Un mardi matin, la DRH annonce un hackathon interne pour faire émerger des idées. Quarante personnes, une journée, un jury, des pizzas. Le soir, l’énergie est là et les pitchs sont applaudis. Trois mois plus tard, aucun projet n’a avancé d’un pas, et les participants ne se réinscriront pas au prochain.
Ce scénario est inventé, mais il résume le risque principal du format. Un hackathon se gagne rarement le jour J. Il se joue avant, dans la formulation du défi, et après, dans ce que la direction fait des prototypes.
Ce guide s’adresse à ceux qui commandent un hackathon comme à ceux qui l’animent. Vous y trouverez une définition, les cas où le format est pertinent, ses quatre conditions de réussite et un déroulé en cinq temps. Suivent trois formats, les erreurs fréquentes et ce qui se joue le jour d’après.
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Hackathon : de quoi parle-t-on en entreprise ?
Choisir le bon format
Hackathon, atelier, sprint, séminaire : quatre formats, quatre usages
| Format | Durée type | Ce qu’on obtient | À choisir quand |
|---|---|---|---|
| Atelier d’idéation | Une demi-journée ou moins | Des idées triées | Le sujet est ouvert et l’enjeu modéré |
| Hackathon Objet de ce guide | De 4 heures à 2 jours | Des prototypes présentés à un jury | Un problème réel résiste, et des moyens attendent les meilleures pistes |
| Design sprint | 5 jours | Un prototype testé auprès d’utilisateurs | Une seule question produit doit être tranchée |
| Séminaire d’innovation | 1 à 3 jours | Des orientations et une feuille de route | La direction doit d’abord fixer ses priorités |
Le design sprint suit la méthode de GV, en cinq jours. Les autres durées sont des repères issus de notre pratique, à adapter au contexte.
Le mot vient du monde du logiciel. Selon le dictionnaire Merriam-Webster, il associe hack au suffixe -athon, tiré de marathon, et sa première attestation remonte à 1990. Il désigne un événement où des programmeurs collaborent intensivement, sur une courte période, pour créer un logiciel.
Le format a depuis quitté le seul monde du code. En 2016, Elizabeth Spaulding et Greg Caimi, de Bain & Company, montraient dans la Harvard Business Review que des entreprises hors tech l’employaient. Les sujets traités allaient de la culture d’entreprise à la chaîne logistique.
En entreprise, un hackathon est donc un temps court où des équipes mixtes transforment un problème réel en prototypes. Le prototype s’entend au sens large : une maquette, un parcours client dessiné, une procédure testée, un plan d’action d’une page. Ce qui le distingue d’un atelier, c’est le livrable tangible et la décision qui suit.
Quand organiser un hackathon, et quand s’abstenir
Avant de fixer une date
Les signaux qui disent oui, et ceux qui disent non
Le format est pertinent quand
- Un problème réel résiste aux solutions habituelles.
- Plusieurs métiers détiennent chacun une partie de la réponse.
- Un projet s’enlise et a besoin d’avancer par du concret.
- La direction est prête à financer ou tester les meilleures pistes.
Mieux vaut s’abstenir quand
- La solution est déjà choisie et l’on cherche une caution.
- Les équipes sortent d’une période d’épuisement.
- Personne en direction ne s’engage sur les suites.
- Le vrai sujet est un conflit ou une restructuration.
Un seul signal de la colonne de droite suffit à reconsidérer le projet, ou à choisir un autre format.
Avant de fixer une date, posez une question au commanditaire : que ferez-vous, concrètement, du projet gagnant ? Si la réponse reste floue, le hackathon produira de l’enthousiasme, puis de la déception. C’est le premier test à faire passer à tout projet de hackathon.
La taille du groupe compte aussi. Nous déconseillons le format en dessous d’une quinzaine de participants, car il n’y a alors pas assez d’équipes pour confronter des pistes différentes. Pour un petit groupe, un atelier d’idéation bien construit suffit souvent.
Enfin, un hackathon ne soigne pas un collectif abîmé. Quand le vrai sujet est un conflit ou une réorganisation, l’énergie demandée par le format se retourne contre l’équipe. Ces situations demandent un cadre différent, posé par un facilitateur expérimenté.
Les quatre conditions d’un hackathon utile
Les non-négociables
Si l’une manque, le reste ne compense pas
1
Un défi clair et engageant
Une question ouverte, ancrée dans un irritant réel, qui n’impose pas la solution.
Test : un participant peut-il le reformuler en une phrase ?
