Lundi matin. Réunion hebdomadaire.
Huit personnes autour de la table. Le directeur demande où on en est. Silence. Quelqu’un dit “ça avance”. Personne ne rebondit. Trente minutes plus tard, rien n’a été décidé.
Vous connaissez cette scène. Peut-être que vous la vivez.
L’équipe n’est pas incompétente. Individuellement, chacun sait faire son travail. Mais ensemble, quelque chose coince. L’énergie se dilue. Les décisions traînent. Les non-dits s’accumulent.
Vous sentez que ça ne fonctionne pas. Mais vous ne savez pas où regarder.
Pourquoi les diagnostics classiques passent à côté
Quand une équipe coince, le réflexe classique c’est de chercher le coupable. Le collaborateur difficile. Le projet mal cadré. Le contexte compliqué.
Ou alors on dégaine les outils : enquête de satisfaction, audit RH, test de personnalité.
Ces approches ont deux problèmes.
Premier problème : elles individualisent ce qui est systémique. Une équipe n’est pas une collection d’individus. C’est un système. Et dans un système, les comportements émergent des interactions, pas des personnes.
Deuxième problème : elles mesurent ce qui est mesurable, pas ce qui compte. L’engagement déclaré. La satisfaction perçue. Les compétences techniques. Mais personne ne vous dit si les gens se font confiance. Personne ne vous dit si le cap est clair. Personne ne vous dit si les décisions sont vraiment prises.
Résultat : vous avez des données, mais pas de compréhension.

Ce qu’un organisme sans cerveau peut vous apprendre
Il existe un organisme vieux de 500 millions d’années qui résout des problèmes complexes sans avoir de cerveau. Pas de chef. Pas de hiérarchie. Pas de plan stratégique.
C’est le blob. Physarum polycephalum, pour les scientifiques.
Une amibe unicellulaire qui, placée dans un labyrinthe, trouve le chemin le plus court en quelques heures. Qui, confrontée au réseau ferroviaire de Tokyo, reproduit spontanément l’organisation optimale des lignes.
Comment fait-il ?
Il explore toutes les directions en même temps. Il renforce ce qui marche. Il abandonne ce qui ne mène nulle part. L’information circule instantanément dans tout son réseau. Chaque partie du système est en lien avec toutes les autres.
Le blob n’a pas besoin d’un chef pour décider. L’intelligence émerge du système lui-même.
Une équipe qui fonctionne, c’est pareil. Pas un leader qui tire tout le monde. Un système où chaque dimension est suffisamment développée pour que l’ensemble avance.
Les 9 dimensions d’une équipe qui fonctionne
En observant des dizaines d’équipes, j’ai identifié 9 dimensions qui déterminent si un collectif avance ou tourne en rond.

Ces dimensions ne sont pas des compétences individuelles. Ce sont des propriétés du système. Elles émergent de la façon dont les gens travaillent ensemble.
Famille 1 : Le SENS
Le sens, c’est la réponse à la question “pourquoi sommes-nous ensemble ?”
1. L’Intention
Pourquoi cette équipe existe-t-elle ? Qu’est-ce qu’elle apporte que personne d’autre n’apporte ?
Quand l’intention est floue, les gens font leur travail sans savoir pourquoi. La routine remplace la conviction. Chacun connaît ses tâches, mais personne ne voit le tableau d’ensemble.
Signe d’alerte : les nouveaux arrivants ne comprennent pas “ce qu’on fait vraiment ici”.
2. La Direction
Où va-t-on ensemble ? Pas les objectifs SMART de la fiche de poste. La direction de marche commune.
Quand la direction est absente, les priorités changent sans arrêt. Des projets sont lancés puis abandonnés. Chacun optimise son périmètre sans vision d’ensemble.
Signe d’alerte : impression de tourner en rond, de refaire toujours les mêmes choses.
