation, le DAF orientée rentabilité, le DRH orientée humain. Tant qu’il n’y a pas de vision, chacun interprète à sa façon et on fait semblant d’être alignés.

Construire une vision, c’est mettre ces désaccords sur la table. C’est inconfortable et nécessaire. C’est aussi pour cela qu’un tiers neutre aide : il tient le cadre pendant que le fond se discute.

Parce que cela demande de l’honnêteté

Qu’est-ce qu’on veut vraiment ? Pas ce qu’on devrait vouloir, pas ce qui ferait bien sur une plaquette. Cette question oblige à creuser, à se regarder en face. Une vision construite sur du faux-semblant ne tient pas : les gens sentent quand c’est authentique et quand cela ne l’est pas.

Parce qu’on ne sait pas par où commencer

C’est le paradoxe du point de départ. Pour définir une vision, il faudrait savoir où l’on veut aller, mais on cherche une vision précisément parce qu’on ne le sait pas. La bonne nouvelle : on sort de cette boucle non en fixant l’avenir, mais en partant du présent. C’est tout l’objet de la méthode qui suit.

La méthode pour faire émerger une vision quand on part de zéro

Atelier de construction de la vision stratégique avec le CODIR
1

Partir du présent, pas de l’avenir

Se projeter dans le vide produit du vide. Commencez par ce qui fonctionne, ce qui coince, ce qui anime. Les récurrences révèlent un cap implicite déjà présent.

2

Explorer le désir

L’étape que tout le monde saute, la plus importante. Si on pouvait créer l’organisation qu’on veut, ce serait quoi ? Le désir est le carburant de la vision.

3

Identifier les tensions

Court terme contre long terme, croissance contre qualité. Ces tensions ne sont pas des problèmes, ce sont des informations. Nommer permet de choisir où placer le curseur.

4

Formuler, tester, reformuler

Proposez une première version, testez-la comme une ébauche, écoutez les énergies autant que les mots. Une vision se construit par itérations, pas en une réunion.

5

Relier la vision au quotidien

Qu’est-ce qu’on fait lundi matin qui soit cohérent avec elle ? Qu’est-ce qu’on arrête ? Le test d’une vision, c’est son impact sur le réel.

Voici l’inversion de logique que nous pratiquons chez Insuffle. Plutôt que de chercher une vision dans l’abstrait, on la fait émerger du réel de l’entreprise et de l’équipe. C’est le principe du futur désiré, notre méthode signature : une projection ancrée, pas une déclaration hors-sol. Cinq étapes.

Étape 1 : partir du présent, pas de l’avenir

Contre-intuitif. On croit qu’une vision concerne l’avenir, alors on essaie de se projeter, et se projeter dans le vide produit du vide. Commencez par ce qui est. Qu’est-ce qui fonctionne aujourd’hui, de quoi peut-on être fiers ? Qu’est-ce qui coince, qu’on n’arrive pas à résoudre ? Qu’est-ce qui nous anime, qui nous met en énergie ? Cette approche rejoint la pensée du philosophe François Jullien, qui oppose la fixation d’un but abstrait à l’exploitation du potentiel déjà présent dans une situation.

Ces questions ancrent le travail dans la réalité et font émerger la matière première de la vision. Réunissez le comité de direction autour d’une question simple : de quoi sommes-nous fiers, concrètement, sur les trois dernières années ? Les récurrences révèlent un cap implicite déjà présent.

Étape 2 : explorer le désir

C’est l’étape que tout le monde saute, et la plus importante. Le désir n’est ni l’objectif ni ce qu’on devrait vouloir, c’est ce qui nous attire vraiment. Si on pouvait créer exactement l’organisation qu’on veut, ce serait quoi ? Pas « réaliste », pas « raisonnable ». Qu’aimerait-on que clients, collaborateurs et partenaires disent de nous dans cinq ans ? Qu’est-ce qui nous rendrait fiers, pas seulement satisfaits ?