2
Des équipes pluridisciplinaires
Métiers, niveaux et sites mélangés, plutôt que des équipes déjà constituées.
Test : chaque équipe compte-t-elle au moins trois métiers ?
3
Un livrable attendu
Défini avant le jour J : maquette, parcours testé, pitch, plan d’une page.
Test : le jury sait-il ce qu’il va recevoir ?
4
Un engagement de suite
Un sponsor, des moyens et une date de décision annoncés dès l’ouverture.
Test : qui décide de la suite, et quand ?
Le défi est la pièce la plus sous-estimée. Une formulation comme « innover dans la relation client » ne guide personne. Une question comme « comment un nouveau client pourrait-il obtenir une réponse dès son premier appel ? » donne une direction sans imposer de réponse. Pour travailler cette formulation, notre liste de 100 questions puissantes offre de bons points de départ.
Côté équipes, la Direction interministérielle de la transformation publique recommande des tables de 5 à 7 personnes. Ce repère rejoint l’analyse de J. Richard Hackman, chercheur à Harvard, qui conseillait de garder les équipes sous la barre des dix membres. Mélangez les profils : le commercial, le technicien et la personne de l’accueil ne voient pas le même problème.
Le livrable et l’engagement de suite se décident avant le jour J, avec le commanditaire. Ils figurent ensuite dans le discours d’ouverture. Les participants savent ainsi pourquoi ils travaillent et ce qu’il adviendra de leur production.
Le jury mérite le même soin. Trois ou quatre personnes suffisent souvent, dont le sponsor et au moins un représentant du terrain concerné. Leurs critères sont annoncés à l’ouverture : l’impact attendu, la faisabilité avec les moyens disponibles, la clarté du prototype. Un jury qui invente ses critères après coup abîme la confiance des participants, même quand son choix final est bon.
Le déroulé d’un hackathon en cinq temps
Format journée, repères de durée
Du cadrage au pitch, ce que fait le facilitateur à chaque étape
- 1J-30 à J-15
Cadrer avec le commanditaire
Facilitateur : fait préciser le défi, le livrable, les critères du jury et les suites.
- 245 à 60 min
Ouvrir avec de l’énergie
Facilitateur : pose les règles, fait parler le sponsor, constitue les équipes.
- 31 à 2 h
Comprendre avant de résoudre
Facilitateur : empêche les équipes de sauter directement aux solutions.
- 42 à 4 h
Passer des idées au prototype
Facilitateur : fait trier, puis pousse à rendre une seule piste tangible.
- 5Environ 1 h
Présenter et décider
Facilitateur : tient les temps de pitch et la délibération sur critères connus.
Le cadrage commence deux à quatre semaines avant pour un hackathon interne. Pour un événement ouvert au public, la Direction interministérielle de la transformation publique compte au moins deux mois de préparation. C’est le moment où l’on écrit le défi, choisit le jury et fixe ce qui sera fait des projets.
L’ouverture donne le ton. Le commanditaire explique l’enjeu en quelques minutes, puis le facilitateur pose les règles et forme les équipes. L’exploration vient ensuite : les équipes interrogent des utilisateurs, des collègues de terrain ou des experts avant de chercher la moindre idée. Spaulding et Caimi recommandent d’ailleurs des entretiens directs avec les clients et le personnel de terrain.
Pour l’idéation, la méthode 635 de brainwriting fait produire beaucoup d’idées par écrit, chacun enrichissant la feuille de son voisin. Pour trier, le dot voting permet de choisir en quelques minutes. Pour rendre une idée tangible, la product box aide l’équipe à matérialiser les bénéfices de son idée.
Côté logistique, prévoyez :
- un espace par équipe, avec paperboard et matériel de prototypage ;
- une connexion internet, une sonorisation et un projecteur pour les pitchs ;
- des repas et des pauses sur place, pour ne pas casser le rythme ;
- un minuteur visible de tous pendant les pitchs.
Le hackathon fait partie de nos fiches méthodes pour facilitateurs, où vous trouverez d’autres formats à combiner.
Trois formats selon le temps disponible
Repères de durée
Plus le format est long, plus la suite doit être préparée
Express
4 à 6 h
Pour : un défi circonscrit, un service ou un comité de direction.
Livrable : une piste argumentée et ses premiers tests.
Journée
8 à 10 h
Pour : un premier hackathon interne, plusieurs équipes mixtes.
Livrable : des prototypes simples et des pitchs devant jury.
Marathon
24 à 48 h
Pour : des projets ambitieux, souvent numériques.
Livrable : des prototypes plus aboutis, une logistique lourde.