3. Le Lien
Peut-on dire ce qu’on pense sans risque ? Les désaccords sont-ils exprimés ou enterrés ?
Quand le lien est fragile, les vraies conversations ont lieu à la machine à café. Les non-dits s’empilent. Les sourires de façade masquent des tensions réelles.
Signe d’alerte : personne n’ose dire quand quelque chose ne va pas.
Famille 2 : La STRUCTURE
La structure, c’est la réponse à “avec quoi travaillons-nous ?”
4. Le Cadre
Quelles sont les règles du jeu ? Pas les règles imposées. Les règles acceptées.
Quand le cadre est flou, il y a des règles implicites que personne n’a validées. Des zones grises où chacun fait comme il peut. Des frustrations nées de malentendus.
Signe d’alerte : des règles affichées que personne ne respecte vraiment.
5. Les Rôles
Qui contribue à quoi ? Pas le titre sur la carte de visite. La contribution réelle.
Quand les rôles sont confus, des gens marchent sur les plates-bandes des autres. Des tâches restent orphelines. Des doublons que tout le monde voit mais que personne ne règle.
Signe d’alerte : les fiches de poste sont déconnectées de la réalité quotidienne.
6. Les Ressources
A-t-on ce qu’il faut pour faire ce qu’on nous demande ?
Quand les ressources manquent, des projets sont lancés sans moyens suffisants. Des gens épuisés qu’on charge encore. Un décalage entre ambitions affichées et moyens réels.
Signe d’alerte : des outils inadaptés que personne n’ose remettre en question.
Famille 3 : La DYNAMIQUE
La dynamique, c’est la réponse à “comment avançons-nous ensemble ?”
7. Le Rythme
Quels rituels ? Quelle cadence ? Est-ce que le rythme fait avancer ou épuise ?
Quand le rythme est mauvais, il y a trop de réunions et pas assez de décisions. Ou l’inverse : pas assez de moments collectifs, chacun en silo.
Signe d’alerte : des rituels vides de sens qu’on maintient par habitude.
8. Les Décisions
Comment tranche-t-on ? Et surtout : comment gère-t-on les désaccords ?
Quand les décisions patinent, des sujets sont rediscutés sans arrêt sans jamais trancher. Ou l’inverse : un chef qui décide seul, des équipes qui exécutent sans comprendre.
Signe d’alerte : des conflits qu’on laisse pourrir au lieu de les traiter.
9. L’Apprentissage
Comment progresse-t-on ensemble ? Comment intègre-t-on ce qu’on découvre ?
Quand l’apprentissage est absent, on refait les mêmes erreurs régulièrement. On ne débriefe jamais. Quand quelqu’un part, tout son savoir part avec lui.
Signe d’alerte : personne ne prend le temps de se poser pour regarder ce qu’on a appris.
Deux dimensions comptent plus que les autres
Parmi ces 9 dimensions, deux sont au cœur du système : l’Intention et le Lien.
L’Intention, c’est le “pourquoi” du collectif. Sans intention claire, tout le reste tourne à vide. On peut avoir des rôles bien définis, des processus efficaces, des ressources abondantes. Si les gens ne savent pas pourquoi ils sont ensemble, l’énergie se dissipe.
Le Lien, c’est la sécurité psychologique. La capacité à dire ce qu’on pense sans risque. Sans lien fort, les problèmes restent cachés. Les bonnes idées ne remontent pas. Les décisions sont prises avec des informations incomplètes.
Une équipe peut survivre avec une dimension faible. Mais si l’Intention et le Lien sont tous les deux fragiles, le système entier vacille.
Comment utiliser ces 9 dimensions
Le diagnostic d’équipe n’est pas un audit. Ce n’est pas un outil pour juger. C’est une photo qui permet de voir clair.
Voici comment procéder.
Étape 1 : Évaluer individuellement
Chaque membre de l’équipe évalue les 9 dimensions sur une échelle de 1 à 10. Seul. Sans discussion. Première impression.
