L’art de poser des questions : le guide ultime pour transformer vos conversations

Yoan Lureault
17 janvier 2026

La plupart des gens pensent que le pouvoir est dans les réponses.

Ils se trompent.

Le vrai pouvoir est dans les questions.

Une bonne question peut débloquer une situation qui stagne depuis des mois. Elle peut aider quelqu’un à voir ce qu’il ne voyait pas. Elle peut transformer une réunion stérile en conversation productive. Elle peut changer une vie.

Poser des questions, ça s’apprend. Ce n’est pas un don. C’est une compétence.

Et comme toute compétence, elle a ses principes, ses techniques, ses pièges à éviter.

Ce guide est là pour vous transmettre tout ce que 20 ans de facilitation, de coaching et d’accompagnement m’ont appris sur l’art du questionnement. Pas de la théorie abstraite — des méthodes concrètes que vous pouvez appliquer dès demain.


Pourquoi poser des questions est un superpouvoir

Le paradoxe du questionnement

Nous vivons dans une culture qui valorise les réponses. Celui qui sait est respecté. Celui qui a les solutions est promu. Celui qui répond vite est considéré comme compétent.

Résultat : on passe notre temps à chercher les bonnes réponses. Et on oublie de poser les bonnes questions.

C’est une erreur fondamentale.

Les réponses ferment. Les questions ouvrent.

Une réponse termine une réflexion. Une question la démarre.

Une réponse donne une direction. Une question ouvre des possibilités.

Une réponse vient de vous. Une question fait émerger quelque chose de l’autre.

Ce qu’une bonne question peut faire

Débloquer une situation. Quelqu’un est coincé depuis des semaines sur un problème. Vous posez une question. Soudain, il voit quelque chose qu’il ne voyait pas. Le blocage saute.

Créer de la prise de conscience. Les gens savent souvent ce qu’ils doivent faire. Ils ne le voient pas. Une bonne question agit comme un miroir. Elle leur montre ce qu’ils savaient déjà mais n’avaient pas formulé.

Faire émerger l’engagement. Une solution imposée crée de la résistance. Une solution que la personne a trouvée elle-même crée de l’engagement. La question est le chemin vers cette appropriation.

Transformer les relations. Poser des vraies questions — pas des questions pour la forme — montre que vous vous intéressez vraiment à l’autre. C’est un acte de respect. C’est le fondement de la confiance.

Stimuler l’intelligence collective. En réunion, celui qui pose les bonnes questions fait plus avancer le groupe que celui qui a toutes les réponses. La question mobilise l’intelligence de tous.

Le manager qui pose des questions vs celui qui donne des réponses

Le manager qui donne les réponses :

  • Son équipe vient le voir pour chaque décision
  • Il est débordé, son équipe ne grandit pas
  • Il crée de la dépendance
  • Quand il n’est pas là, rien n’avance

Le manager qui pose des questions :

  • Son équipe réfléchit et propose
  • Il a du temps pour les sujets importants
  • Il crée de l’autonomie
  • Son équipe fonctionne même sans lui

La différence ? Le premier croit que son rôle est d’avoir les réponses. Le second a compris que son rôle est de poser les questions qui font émerger les réponses.


Les 7 types de questions (et quand les utiliser)

Toutes les questions ne se valent pas. Chaque type a sa fonction, son moment, son effet.

1. Les questions ouvertes

Ce qu’elles font : Elles invitent à développer, à réfléchir, à explorer.

Comment les reconnaître : Elles commencent par “Comment”, “Qu’est-ce que”, “Quel”, “En quoi”…

Exemples :

  • “Comment vois-tu la situation ?”
  • “Qu’est-ce qui serait différent si ça marchait ?”
  • “Quel serait le premier signe de progrès ?”

Quand les utiliser :

  • Pour explorer un sujet
  • Pour comprendre le point de vue de l’autre
  • Pour faire réfléchir
  • En début de conversation

Le piège : Une question ouverte mal formulée peut être trop vague. “Comment tu te sens ?” peut donner un “Bien” laconique. “Qu’est-ce qui te préoccupe le plus en ce moment ?” ouvre davantage.

2. Les questions fermées

Ce qu’elles font : Elles appellent une réponse courte, souvent oui/non ou un fait précis.