Le désir est le carburant de la vision. Sans lui, la vision reste un exercice intellectuel. Avec lui, elle devient une force de traction.

Étape 3 : identifier les tensions

Regardez ce qui émerge : il y a des tensions. Entre ce qu’on fait et ce qu’on voudrait faire, entre les désirs des uns et des autres. Ces tensions ne sont pas des problèmes, ce sont des informations. Court terme contre long terme, croissance contre qualité, innovation contre stabilité.

Nommer les tensions permet de faire des choix d’équilibre : où met-on le curseur ? Cette étape recoupe notre outil des deux falaises : toute organisation avance entre deux dangers, l’immobilisme qui fige et la dispersion qui épuise. Nommer ces deux bords clarifie le couloir dans lequel la vision doit tenir.

Étape 4 : formuler, tester, reformuler

Des mots commencent à émerger. Formulez une première version. Puis testez, non en la présentant en CODIR comme un produit fini, mais comme une ébauche : « voilà ce qui émerge, qu’est-ce que ça vous fait, qu’est-ce qui sonne faux ? » Écoutez les réactions, pas seulement les mots mais les énergies. Cela crée-t-il de l’élan ou de l’indifférence ?

Reformulez, affinez, recommencez. Une vision ne se décrète pas en une réunion, elle se construit par itérations. La boussole 4C aide à vérifier, à chaque tour, que le cap, la clarté, la confiance et la cohésion sont réunis.

Étape 5 : relier la vision au quotidien

Une vision qui reste au niveau des grands principes ne sert à rien. Qu’est-ce qu’elle change concrètement dans les décisions, les projets, la façon de travailler ? Qu’est-ce qu’on fait lundi matin qui soit cohérent avec elle, pas dans six mois, lundi ? Et qu’est-ce qu’on arrête de faire parce que ce n’est pas aligné ?

La vision n’est pas seulement ce qu’on ajoute, c’est aussi ce qu’on enlève. Le test d’une vision, c’est son impact sur le réel. Si rien ne change après l’avoir définie, elle ne valait rien. C’est exactement le travail que nous menons dans un séminaire CODIR : partir d’une direction partagée pour atterrir sur des engagements concrets.

La condition invisible d’une vision qui vit

8 %

des salariés français se déclarent engagés dans leur travail. Une vision qui ne crée pas de désir laisse ce chiffre intact. Une vision co-construite est un des rares leviers qui le déplacent.

Source : Gallup, State of the Global Workplace, 2026.

Envie de cadrer votre point de départ avec un tiers neutre ?

Échanger 30 minutes avec Yoan

Pourquoi le collectif change tout. Une vision construite seul par le dirigeant reste une vision à défendre. Une vision construite avec le comité de direction devient une vision à porter. La différence se voit dès la première décision difficile : l’équipe qui a co-construit ne rouvre pas le débat à chaque obstacle.

Les pièges qui tuent une vision naissante

Les pièges qui font échouer une vision stratégique naissante

Le consensus mou

Une formulation si large que personne ne peut être contre, ni vraiment pour. Une vraie vision fait réagir, elle peut faire grincer des dents.

La vision du chef

Le dirigeant arrive avec sa vision, la présente, tout le monde acquiesce. Elle sera affichée, pas vécue. Une vision imposée ne fonctionne pas.

Le beau discours

Des heures à peaufiner les mots, puis on s’arrête là. Une vision est un outil de travail, pas un exercice de communication.

L’exercice ponctuel

Un séminaire, un document, on range et on passe à autre chose. Sans révision régulière, la vision devient lettre morte.

Faire émerger une vision expose à des pièges spécifiques. En voici quatre, observés séminaire après séminaire.

Le consensus mou

Tout le monde s’accorde sur une formulation si large qu’elle ne veut plus rien dire. « Une entreprise performante et humaine qui crée de la valeur pour ses parties prenantes. » Personne ne peut être contre, personne n’est vraiment pour. Une vraie vision fait réagir, elle peut même faire grincer des dents. Si tout le monde hoche poliment la tête, c’est probablement trop mou.

