Votre CODIR dure deux heures. Vous en ressortez vidé. Et rien n’a vraiment été décidé.
Ça vous parle ?
Vous n’êtes pas seul. Trois équipes de direction sur quatre sous-performent. C’est un fait documenté, pas une impression. Le symptôme est toujours le même : beaucoup de paroles, peu de décisions. Beaucoup de sujets abordés, peu de clarté en sortie. Et cette sensation diffuse que tout le monde protège son pré carré au lieu de construire ensemble.
Le problème n’est pas le manque de compétences autour de la table. Vos directeurs sont brillants dans leur domaine. Le problème, c’est que personne ne pose les vraies questions. Celles qui dérangent. Celles qui obligent à trancher. Celles qui font avancer.
Un CODIR « parfait », ça n’existe pas. Mais un CODIR qui décide, qui aligne, qui met en mouvement ? Ça, c’est possible. Et ça commence par cinq questions. Cinq questions à vous poser avant, pendant et après chaque réunion de direction.
Question 1 : « Qu’est-ce qu’on va décider aujourd’hui ? »
C’est la question la plus simple. Et pourtant, la plus souvent oubliée.
Combien de CODIR commencent sans ordre du jour clair ? Ou pire, avec un ordre du jour qui ressemble à une liste de courses : « Point RH », « Point Finance », « Point Commercial », « Divers ». Ça ne veut rien dire. Ce sont des thèmes, pas des décisions à prendre.
Le piège du « tour de table informatif »
Beaucoup de CODIR fonctionnent comme des revues d’activité. Chacun vient raconter ce qui s’est passé dans son périmètre. Les autres écoutent poliment. Parfois, ils posent une question. Puis on passe au suivant.
Résultat : deux heures de monologues successifs. Zéro décision collective. Zéro valeur ajoutée par rapport à un simple email de synthèse.
Le CODIR n’est pas une instance d’information. C’est une instance de décision. Si vous ne décidez rien, vous perdez votre temps. Et celui de votre équipe.
Comment reformuler
Avant chaque CODIR, posez-vous cette question : « Quelles sont les 2 ou 3 décisions que nous devons absolument prendre aujourd’hui ? »
Pas les sujets à aborder. Les décisions à prendre.
Formulez-les clairement. Par exemple :
- « On valide ou pas le recrutement du directeur supply chain ? »
- « On maintient ou on décale le lancement du projet X ? »
- « On alloue 50K€ supplémentaires au marketing digital ou pas ? »
Si vous ne pouvez pas formuler la décision en une phrase, c’est que le sujet n’est pas mûr. Renvoyez-le en préparation.
Le test de la décision
Voici un indicateur simple : à la fin de votre CODIR, pouvez-vous lister les décisions prises ? Pas les sujets discutés. Les décisions. Avec un propriétaire. Et une échéance.
Si vous ne pouvez pas, votre CODIR ne décide pas vraiment. Il discute. Ce n’est pas la même chose.
Question 2 : « Est-ce que tout le monde regarde dans la même direction ? »
L’alignement, c’est le mot que tout le monde utilise. Mais personne ne le vérifie vraiment.
Faites le test. Demandez à chaque membre de votre CODIR d’écrire sur un papier les trois priorités stratégiques de l’entreprise pour les six prochains mois. Sans se consulter. Puis comparez.
Je fais régulièrement cet exercice en séminaire. Le résultat est toujours le même : stupéfaction. Sur cinq directeurs, vous obtenez souvent cinq listes différentes. Parfois avec zéro point commun.
L’alignement perçu vs l’alignement réel
Les études montrent que l’alignement stratégique réel est 2 à 3 fois inférieur à l’alignement perçu. Autrement dit : vous pensez être alignés. Vous ne l’êtes pas.
Et ce désalignement a un coût colossal. Chaque direction tire dans son sens. Les arbitrages se font en coulisses. Les équipes reçoivent des signaux contradictoires. L’énergie se disperse.
Le Futur Désiré® comme boussole
Chez Insuffle, on utilise le concept de Futur Désiré® pour créer cet alignement. Ce n’est pas une vision corporate ronflante placardée dans le hall d’entrée. C’est une phrase claire qui répond à une question simple : « Dans 18 mois, qu’est-ce qu’on veut pouvoir dire qu’on a accompli ensemble ? »
Cette phrase devient la boussole. Chaque décision en CODIR peut être passée au filtre : « Est-ce que ça nous rapproche du Futur Désiré ? »
Si oui, on avance. Si non, on laisse tomber. C’est radical. C’est efficace.