Comment les reconnaître : Elles commencent par “Est-ce que”, “As-tu”, “Combien”…

Exemples :

  • “As-tu parlé à Jean de ce sujet ?”
  • “Combien de temps as-tu passé dessus ?”
  • “Est-ce que c’est urgent ?”

Quand les utiliser :

  • Pour vérifier un fait
  • Pour obtenir une confirmation
  • Pour cadrer la conversation
  • Pour conclure (“On fait comme ça ?”)

Le piège : Trop de questions fermées transforment la conversation en interrogatoire. L’autre se sent “questionné” au lieu d’être “écouté”.

3. Les questions orientées solution

Ce qu’elles font : Elles dirigent l’attention vers les solutions, le futur désiré, les possibilités — plutôt que vers les problèmes.

Comment les reconnaître : Elles contiennent des mots comme “idéal”, “réussi”, “possible”, “différent”…

Exemples :

  • “À quoi ressemblerait une situation idéale ?”
  • “Si le problème était résolu demain, qu’est-ce qui serait différent ?”
  • “Qu’est-ce qui a déjà marché dans des situations similaires ?”

Quand les utiliser :

  • Quand quelqu’un est coincé dans le problème
  • Pour créer de l’énergie positive
  • Pour passer du diagnostic à l’action
  • En coaching, en accompagnement

Le piège : Poser ce type de question trop tôt peut donner l’impression qu’on n’a pas entendu le problème. Il faut d’abord accueillir avant de réorienter.

4. Les questions de clarification

Ce qu’elles font : Elles permettent de mieux comprendre ce que l’autre veut dire.

Comment les reconnaître : Elles demandent des précisions, des exemples, des définitions.

Exemples :

  • “Qu’est-ce que tu entends par ‘difficile’ ?”
  • “Tu peux me donner un exemple concret ?”
  • “Quand tu dis ‘souvent’, c’est combien de fois par semaine ?”

Quand les utiliser :

  • Quand un mot est vague ou ambigu
  • Quand vous n’êtes pas sûr de comprendre
  • Pour éviter les malentendus
  • Pour aider l’autre à préciser sa pensée

Le piège : Poser trop de questions de clarification peut sembler intrusif ou tatillon. Utilisez-les quand c’est vraiment nécessaire.

5. Les questions de confrontation (bienveillante)

Ce qu’elles font : Elles mettent le doigt sur une incohérence, une croyance limitante, un angle mort.

Comment les reconnaître : Elles questionnent les présupposés, les “il faut”, les “c’est impossible”.

Exemples :

  • “Qu’est-ce qui te fait dire que c’est impossible ?”
  • “Et si ce n’était pas vrai ?”
  • “Qu’est-ce que tu ferais si tu n’avais pas peur ?”
  • “Tu dis que tu n’as pas le choix… c’est vraiment le cas ?”

Quand les utiliser :

  • Quand quelqu’un est prisonnier d’une croyance
  • Pour challenger une hypothèse non questionnée
  • En coaching approfondi
  • Quand la confiance est établie

Le piège : Ces questions sont puissantes mais délicates. Posées trop tôt ou sans bienveillance, elles peuvent braquer. Il faut d’abord avoir créé un espace de confiance.

6. Les questions réflexives

Ce qu’elles font : Elles invitent à la métacognition — réfléchir sur sa propre réflexion.

Comment les reconnaître : Elles portent sur le processus, pas seulement le contenu.

Exemples :

  • “Qu’est-ce que cette conversation t’a apporté ?”
  • “Qu’est-ce qui a changé dans ta façon de voir les choses ?”
  • “Si tu devais résumer en une phrase ce que tu as appris…”

Quand les utiliser :

  • En fin de conversation ou de session
  • Pour ancrer les apprentissages
  • Pour créer de la prise de conscience
  • En formation, en coaching

Le piège : Ces questions demandent un temps de réflexion. Ne les posez pas en passant — donnez le temps à l’autre de vraiment y répondre.

7. Les questions “et quoi d’autre ?”

Ce qu’elles font : Elles invitent à aller plus loin, à creuser, à ne pas s’arrêter à la première réponse.

La formule magique : “Et quoi d’autre ?”

