Le Dot Voting : prendre une décision collective en 5 minutes

Yoan Lureault
18 février 2026

Vous venez de passer une heure à générer des idées avec votre équipe. Le mur est couvert de post-its. Tout le monde est content. Et puis quelqu’un pose la question fatale : “Bon, on fait quoi maintenant ?”

C’est là que la plupart des ateliers déraillent. Soit le manager tranche seul (et l’intelligence collective n’aura servi à rien), soit le groupe s’enlise dans un débat interminable pour savoir quelle idée est “la meilleure”.

Le Dot Voting — ou vote par gommettes — règle ce problème en 5 minutes. Chaque participant dispose de quelques votes qu’il distribue sur les idées affichées. Les priorités du groupe émergent instantanément, sans débat, sans politique, sans celui-qui-parle-le-plus-fort.


Fiche pratique

Durée3 à 10 minutes
Nombre de participants3 à 200+ personnes
MatérielGommettes autocollantes (ou feutres pour faire des points), des idées affichées sur un mur
Niveau de difficultéAucun — tout le monde comprend en 30 secondes
Énergie du groupeFaible à modérée — c’est un moment de convergence calme
PrérequisAvoir des options à départager (post-its, propositions, thèmes)
Quand dans un atelierEn fin de phase de divergence, pour basculer vers l’action

Pour qui ?

Tout le monde. C’est le couteau suisse de la facilitation. Il n’existe pas de contexte où le Dot Voting ne fonctionne pas — à condition d’avoir quelque chose à prioriser.

En séminaire d’entreprise. Après un World Café ou un brainstorming, pour faire émerger les 3-5 sujets prioritaires parmi les dizaines d’idées générées.

En CODIR. Pour prioriser les projets du trimestre sans tomber dans la négociation politique. Le vote est anonyme et simultané — chaque directeur pèse le même poids.

En atelier collaboratif. Chaque fois que vous avez besoin de passer de la divergence (beaucoup d’idées) à la convergence (quelques priorités). C’est le pivot central de tout atelier bien structuré.

En réunion d’équipe. Pour décider rapidement sur quel sujet concentrer les 20 prochaines minutes, quel problème attaquer en premier, ou quelle proposition retenir.

En Lean Coffee. C’est le mécanisme de vote intégré au format : les participants votent pour les sujets qu’ils veulent traiter en priorité.


Pourquoi c’est si efficace

Le vote est simultané. Tout le monde vote en même temps. Personne ne voit les votes des autres avant de poser le sien (ou du moins, c’est suffisamment rapide pour que l’influence soit limitée). Ça élimine le biais de conformité — ce réflexe humain de voter comme le chef ou comme la majorité visible.

C’est visuel et immédiat. En 10 secondes après le vote, vous voyez les grappes de gommettes. Les priorités sautent aux yeux. Pas besoin de tableau Excel, pas besoin de dépouillement. Le résultat est là, sur le mur, indiscutable.

C’est démocratique sans être démocratique. Le Dot Voting n’est pas un vote à la majorité absolue. C’est un outil d’orientation. Il dit au groupe “voilà où se concentre votre énergie collective” — pas “voilà la décision finale”. La nuance est importante : le Dot Voting éclaire la décision, il ne la remplace pas.

Ça désamorce les jeux de pouvoir. Dans un débat classique, celui qui argumente le mieux (ou le plus longtemps) gagne. Avec le Dot Voting, celui qui a le plus de soutien silencieux du groupe gagne. Ce n’est pas la même chose — et c’est souvent plus juste.


Déroulé pas à pas

1. Préparer le matériel de vote

Gommettes. Des pastilles autocollantes, idéalement toutes de la même couleur pour un vote anonyme. Si vous voulez que les votes soient identifiables (utile en CODIR pour comprendre les logiques de chacun), donnez une couleur différente par personne ou par équipe.

Alternative sans gommettes. Un feutre par participant. Chacun fait un point directement sur le post-it ou à côté. Ça marche aussi bien — c’est juste moins joli.

Combien de votes par personne ? La règle standard :

Nombre d’options à voterVotes par personne
Moins de 102 à 3 votes
10 à 203 à 5 votes
Plus de 205 à 7 votes

La formule rapide : nombre d’options divisé par 3 ou 4, arrondi au supérieur. Avec 15 options, donnez 4-5 votes.