Le format court n’est pas une version au rabais. Pour un comité de direction qui veut tester une piste sur un irritant précis, une demi-journée bien cadrée suffit souvent. La journée complète reste le format que nous recommandons pour un premier hackathon interne, avec plusieurs équipes mixtes.
Le format long a ses références. L’article de Spaulding et Caimi cite le 50e hackathon de Facebook, organisé sur 24 heures avec environ deux cents ingénieurs. Il cite aussi une banque qui a réuni 18 participants en cinq équipes pendant trois jours.
Un hackathon peut aussi se tenir à distance, avec un tableau blanc partagé et des salles de travail virtuelles. Le format y perd en énergie ce qu’il gagne en accessibilité. Prévoyez alors des séquences plus courtes, des pauses plus fréquentes et un facilitateur par groupe de deux ou trois équipes.
Un point de vigilance sur les formats de nuit. Ils excluent de fait ceux qui ont des contraintes familiales, et ils font coïncider le moment de choisir avec celui de la plus grande fatigue. Pour un hackathon interne, deux journées consécutives valent souvent mieux qu’une nuit blanche.
Cinq erreurs qui transforment un hackathon en théâtre
Erreurs et parades
Ce qui se voit trop tard, et ce qui l’évite
- 1
Un défi trop vague
ParadeLe tester sur deux collègues avant le jour J : s’ils le comprennent différemment, il faut le réécrire.
- 2
Des équipes d’un seul métier
ParadeComposer les équipes à l’avance plutôt que laisser chacun rejoindre ses habitués.
- 3
Un jury qui découvre les critères
ParadeAnnoncer les critères à l’ouverture, et s’y tenir pendant la délibération.
- 4
Une compétition qui écrase la coopération
ParadeInterdire toute pression managériale et valoriser aussi les idées non retenues.
- 5
Aucune suite organisée
ParadeNommer un sponsor par projet retenu et une date de décision avant de clore la journée.
Ces erreurs ont un point commun : elles ne se voient pas pendant l’événement. La journée peut sembler réussie, avec de l’énergie et de beaux pitchs. Le coût apparaît plus tard, quand les participants constatent que rien ne bouge.
La quatrième erreur mérite une attention particulière. Un hackathon met des équipes en compétition, mais son but reste collectif. Quand un manager presse son équipe de gagner, les participants risquent de cesser d’explorer pour défendre la piste la plus sûre. Le facilitateur doit rappeler que l’objectif est de bien poser un problème, pas seulement de remporter un prix.
La cinquième erreur est la plus coûteuse. Un hackathon sans suite apprend aux salariés que leurs idées servent de décor. La fois suivante, les plus engagés risquent de ne pas revenir.
Le jour d’après : là où se décide la valeur d’un hackathon
Ce que mesure la recherche
La plupart des projets s’arrêtent à la fin de l’événement
35 %
des projets connaissent au moins une contribution de code après l’événement.
3,6 %
sont encore actifs cinq mois plus tard.
Nolte, Chounta et Herbsleb, 2020 : projets de 73 hackathons recensés sur Devpost en 2018.
Le plan de suite que nous recommandons
- J+1Annoncer aux participants les projets retenus, leur sponsor et la prochaine échéance.
- J+30Faire tester chaque prototype retenu sur le terrain, même à petite échelle.
- J+90Décider : poursuivre avec des moyens dédiés, ou arrêter et expliquer pourquoi.
Ces chiffres portent sur des hackathons logiciels recensés sur Devpost, pas sur des hackathons internes d’entreprise. Ils donnent pourtant un ordre de grandeur utile : sans organisation délibérée, l’élan du jour J retombe très vite. L’étude identifie aussi ce qui favorise la continuité, en particulier la diversité des compétences dans l’équipe et l’intention d’étendre le projet au-delà de l’événement.
Les recommandations convergent. La Direction interministérielle de la transformation publique conseille de définir à l’avance le devenir des projets : mode de sélection et accompagnement prévu. Spaulding et Caimi recommandent d’investir dans les meilleures idées et de poursuivre les tests après l’événement.
Mesurez enfin ce que le hackathon a produit, au-delà des prototypes. Combien de projets ont été testés à trente jours ? Combien de participants ont travaillé avec un service qu’ils connaissaient mal ? Combien de décisions ont été prises à quatre-vingt-dix jours ? Ces trois indicateurs disent plus que le nombre d’idées produites le jour J.