Exemples d’application :

  • L’autre donne une première idée → “Et quoi d’autre ?”
  • L’autre exprime une préoccupation → “Et quoi d’autre te préoccupe ?”
  • L’autre propose une solution → “Et quoi d’autre serait possible ?”

Pourquoi c’est puissant : La première réponse est rarement la meilleure. Elle est souvent la plus évidente, la plus “safe”. Les vraies pépites viennent après — quand on a épuisé les réponses faciles.

Quand les utiliser :

  • Systématiquement après une première réponse
  • En brainstorming
  • En exploration de problème
  • En coaching

L’anatomie d’une question puissante

Qu’est-ce qui fait qu’une question est “puissante” ? Qu’est-ce qui distingue une question banale d’une question qui transforme ?

Les 5 caractéristiques d’une question puissante

1. Elle est ouverte

Elle ne se répond pas par oui ou non. Elle invite à réfléchir, à développer, à explorer.

❌ “Est-ce que tu es satisfait ?” ✅ “Qu’est-ce qui te satisfait le plus dans cette situation ?”

2. Elle est orientée vers l’avant

Elle dirige l’attention vers les solutions, les possibilités, le futur — pas vers les problèmes, les causes, le passé.

❌ “Pourquoi ça n’a pas marché ?” ✅ “Qu’est-ce qui ferait que ça marche la prochaine fois ?”

3. Elle est impliquante

Elle met la personne en position d’acteur, pas de spectateur. Elle utilise “tu” ou “vous”, pas des formulations impersonnelles.

❌ “Qu’est-ce qu’il faudrait faire ?” ✅ “Qu’est-ce que TU pourrais faire dès demain ?”

4. Elle est précise

Elle cible un aspect spécifique plutôt que de rester vague.

❌ “Comment améliorer les choses ?” ✅ “Quel petit changement aurait le plus d’impact sur la qualité de vos réunions ?”

5. Elle est sincère

Vous posez la question parce que vous voulez vraiment entendre la réponse. Pas pour valider ce que vous pensez déjà. Pas pour manipuler.

La structure d’une question puissante

Une question puissante suit souvent cette structure :

[Mot interrogatif] + [Verbe d’action/de perception] + [Objet précis] + [Orientation temporelle/contextuelle]

Exemples :

Qu’est-ce que + tu verrais + de différent + si le problème était résolu demain ?”

Quel + serait + le premier signe + que tu es sur la bonne voie ?”

Comment + saurais-tu + que cette réunion a été un succès ?”

Les mots qui ouvrent vs les mots qui ferment

Mots qui ouvrent :

  • Comment…
  • Qu’est-ce que…
  • Quel(le)…
  • En quoi…
  • De quelle façon…
  • Imagine que…
  • Suppose que…

Mots qui ferment (ou orientent trop) :

  • Est-ce que… (appelle oui/non)
  • Pourquoi… (peut mettre sur la défensive)
  • Ne penses-tu pas que… (question orientée)
  • Tu ne crois pas que… (question rhétorique)

Le cas particulier du “Pourquoi”

“Pourquoi” est une question piégeuse.

Le problème : “Pourquoi” demande une justification. Il peut mettre l’autre sur la défensive. Il oriente vers le passé et les causes plutôt que vers l’avenir et les solutions.

“Pourquoi tu n’as pas fait ça ?” → L’autre se justifie, se défend.

L’alternative : Remplacez “Pourquoi” par “Qu’est-ce qui” ou “Comment”.

❌ “Pourquoi tu as pris cette décision ?” ✅ “Qu’est-ce qui t’a amené à prendre cette décision ?”

❌ “Pourquoi ça n’a pas marché ?” ✅ “Qu’est-ce qui aurait pu être fait différemment ?”

L’exception : “Pourquoi” fonctionne bien pour explorer les motivations profondes de façon bienveillante : “Pourquoi ce projet est-il important pour toi ?”


Les 10 principes du questionnement efficace

Principe 1 : Écoutez la réponse

Ça paraît évident. Ça ne l’est pas.

Beaucoup de gens posent une question et, pendant que l’autre répond, préparent leur prochaine question ou pensent à autre chose.

La règle : Quand vous posez une question, votre seul travail est d’écouter la réponse. Vraiment écouter. Pas préparer la suite.

Principe 2 : Laissez le silence faire son travail

Après une question puissante, il y a souvent un silence.