La vision du chef

Le dirigeant arrive avec sa vision, la présente, tout le monde acquiesce. Personne n’a participé à sa construction, personne ne se l’approprie. Elle appartient au chef, pas à l’organisation. Elle sera affichée, pas vécue. Une vision imposée ne fonctionne pas, une vision qui émerge du collectif a une chance de vivre.

Le beau discours

On passe des heures à peaufiner les mots, à trouver la formulation parfaite, puis on s’arrête là. Une vision n’est pas un exercice de communication, c’est un outil de travail. Si l’essentiel de l’énergie passe dans la formulation plutôt que dans la mise en œuvre, on a raté l’essentiel.

L’exercice ponctuel

On fait un séminaire vision, on produit un document, on le range, on passe à autre chose. Une vision qui n’est pas régulièrement revisitée devient lettre morte. Le contexte change, l’organisation évolue, la vision doit évoluer avec. Prévoyez un point semestriel où le comité vérifie qu’elle tient encore.

Attention au piège de la théorie. Certaines démarches transforment la construction de la vision en exercice conceptuel interminable. Si, au bout de deux journées, vous n’avez pas trois orientations utilisables, la méthode a échoué. La vision sert l’action, pas l’inverse.

Reconnaître une vision qui tient

Une vision stratégique qui tient donne un cap commun à l'équipe

On en parle spontanément

Pas parce qu’on le demande, mais parce que cela fait sens pour les gens.

Elle guide les décisions

Face à un dilemme, on se demande ce qui est cohérent avec elle.

Elle attire les bons profils

Ceux qui la partagent veulent rejoindre, les autres se désélectionnent.

Elle crée de l’énergie

Les gens s’animent quand on en parle, il y a du désir.

Elle est claire et simple

Un collaborateur peut l’expliquer à un ami en une minute.

Elle résiste au temps

Elle ne change pas à chaque trimestre, elle donne un cap stable.

Comment savoir qu’on y est arrivé ? Une vraie vision se reconnaît à des signes concrets, pas à la satisfaction d’avoir bouclé l’exercice.

Les gens en parlent spontanément, pas parce qu’on le leur demande, mais parce que cela fait sens pour eux. Elle guide les décisions : face à un dilemme, on se demande ce qui est cohérent avec elle. Elle attire les bons profils, les candidats qui la partagent veulent rejoindre, les autres se désélectionnent. Elle crée de l’énergie, les gens s’animent quand on en parle.

Elle est claire et simple, un collaborateur peut l’expliquer à un ami en une minute. Et elle résiste au temps : elle ne change pas à chaque trimestre, elle donne un cap stable dans lequel les actions s’inscrivent.

De la vision à la trajectoire

Une fois la vision posée, traduisez-la en trois à cinq priorités pour l’année, pas dix. Trop de priorités tue la priorité. Ces priorités deviennent le filtre de tous les arbitrages. L’alignement du comité de direction sur la vision est ensuite un travail à part entière : un CODIR qui affiche l’accord en réunion mais dont chacun repart avec sa propre lecture ruine la vision en quelques semaines.

Quand la vision enclenche une transformation

Quand la vision implique un vrai changement d’organisation, elle déclenche une transformation, et les transformations sont difficiles. Une statistique souvent citée avance que 70% d’entre elles échouent. Ce chiffre, popularisé par les travaux de Kotter et repris par McKinsey, est régulièrement contesté sur sa robustesse méthodologique. Retenez l’esprit, pas la précision trompeuse : transformer sans embarquer les équipes échoue le plus souvent.

Le cycle de transformation d’un comité de direction s’étale généralement sur six à dix-huit mois, selon la taille et la maturité de l’organisation. La vision en est le point de départ, jamais l’aboutissement.