La question à se poser pour chaque dimension : “Sur cette dimension, comment fonctionne notre équipe ?”
Étape 2 : Mettre en commun
Tour de table. Chacun partage ses notes, dimension par dimension.
Ne cherchez pas le consensus. Regardez les écarts. Où y a-t-il convergence ? Où y a-t-il divergence ?
Les divergences sont souvent plus révélatrices que les moyennes. Si l’un donne 3 à une dimension et l’autre donne 8, c’est qu’ils ne vivent pas la même réalité. C’est une information précieuse.
Étape 3 : Identifier les priorités
Vous ne pouvez pas tout améliorer en même temps. Choisissez 2-3 dimensions sur lesquelles concentrer l’énergie.
Comment choisir ? Demandez-vous : quelle dimension, si elle s’améliorait, aurait le plus d’impact sur les autres ?
Souvent, c’est l’Intention ou le Lien. Parce qu’ils sont au cœur du système.
Étape 4 : Passer à l’action
Un diagnostic n’est pas une fin. C’est un point de départ.
Définissez une action concrète pour les deux prochaines semaines. Pas un plan sur trois mois. Une action. Testable. Observable.
Puis refaites le diagnostic dans un mois. Voyez ce qui a bougé.
Ce que ce diagnostic n’est pas
Ce diagnostic n’est pas un outil de jugement. Personne n’est coupable d’une dimension faible. Le problème est dans le système, pas dans les individus.
Ce diagnostic n’est pas un test de personnalité. Il ne dit rien sur qui vous êtes. Il dit comment le collectif fonctionne.
Ce diagnostic n’est pas une solution magique. Il éclaire. Il ne résout pas. C’est à l’équipe de décider ce qu’elle fait de ce qu’elle voit.
Ce diagnostic n’est pas un remplacement du travail stratégique. Il montre si l’équipe peut naviguer ensemble. Il ne dit pas où aller. Pour ça, il faut un cap.
Un Blobbie n’est jamais parfait
Quand vous visualisez les résultats, vous obtenez une forme à 9 branches. Certaines sont grandes (notes hautes), d’autres sont petites (notes basses).
La forme n’est jamais un cercle parfait. Et ce n’est pas un problème.
Une équipe projet aura peut-être une Direction très forte et un Apprentissage faible. C’est normal : elle est focalisée sur la livraison, pas sur la capitalisation.
Une équipe support aura peut-être des Ressources limitées mais un Lien très fort. C’est sa façon de compenser.
Le diagnostic ne dit pas “vous devriez avoir 10 partout”. Il dit “voici comment vous fonctionnez”. À vous de décider si c’est adapté à ce que vous voulez accomplir.
Pourquoi s’appeler Blobbie ?
J’ai nommé cet outil Blobbie en référence au blob, cet organisme sans cerveau capable d’intelligence collective.
Le blob nous rappelle quelque chose d’essentiel : une équipe n’a pas besoin d’un chef omniscient pour fonctionner. Elle a besoin que chaque partie du système soit connectée aux autres. Que l’information circule. Que les ajustements se fassent en continu.
Une équipe saine, comme un blob sain, explore, renforce ce qui marche, abandonne ce qui ne mène nulle part. Elle apprend. Elle s’adapte.
Le diagnostic Blobbie, c’est une façon de voir si votre équipe fonctionne comme un blob — ou comme une machine grippée.
Et maintenant ?
Si vous êtes arrivé jusqu’ici, c’est que quelque chose résonne.
Peut-être que vous reconnaissez certaines de ces dimensions faibles dans votre équipe. Peut-être que vous sentez que les outils classiques ne suffisent plus.
J’ai créé un kit complet pour faire ce diagnostic avec votre équipe. Le visuel Blobbie. Le guide d’animation. Les fiches pour chaque dimension. Le template d’évaluation. La fiche de synthèse.
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