Ce silence est inconfortable. La tentation est de le combler — en reformulant, en ajoutant une précision, en posant une autre question.

Résistez.

Le silence est le moment où l’autre réfléchit vraiment. C’est là que les insights émergent. Interrompre ce silence, c’est voler la réponse.

La règle : Après une question importante, comptez mentalement jusqu’à 10 avant de reprendre la parole.

Principe 3 : Une question à la fois

“Qu’est-ce qui te bloque et qu’est-ce que tu pourrais faire pour débloquer la situation, et d’ailleurs est-ce que tu as essayé d’en parler à Jean ?”

C’est trois questions en une. L’autre ne sait pas laquelle traiter. Il répond à la dernière (la plus facile) et les autres sont perdues.

La règle : Une seule question. Attendez la réponse. Puis la question suivante si nécessaire.

Principe 4 : Posez des questions dont vous ne connaissez pas la réponse

Si vous connaissez déjà la réponse, ce n’est pas une question. C’est un test. Ou une manipulation.

Les vraies questions sont celles dont vous êtes curieux de la réponse. Celles qui pourraient vous surprendre.

La règle : Si vous savez ce que l’autre “devrait” répondre, ce n’est pas une question. C’est autre chose.

Principe 5 : Questionnez les présupposés

Derrière chaque affirmation, il y a des présupposés. Souvent, c’est là que se cache le blocage.

“Je n’ai pas le temps” présuppose que le temps est une contrainte fixe. “C’est impossible” présuppose que les contraintes sont immuables. “Il ne comprendra jamais” présuppose que l’autre est incapable de changer.

La règle : Quand vous entendez un présupposé limitant, questionnez-le. “Qu’est-ce qui te fait dire que c’est impossible ?”

Principe 6 : Suivez le fil

Une conversation n’est pas un interrogatoire avec une liste de questions préparées.

C’est un dialogue. La réponse de l’autre vous donne des indices. Suivez-les.

La règle : Votre prochaine question devrait être inspirée par ce que l’autre vient de dire, pas par votre liste mentale.

Principe 7 : Moins c’est plus

Trois questions profondes valent mieux que trente questions superficielles.

Une seule question puissante, bien posée, avec le temps de vraiment l’explorer, peut transformer une conversation.

La règle : Préférez la profondeur à la quantité. Creusez plutôt que de survoler.

Principe 8 : Le ton compte autant que les mots

La même question peut être une invitation ou une accusation selon le ton.

“Qu’est-ce qui s’est passé ?” peut être de la curiosité bienveillante ou un reproche déguisé.

La règle : Vérifiez votre intention avant de poser la question. Si votre intention est de piéger ou de reprocher, l’autre le sentira — même si les mots sont neutres.

Principe 9 : Acceptez les réponses que vous n’aimez pas

Si vous posez une question et que vous n’acceptez que les réponses qui vous conviennent, vous n’êtes pas en train de questionner. Vous êtes en train de manipuler.

La règle : Une vraie question implique d’accepter toutes les réponses possibles — y compris celles qui vous dérangent.

Principe 10 : Le contexte avant la question

Une question sortie de nulle part peut surprendre ou braquer.

Avant de poser une question importante, posez le contexte. Pourquoi vous posez cette question. Ce que vous cherchez à comprendre.

La règle : “J’aimerais comprendre comment tu vois la situation. Qu’est-ce qui te préoccupe le plus en ce moment ?” est plus efficace que “Qu’est-ce qui te préoccupe ?” lancé abruptement.


Comment construire une question puissante : la méthode

Voici une méthode en 5 étapes pour construire une question puissante à partir de n’importe quelle situation.

Étape 1 : Identifiez l’intention

Avant de formuler votre question, clarifiez votre intention.

Questions à vous poser :

  • Qu’est-ce que je cherche à faire émerger ?
  • Est-ce que je veux comprendre, faire réfléchir, débloquer, orienter vers l’action ?
  • Quelle serait la réponse idéale pour l’autre (pas pour moi) ?

Exemple : Situation : Un collaborateur est démotivé. Intention : Je veux l’aider à identifier ce qui pourrait lui redonner de l’énergie.

Étape 2 : Choisissez l’orientation temporelle

Vers le passé (comprendre ce qui s’est passé), le présent (explorer la situation actuelle), ou le futur (projeter vers les solutions) ?