Vérifier l’alignement à chaque CODIR
Avant de clore votre réunion, posez cette question : « Est-ce que tout le monde est aligné sur ce qu’on vient de décider ? Pas d’accord — aligné. Ce n’est pas pareil. »
Être d’accord, c’est penser la même chose. Être aligné, c’est s’engager à avancer dans la même direction, même si on aurait préféré une autre option.
Un directeur peut ne pas être d’accord avec une décision. Mais s’il est aligné, il la portera auprès de ses équipes sans la saboter. S’il n’est pas aligné, les problèmes commencent.
Pour approfondir ce sujet, lisez notre article sur l’alignement du CODIR autour d’une vision stratégique.
Question 3 : « Qu’est-ce qu’on ne se dit pas ? »
C’est la question qui fait mal. Et c’est justement pour ça qu’il faut la poser.
Un CODIR sous tension n’est pas un CODIR en désaccord. C’est un CODIR qui n’ose plus se dire les choses. Les vrais sujets sont évités. Les conflits sont gérés en coulisses. Les non-dits s’accumulent.
Les 7 tueurs de CODIR
J’ai identifié sept comportements qui tuent la dynamique d’un comité de direction :
- L’absence d’ordre du jour clair — On improvise, on subit.
- La découverte des sujets en temps réel — Personne n’a préparé, tout le monde réagit à chaud.
- Le dirigeant qui monopolise la parole — Les autres se taisent ou acquiescent.
- L’absence de vraies décisions — On « valide l’orientation » au lieu de trancher.
- Les mauvaises priorités — 30 minutes sur le fournisseur de café, 10 minutes sur un pivot à 200K€.
- Les conflits évités — On contourne, puis on règle en coulisses (ou pas).
- Le vide inter-réunions — Rien ne se passe entre deux CODIR.
Combien de ces tueurs reconnaissez-vous dans votre propre comité ?
Créer un espace de parole vraie
Pour que les non-dits émergent, il faut créer un espace de sécurité psychologique. Ça ne veut pas dire être gentil. Ça veut dire pouvoir dire les choses sans craindre les représailles.
Une technique simple : commencez le CODIR par un « météo » de 2 minutes. Chacun dit comment il arrive, ce qui le préoccupe, ce qui l’enthousiasme. Sans commentaire des autres. Juste écouter.
Ça paraît anodin. Mais ça change tout. Vous découvrez que votre directeur commercial est sous pression à cause d’un client majeur. Que votre DRH dort mal depuis une semaine à cause d’un contentieux. Que votre directeur technique est frustré par un projet qui patine.
Ces informations sont précieuses. Elles expliquent les tensions. Elles permettent d’ajuster.
Nommer l’éléphant dans la pièce
Quand un sujet est systématiquement évité, nommez-le. Littéralement.
« Je remarque qu’on n’a jamais parlé de X depuis trois mois. Pourtant, on sait tous que c’est un problème. Qu’est-ce qui nous empêche d’en parler ? »
Cette question demande du courage. Mais elle libère une énergie considérable. Les équipes le sentent quand le CODIR évite les vrais sujets. Et ça détruit leur confiance.
Pour aller plus loin sur ce sujet, découvrez nos 5 astuces pour gérer les tensions au sein du CODIR.
Question 4 : « Qui fait quoi, pour quand ? »
Une décision sans propriétaire n’est pas une décision. C’est un vœu pieux.
Vous l’avez tous vécu. En fin de CODIR, on a « décidé » plein de choses. Trois semaines plus tard, rien n’a bougé. Pourquoi ? Parce que personne n’était responsable. Ou parce que l’échéance n’était pas claire. Ou les deux.
Le syndrome du « on »
Méfiez-vous du pronom « on ». « On va lancer le projet. » « On devrait revoir le process. » « On fera le point le mois prochain. »
« On », c’est personne. C’est la dilution de responsabilité. C’est la garantie que rien ne se passera.
Remplacez systématiquement « on » par un prénom. « Marc lance le projet. Julie revoit le process. Sophie fait le point d’ici le 15. »
C’est inconfortable. C’est précisément pour ça que ça marche.
La règle du QQOQCP simplifié
Pour chaque décision, validez trois éléments :
- Qui est responsable ? (Un nom, pas une direction)
- Quoi exactement ? (Le livrable attendu, pas l’intention)
- Quand ? (Une date, pas « bientôt » ou « dès que possible »)
Si vous ne pouvez pas répondre à ces trois questions, la décision n’est pas complète.