Un hackathon isolé ne crée pas non plus une culture d’innovation. Il peut en être une étape s’il s’inscrit dans une démarche plus large. Nous la décrivons dans notre article sur la culture d’innovation interne.
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Questions fréquentes sur le hackathon en entreprise
Combien de temps dure un hackathon ?
De quelques heures à deux jours selon le défi. Un format express de 4 à 6 heures convient à un sujet circonscrit. Une journée de 8 à 10 heures permet de faire travailler plusieurs équipes jusqu’au prototype. Les formats de 24 à 48 heures servent surtout aux projets numériques ambitieux. Dans tous les cas, ajoutez deux à quatre semaines de cadrage avant l’événement.
Combien de participants faut-il prévoir ?
Nous déconseillons le format en dessous d’une quinzaine de personnes, faute d’équipes assez nombreuses pour confronter des pistes. Pour la taille des équipes, la Direction interministérielle de la transformation publique recommande des tables de 5 à 7 personnes. Au-delà de quelques dizaines de participants, prévoyez plusieurs facilitateurs et un temps de pitch bien tenu.
Faut-il des développeurs pour organiser un hackathon ?
Non. Le format est né dans le monde du logiciel, mais il s’applique à des sujets non techniques. Le prototype peut être un parcours client dessiné, une nouvelle procédure testée ou un plan d’action d’une page. L’article de Spaulding et Caimi dans la Harvard Business Review décrit des hackathons menés sur la culture d’entreprise ou la chaîne logistique.
Hackathon ou design sprint : que choisir ?
Le design sprint, formalisé par GV, mobilise une équipe pendant cinq jours sur une question précise, avec un test auprès d’utilisateurs le dernier jour. Le hackathon peut réunir plus de monde, sur un temps plus court, et produit plusieurs pistes. Choisissez le sprint pour trancher une question produit précise, le hackathon pour ouvrir le champ et mobiliser largement.
Quand un hackathon n’est-il pas la bonne réponse ?
Quand la solution est déjà décidée, quand les équipes sont épuisées ou quand personne en direction ne s’engage sur les suites. Il ne règle pas non plus un conflit ou une réorganisation, qui demandent un accompagnement dédié. Dans ces cas, un atelier facilité ou un travail avec l’équipe de direction sera plus utile qu’un événement très visible.
Faut-il un facilitateur externe ?
Pas forcément. Un facilitateur interne formé peut animer un hackathon de service. Un regard extérieur devient utile pour un premier événement, pour un sujet sensible ou quand la direction est partie prenante du défi. Le facilitateur ne choisit pas les projets gagnants, il protège le cadre qui permet au collectif de produire et de décider.
Un hackathon se prépare comme une décision, pas comme une fête
Un hackathon utile tient en trois moments. Avant, un défi clair et un engagement de suite écrit. Pendant, des équipes mixtes qui comprennent avant de résoudre. Après, des décisions annoncées à dates fixes. Le jour J n’est que la partie visible.
Si vous ne retenez qu’une chose, retenez la question à poser au commanditaire : que ferez-vous du projet gagnant ? Sa réponse vous dira si le format est le bon.
Avant d’envoyer les invitations
Trois vérifications qui évitent le théâtre
- Le défi tient en une question que tout le monde comprend de la même façon.
- Les critères du jury et le livrable attendu sont écrits.
- Un sponsor s’est engagé sur une date de décision après l’événement.
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Me former à la facilitationSources
- Merriam-Webster, définition de « hackathon ». https://www.merriam-webster.com/dictionary/hackathon
- Merriam-Webster, définition du suffixe « -athon ». https://www.merriam-webster.com/dictionary/-athon
- Spaulding E., Caimi G., « Hackathons Aren’t Just for Coders », Harvard Business Review, mars 2016, repris par Bain & Company. https://www.bain.com/insights/hackathons-arent-just-for-coders-hbr/
- Direction interministérielle de la transformation publique, « Fiche organiser un hackathon ». https://www.modernisation.gouv.fr/files/2025-05/Fiche_organiser_un_hackathon.pdf
- GV, « The Design Sprint ». https://www.gv.com/sprint/
- Nolte A., Chounta I.-A., Herbsleb J. D., « What Happens to All These Hackathon Projects? Identifying Factors to Promote Hackathon Project Continuation », Proceedings of the ACM on Human-Computer Interaction, vol. 4, CSCW2, 2020. https://par.nsf.gov/servlets/purl/10284449
- Coutu D., « Why Teams Don’t Work », entretien avec J. Richard Hackman, Harvard Business Review, mai 2009. https://hbr.org/2009/05/why-teams-dont-work