Règle générale :

  • Pour comprendre : présent ou passé
  • Pour débloquer : futur
  • Pour faire réfléchir : futur ou présent

Exemple : Je choisis le futur — je veux l’aider à voir ce qui pourrait être différent.

Étape 3 : Choisissez le mot interrogatif

Selon votre intention :

  • Explorer largement → “Qu’est-ce que…”
  • Processus, méthode → “Comment…”
  • Choix, priorité → “Quel(le)…”
  • Imagination → “Imagine que…”, “Suppose que…”

Exemple : Je choisis “Qu’est-ce que” pour ouvrir large.

Étape 4 : Ajoutez la spécificité

Rendez la question concrète. Ajoutez un contexte, un horizon temporel, un critère.

Transformations :

  • Vague → “Qu’est-ce qui te motiverait ?”
  • Spécifique → “Qu’est-ce qui, dans ton travail au quotidien, te donnerait envie de te lever le matin ?”

Exemple : “Qu’est-ce qui, si ça changeait dans les prochaines semaines, te redonnerait de l’énergie ?”

Étape 5 : Vérifiez et ajustez

Passez votre question au crible :

  • Est-elle ouverte ? (pas oui/non)
  • Est-elle orientée solution ? (pas problème)
  • Est-elle impliquante ? (met l’autre en acteur)
  • Est-elle précise ? (pas trop vague)
  • Est-elle sincère ? (vous voulez vraiment la réponse)

Question finale : “Qu’est-ce qui, si ça changeait dans les prochaines semaines, te redonnerait de l’énergie au travail ?”

✅ Ouverte ✅ Orientée futur ✅ Impliquante ✅ Précise ✅ Sincère


Les erreurs qui tuent vos questions

Erreur 1 : La question-affirmation

“Tu ne penses pas qu’il faudrait plutôt faire X ?”

Ce n’est pas une question. C’est une affirmation déguisée. Vous savez ce que vous voulez que l’autre réponde.

L’alternative : Si vous avez un point de vue, exprimez-le directement. Puis posez une vraie question : “Je pense qu’on devrait faire X. Qu’est-ce que tu en penses ?”

Erreur 2 : La rafale de questions

“Comment ça s’est passé ? Tu as réussi à avancer ? C’était avec Jean ? Et du coup vous avez décidé quoi ?”

L’autre ne sait plus où donner de la tête. Il répond à la dernière question (la plus fraîche en mémoire) et les autres sont perdues.

L’alternative : Une question. Le silence. La réponse. Puis éventuellement une autre question.

Erreur 3 : Répondre à sa propre question

“Comment tu vois la suite ? Moi je pense qu’on devrait…”

Vous posez une question et vous y répondez vous-même avant que l’autre ait eu le temps de réfléchir.

L’alternative : Posez la question. Taisez-vous. Attendez.

Erreur 4 : Le “pourquoi” accusateur

“Pourquoi tu n’as pas fait ça ?”

Le “pourquoi” sous cette forme est un reproche déguisé. L’autre se met sur la défensive.

L’alternative : “Qu’est-ce qui s’est passé ?” ou “Qu’est-ce qui t’a empêché de…” — même information, sans l’accusation.

Erreur 5 : Couper la réponse

L’autre commence à répondre, et vous l’interrompez parce que vous avez compris, ou parce que vous avez une meilleure question.

L’alternative : Laissez l’autre finir. Complètement. Même si vous pensez avoir compris. Souvent, le plus intéressant vient à la fin.

Erreur 6 : La question fermée déguisée

“Est-ce que tu pourrais me dire comment tu vois la situation ?”

C’est une question fermée (oui/non) qui prétend être ouverte.

L’alternative : “Comment vois-tu la situation ?” — direct, ouvert, efficace.

Erreur 7 : Poser des questions pour montrer qu’on est intelligent

Des questions compliquées, avec du jargon, qui impressionnent plus qu’elles n’éclairent.

L’alternative : Les meilleures questions sont simples. “Qu’est-ce que tu veux vraiment ?” est plus puissant que “Comment conceptualises-tu l’articulation entre tes aspirations profondes et les contraintes systémiques ?”


Le questionnement selon les contextes

En management

L’enjeu : Développer l’autonomie de vos collaborateurs plutôt que de leur donner les réponses.