Le suivi : là où tout se joue
La plupart des CODIR ont un problème de suivi, pas de décision. On décide. Puis on oublie. Puis on redécide la même chose trois mois plus tard.
Instaurez un rituel simple : les 10 premières minutes de chaque CODIR sont consacrées au suivi des décisions du CODIR précédent. Pas de nouvelle discussion, juste un check : c’est fait ou pas fait ? Si pas fait, pourquoi ?
Ce rituel crée une discipline collective. Il rend visible l’écart entre ce qu’on dit et ce qu’on fait. Et il responsabilise.
L’implémentation d’intention
Il existe un concept puissant en psychologie : l’implémentation d’intention. Au lieu de dire « je vais faire X », vous dites « quand [situation], je ferai [action] ».
Appliquez ça à vos décisions de CODIR. Au lieu de « on va améliorer la communication transverse », dites « à chaque lancement de projet, le chef de projet enverra un mail aux trois directions concernées dans les 48h ».
C’est concret. C’est vérifiable. C’est faisable.
Question 5 : « À quoi sert notre CODIR, au fond ? »
C’est la question méta. Celle qu’on ne pose jamais parce qu’elle semble évidente. Et pourtant.
Demandez à chaque membre de votre CODIR : « À quoi sert notre comité de direction ? » Vous obtiendrez des réponses très différentes.
Certains diront : « À s’informer mutuellement. » D’autres : « À décider les orientations stratégiques. » D’autres encore : « À résoudre les problèmes transverses. » Ou : « À créer de la cohésion dans l’équipe de direction. »
Toutes ces réponses sont légitimes. Mais si vous n’êtes pas d’accord sur la raison d’être de votre CODIR, comment voulez-vous qu’il fonctionne ?
Les trois fonctions d’un CODIR
Un comité de direction remplit trois fonctions distinctes :
- La fonction stratégique — Définir le cap, arbitrer les priorités, allouer les ressources.
- La fonction de coordination — Gérer les interfaces entre directions, résoudre les conflits transverses.
- La fonction de cohésion — Créer un collectif soudé, aligné, capable de porter les décisions.
La plupart des CODIR font mal les trois. Parce qu’ils essaient de tout faire en même temps, sans distinguer les registres.
Séparer les espaces
Une solution radicale : séparer physiquement ces trois fonctions.
- Le CODIR stratégique (mensuel, 3h) — Uniquement les décisions structurantes. Préparation obligatoire. Pas de point d’info.
- Le CODIR opérationnel (hebdomadaire, 1h) — Coordination, alertes, arbitrages rapides. Format court et efficace.
- Le séminaire de cohésion (trimestriel, 1-2 jours) — Temps long pour travailler la dynamique d’équipe, les non-dits, le Futur Désiré.
Cette séparation clarifie les attentes. Chacun sait pourquoi il est là et ce qu’on attend de lui.
La Boussole 4C pour cadrer
Chez Insuffle, on utilise la Boussole 4C pour structurer le travail d’un CODIR :
- Cap — Où allons-nous ? (Le Futur Désiré)
- Contraintes — Quelles sont nos limites non négociables ?
- Capacités — Sur quels leviers pouvons-nous agir ?
- Cadence — À quel rythme avançons-nous ?
Ces quatre dimensions permettent de cadrer les discussions. Quand un sujet dérive, on peut le rattacher à l’une des quatre dimensions. Ou constater qu’il n’a rien à faire en CODIR.
Pour approfondir l’organisation d’un CODIR, consultez notre guide complet : Comment organiser un CODIR efficace.
Le CODIR comme miroir de l’organisation
Votre CODIR est le miroir de votre entreprise. Si votre CODIR fonctionne en silos, votre entreprise fonctionne en silos. Si votre CODIR évite les conflits, votre entreprise évite les conflits. Si votre CODIR ne décide pas, votre entreprise ne décide pas.
Transformer son CODIR, c’est transformer son organisation. Ce n’est pas un exercice cosmétique. C’est un levier stratégique majeur.
Les signaux d’alerte
Voici 10 signaux qui indiquent que votre CODIR a besoin d’une refonte :
- Les réunions débordent systématiquement
- Les mêmes sujets reviennent de mois en mois
- Les décisions sont renégociées après la réunion
- Un ou deux membres dominent les échanges
- Les silences sont pesants
- Les vrais arbitrages se font en bilatéral
- Les équipes ne savent pas ce qui a été décidé
- L’énergie est basse, la résignation palpable
- Les absences se multiplient
- Vous redoutez d’y aller
Si vous cochez plus de trois signaux, il est temps d’agir.
Par où commencer ?