Questions fréquentes

Questions fréquentes sur la construction d’une vision stratégique

Peut-on construire une vision si on n’a aucune idée de ce qu’on veut ?

+

Oui, et c’est même le meilleur point de départ. Vous ne plaqueriez pas une idée préconçue, vous ferez émerger quelque chose d’authentique. Le processus décrit ici, partir du présent, explorer le désir, identifier les tensions, fonctionne précisément parce qu’il ne suppose pas de savoir à l’avance. La page blanche n’est pas un handicap, c’est une matière première.

Combien de temps faut-il pour construire une vision de zéro ?

+

Pas une réunion, pas une journée. Comptez plusieurs séquences de travail sur quelques semaines. Un séminaire de direction de un à deux jours pose les fondations, la formulation s’affine ensuite avec un ou deux points de calage. Non parce que c’est techniquement long, mais parce que les idées ont besoin de mûrir et les vrais sujets de temps pour sortir.

Qui doit être impliqué dans la démarche ?

+

Pas seulement le CODIR. Si la vision ne concerne que la direction, elle ne sera jamais incarnée par le reste de l’organisation. Impliquez des représentants des différents niveaux, fonctions et anciennetés. Pas tout le monde, ce serait ingérable, mais suffisamment pour que la vision soit vraiment partagée et pas seulement communiquée.

On a déjà une vision mais personne ne la connaît, que faire ?

+

Si personne ne la connaît, c’est qu’elle n’est pas bonne, ou qu’elle n’a pas été construite avec les gens. Repartez de zéro, non en réécrivant la phrase, mais en refaisant le travail de fond, en impliquant les équipes. Une vision qu’on doit faire connaître à coups de campagnes de communication n’est pas une vision, c’est un slogan.

Et si le dirigeant a une vision forte et veut l’imposer ?

+

Un dirigeant avec une vision forte est un atout, mais il y a une différence entre partager et imposer. Partager : « voilà ce que je vois, ce qui m’anime, qu’est-ce qu’on construit ensemble à partir de là ? » Imposer : « voilà la vision, exécutez. » La première approche crée de l’adhésion, la seconde de la conformité au mieux, de la résistance au pire.

Quand la construction d’une vision n’est-elle pas la bonne réponse ?

+

Quand l’entreprise traverse une crise de trésorerie aiguë ou un conflit social ouvert, poser une vision à trois ans n’est pas prioritaire, il faut d’abord stabiliser. De même, si le problème réel est un dysfonctionnement du comité de direction, travailler la vision sans traiter la dynamique d’équipe revient à décorer une maison dont les fondations bougent. Diagnostiquez avant de bâtir.

Votre organisation avance sans savoir où elle va

Traverser de la page blanche vers un cap partagé avec confiance

Ce qu’il faut retenir

Le vrai risque n’est pas de manquer de vision, c’est de rester seul face à la page blanche

Un temps protégé, une méthode ancrée dans le concret et un collectif engagé suffisent le plus souvent à transformer le flou en direction partagée.

Partir de rien n’est pas un handicap, c’est un point de départ honnête. La vision ne tombe pas du ciel, elle se construit depuis le réel de votre entreprise et l’intelligence de votre comité de direction. La méthode compte moins que la posture : accepter de chercher plutôt que de faire semblant de savoir.

Les méthodes présentées sont à adapter au contexte de chaque équipe et organisation. Pour les sujets sensibles (conflits non résolus, transformation lourde, sortie de crise), un accompagnement par un facilitateur expérimenté est nécessaire pour garantir un cadre adapté.

Sources

À propos de Yoan Lureault

Fondateur d'Insuffle et Insuffle Académie, facilitateur en intelligence collective et formateur, basé à Deauville. J'accompagne PME, ETI et fonction publique dans leurs transformations : diagnostics stratégiques, séminaires de direction, alignement d'équipes, évolution des pratiques managériales. Mon approche : cash, terrain, zéro bullshit — via mes démarches propriétaires (Futur Désiré®, Boussole 4C, ...).

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