Questions clés :

  • “Comment tu vois la situation ?”
  • “Qu’est-ce que tu proposerais ?”
  • “De quoi tu aurais besoin pour avancer ?”
  • “Qu’est-ce qui serait un premier pas ?”
  • “Comment je peux t’aider sans faire à ta place ?”

Le principe : Quand un collaborateur vient avec un problème, résistez à l’envie de donner la solution. Posez une question qui l’aide à trouver la sienne.

En facilitation

L’enjeu : Faire émerger l’intelligence du groupe plutôt que d’imposer vos idées.

Questions clés :

  • “Qu’est-ce qui serait différent si ce problème était résolu ?”
  • “Qu’est-ce qu’on ne s’est pas encore dit ?”
  • “Quel serait un premier pas concret ?”
  • “Qu’est-ce qui vous surprend dans ce qui émerge ?”
  • “Et quoi d’autre ?”

Le principe : Le facilitateur n’a pas les réponses. Il a les questions qui permettent au groupe de trouver les siennes.

En coaching

L’enjeu : Aider la personne à voir ce qu’elle ne voit pas et à se mettre en mouvement.

Questions clés :

  • “Qu’est-ce que tu veux vraiment ?”
  • “Qu’est-ce qui t’empêche ?”
  • “Qu’est-ce qui serait possible si tu n’avais pas peur ?”
  • “Qu’est-ce que tu évites ?”
  • “Qu’est-ce que tu ferais si tu savais que tu ne pouvais pas échouer ?”

Le principe : Le coach croit que le coaché a les ressources. Les questions servent à les activer.

En vente et négociation

L’enjeu : Comprendre les vrais besoins plutôt que de plaquer votre solution.

Questions clés :

  • “Qu’est-ce qui est vraiment important pour vous dans ce projet ?”
  • “Qu’est-ce qui ferait que vous seriez pleinement satisfait ?”
  • “Qu’est-ce qui vous a amené à nous contacter maintenant ?”
  • “Qu’est-ce qui se passerait si vous ne faisiez rien ?”
  • “Qu’est-ce qui vous ferait dire oui ?”

Le principe : Plus vous comprenez le besoin réel, plus vous pouvez y répondre précisément.

En résolution de conflit

L’enjeu : Comprendre les positions et les besoins de chacun sans prendre parti.

Questions clés :

  • “Qu’est-ce qui est important pour toi dans cette situation ?”
  • “Qu’est-ce que tu aurais besoin que l’autre comprenne ?”
  • “Qu’est-ce qui serait acceptable pour toi ?”
  • “Qu’est-ce que tu serais prêt à faire différemment ?”
  • “À quoi ressemblerait une solution qui marche pour les deux ?”

Le principe : Les questions permettent à chacun de s’exprimer et créent les conditions de la résolution.


Exercices pratiques pour développer votre questionnement

Exercice 1 : Le journal des questions

Pendant une semaine :

  • Notez les questions que vous posez
  • Classez-les : ouverte/fermée, passé/présent/futur, orientée problème/solution
  • Identifiez vos patterns

Ce que vous allez découvrir : Vos habitudes de questionnement. Probablement plus de questions fermées et orientées passé que vous ne le pensiez.

Exercice 2 : La conversion

Prenez 10 questions fermées et transformez-les en questions ouvertes :

FerméeOuverte
“Tu es satisfait ?”“Qu’est-ce qui te satisfait dans cette situation ?”
“C’était difficile ?”“Qu’est-ce qui a été le plus difficile ?”
“Tu vas y arriver ?”“De quoi aurais-tu besoin pour y arriver ?”

Exercice 3 : Le “pourquoi” interdit

Pendant une journée :

  • Interdisez-vous de dire “pourquoi”
  • Remplacez par “Qu’est-ce qui…”, “Comment…”, “Quel…”

Ce que vous allez découvrir : Des formulations moins accusatrices et plus ouvertes.

Exercice 4 : Le silence de 10 secondes

Après chaque question importante :

  • Comptez mentalement jusqu’à 10 avant de reprendre la parole
  • Même si le silence est inconfortable
  • Même si l’autre ne répond pas tout de suite

Ce que vous allez découvrir : Les vraies réponses viennent souvent après le silence.