Ne cherchez pas à tout changer d’un coup. Commencez par une seule question. Celle qui vous semble la plus urgente.
Si vos CODIR ne décident rien → Question 1 Si vous sentez un désalignement → Question 2 Si les tensions sont palpables → Question 3 Si rien ne se passe entre les réunions → Question 4 Si vous avez perdu le sens → Question 5
Travaillez cette question pendant un mois. Observez les changements. Puis passez à la suivante.
L’apport d’un regard externe
Parfois, le système est trop enkysté pour se transformer de l’intérieur. Les habitudes sont ancrées. Les non-dits trop lourds. Les jeux de pouvoir trop installés.
Dans ces cas, un regard externe peut débloquer la situation. Un facilitateur qui n’a pas d’enjeu politique, qui peut poser les questions que personne n’ose poser, qui crée un espace neutre pour que la parole circule.
Ce n’est pas un aveu de faiblesse. C’est une décision stratégique. Les meilleures équipes de direction savent quand elles ont besoin d’aide.
Ce que vous pouvez faire dès lundi
- Reformulez votre prochain ordre du jour en termes de décisions à prendre, pas de sujets à aborder.
- Faites le test d’alignement : demandez à chaque membre d’écrire les 3 priorités stratégiques. Comparez. Discutez des écarts.
- Instaurez le rituel du suivi : 10 minutes en début de chaque CODIR pour vérifier ce qui a été fait depuis la dernière fois.
- Posez une question interdite : celle que tout le monde pense mais que personne n’ose formuler.
- Clarifiez la raison d’être : demandez à chacun pourquoi il vient en CODIR. Ce que ça lui apporte. Ce qu’il y apporte.
Ces cinq actions ne demandent ni budget, ni consultant, ni réorganisation. Juste du courage et de la constance.
Le CODIR parfait n’existe pas. Mais un CODIR qui avance, qui décide, qui aligne — ça, c’est à votre portée.
La vraie question : vous commencez quand ?
FAQ – CODIR efficace : vos questions
Quelle est la durée idéale d’un CODIR ?
Il n’y a pas de durée idéale universelle. Mais une règle simple : si votre CODIR dépasse 2h, vous essayez probablement d’en faire trop. Mieux vaut un CODIR court et focalisé sur 2-3 décisions qu’un marathon qui épuise tout le monde. Certaines entreprises fonctionnent très bien avec des CODIR de 45 minutes hebdomadaires, d’autres avec des sessions mensuelles de 3h. L’important, c’est la clarté du format et le respect du temps.
Comment gérer un membre du CODIR qui monopolise la parole ?
C’est un problème de cadre, pas de personnalité. Instaurez des règles claires : temps de parole limité par intervention, tour de table systématique avant les décisions, possibilité pour le facilitateur (ou le dirigeant) de couper. Si le problème persiste, abordez-le en face-à-face, pas en public. Souvent, la personne n’a pas conscience de son comportement. Un feedback direct et bienveillant peut suffire.
Faut-il un compte-rendu de CODIR ?
Oui, mais pas un roman. Le compte-rendu doit tenir sur une page maximum et contenir uniquement : les décisions prises (qui, quoi, quand), les points reportés, les alertes à partager. Évitez les comptes-rendus exhaustifs que personne ne lit. La règle : si vous ne pouvez pas l’envoyer dans les 24h, c’est qu’il est trop long.
Comment impliquer les membres qui restent silencieux ?
Le silence en CODIR a souvent deux causes : soit la personne ne se sent pas légitime, soit elle a renoncé à s’exprimer parce qu’elle n’est jamais écoutée. Dans les deux cas, la solution passe par le cadre. Instaurez des tours de table systématiques. Posez des questions directes : « Sophie, qu’est-ce que tu en penses ? » Créez des espaces de réflexion individuelle avant les discussions collectives (écriture silencieuse de 2 minutes). Les introvertis ont souvent les meilleures idées — encore faut-il leur donner l’espace pour les exprimer.
Peut-on transformer un CODIR dysfonctionnel sans aide externe ?
C’est possible, mais difficile. Le CODIR est un système avec ses équilibres, ses habitudes, ses non-dits. Quand vous êtes dans le système, vous avez du mal à voir ce qui ne fonctionne pas. Et même si vous le voyez, vous êtes pris dans les jeux relationnels. Un regard externe — facilitateur, coach, pair d’une autre entreprise — apporte une neutralité précieuse. Il peut poser les questions que personne n’ose poser. Et il n’a rien à perdre.