Exercice 5 : “Et quoi d’autre ?”

Pendant une semaine :

  • Après chaque première réponse, posez “Et quoi d’autre ?”
  • Systématiquement
  • Même si la première réponse semble complète

Ce que vous allez découvrir : La première réponse n’est presque jamais la meilleure.

Exercice 6 : L’observateur

Lors de votre prochaine réunion :

  • Comptez les questions posées
  • Notez qui les pose
  • Classez-les (ouvertes/fermées, sincères/rhétoriques)

Ce que vous allez découvrir : La plupart des réunions contiennent très peu de vraies questions.


FAQ : Vos questions sur les questions

“Et si l’autre ne répond pas ?”

Plusieurs possibilités :

  • La question était trop complexe → simplifiez
  • La question était trop personnelle → reculez d’un cran
  • L’autre a besoin de temps → donnez-lui du silence
  • L’autre n’a pas envie de répondre → respectez-le

Parfois, le silence EST la réponse.

“Comment éviter que ça ressemble à un interrogatoire ?”

  • Alternez questions et reformulations
  • Partagez aussi votre perspective
  • Posez moins de questions, mais plus profondes
  • Montrez que vous écoutez vraiment les réponses
  • Expliquez pourquoi vous posez la question

“Peut-on poser des questions manipulatrices sans s’en rendre compte ?”

Oui. Voici les signaux d’alerte :

  • Vous savez quelle réponse vous voulez
  • Vous êtes déçu si la réponse n’est pas celle attendue
  • Vous reformulez jusqu’à obtenir la “bonne” réponse
  • Vous posez des questions pour prouver que vous avez raison

La solution : vérifiez votre intention avant de poser la question.

“Les questions marchent-elles avec tout le monde ?”

La plupart des gens répondent bien aux questions sincères et bienveillantes. Mais certains contextes demandent de l’adaptation :

  • Avec des profils analytiques : questions précises et factuelles
  • Avec des profils relationnels : questions sur le ressenti
  • En situation de crise : questions directes et actionnables
  • Avec des personnes en défense : d’abord rassurer, puis questionner

“Combien de temps faut-il pour maîtriser l’art du questionnement ?”

C’est une compétence qui se développe toute la vie. Mais vous pouvez voir des progrès significatifs en quelques semaines de pratique consciente.

Le plus important : commencer à prêter attention à vos questions. La conscience est le premier pas.


En résumé

Les questions sont plus puissantes que les réponses. Les réponses ferment. Les questions ouvrent.

Les 7 types de questions :

  1. Ouvertes (explorer)
  2. Fermées (confirmer)
  3. Orientées solution (débloquer)
  4. De clarification (comprendre)
  5. De confrontation (challenger)
  6. Réflexives (ancrer)
  7. “Et quoi d’autre ?” (approfondir)

Les caractéristiques d’une question puissante :

  • Ouverte
  • Orientée vers l’avant
  • Impliquante
  • Précise
  • Sincère

Les 10 principes :

  1. Écoutez la réponse
  2. Laissez le silence
  3. Une question à la fois
  4. Posez des questions dont vous ignorez la réponse
  5. Questionnez les présupposés
  6. Suivez le fil
  7. Moins c’est plus
  8. Le ton compte
  9. Acceptez toutes les réponses
  10. Contexte avant question

La méthode en 5 étapes :

  1. Identifiez l’intention
  2. Choisissez l’orientation temporelle
  3. Choisissez le mot interrogatif
  4. Ajoutez la spécificité
  5. Vérifiez et ajustez

L’art du questionnement est un superpouvoir. Et comme tout superpouvoir, il demande de la pratique et de la responsabilité.

Commencez aujourd’hui. Posez une vraie question. Écoutez vraiment la réponse.

Et voyez ce qui se passe.


Pour aller plus loin :


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À propos de Yoan Lureault

Fondateur d'Insuffle et Insuffle Académie, facilitateur en intelligence collective et formateur, basé à Deauville. J'accompagne PME, ETI et fonction publique dans leurs transformations : diagnostics stratégiques, séminaires de direction, alignement d'équipes, évolution des pratiques managériales. Mon approche : cash, terrain, zéro bullshit — via mes démarches propriétaires (Futur Désiré®, Boussole 4C, ...).

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