2. Cadrer les règles (30 secondes)

Dites simplement :

  • “Vous avez X votes chacun”
  • “Vous pouvez les répartir comme vous voulez : tout sur une seule idée si elle vous tient à cœur, ou un par idée”
  • “Levez-vous, circulez, et collez vos gommettes sur les propositions qui vous semblent prioritaires”
  • “On ne commente pas, on vote en silence”

Le silence pendant le vote est important. Si les gens discutent en votant, ils s’influencent mutuellement.

3. Voter (2 à 5 minutes)

Tout le monde se lève en même temps et circule devant les propositions affichées. Chacun colle ses gommettes. En pratique, même avec 50 personnes, ça prend rarement plus de 5 minutes.

4. Lire les résultats (1 minute)

Comptez les gommettes par proposition. Classez les propositions par nombre de votes. Les 3-5 premières constituent vos priorités collectives.

Si c’est visuel et évident (une proposition a clairement plus de votes), pas besoin de compter — montrez le mur et le groupe voit.

5. Décider quoi en faire

C’est l’étape que beaucoup oublient. Le Dot Voting ne décide pas — il priorise. Après le vote, le facilitateur doit cadrer la suite :

  • “Les 3 sujets les plus votés deviennent nos priorités pour le prochain trimestre”
  • “On travaille en sous-groupes sur les 4 premières propositions cet après-midi”
  • “Le CODIR tranchera entre les 2 premières, éclairé par ce vote”

Sans cette étape, le vote reste suspendu dans le vide et les participants se demandent à quoi il a servi.


Les erreurs qui tuent un Dot Voting

Trop de votes par personne. Si vous donnez 10 votes pour 12 options, tout le monde vote sur tout et rien ne se distingue. Le vote doit créer de la rareté pour créer de la différenciation. Moins de votes = choix plus clairs.

Voter avant d’avoir clarifié les options. Si les post-its sont mal écrits, ambigus ou redondants, le vote sera pollué. Prenez 5 minutes avant le vote pour regrouper les doublons et reformuler les options floues. “Mieux communiquer” et “Améliorer la communication interne” c’est la même chose — fusionnez.

Laisser les gens voter à tour de rôle. Si le manager vote en premier et que tout le monde voit ses choix, le biais de conformité reprend le dessus. Faites voter tout le monde en même temps, ou demandez de ne pas regarder les votes des autres.

Utiliser le Dot Voting comme décision finale. C’est un outil de priorisation, pas un processus de décision. Dire “les 2 idées les moins votées sont éliminées” peut être injuste : une idée essentielle mais mal formulée peut passer à la trappe. Le vote éclaire, le groupe ou le décideur tranche.

Voter sur des choses non comparables. Si vos options mélangent des niveaux différents (“Refondre la stratégie RH” à côté de “Acheter une nouvelle imprimante”), le vote n’a pas de sens. Veillez à ce que les options soient de même nature et de même échelle.


Variantes

Le Dot Voting pondéré. Chaque participant a des gommettes de valeurs différentes : une gommette “3 points”, deux gommettes “2 points”, trois gommettes “1 point”. Les options à forte conviction se distinguent plus nettement. Plus complexe à mettre en place, mais plus nuancé.

Le Dot Voting négatif. En plus des votes positifs, chaque participant dispose d’une gommette rouge pour signaler l’option qu’il ne veut surtout pas voir retenue. Utile quand le groupe a des lignes rouges ou des contraintes non négociables.

Le Dot Voting par critère. Au lieu de voter “en général”, les participants votent selon des critères spécifiques : une couleur pour “impact”, une autre pour “faisabilité”, une troisième pour “urgence”. Les résultats croisés alimentent une matrice de priorisation.

Le Dot Voting avec budget. Chaque participant reçoit un “budget” fictif (par exemple 100€ en billets factices) qu’il répartit sur les options. Ça force à arbitrer entre “un peu partout” et “beaucoup sur un sujet”. Très efficace pour la priorisation de projets en CODIR.

Le Dot Voting digital. Sur Miro, Mural, Klaxoon ou un simple Google Form. Utile en réunion hybride ou à distance, mais vous perdez l’énergie physique du “tout le monde se lève et circule devant le mur”.

Le Dot Voting silencieux. Avant de voter, chaque participant prend 2 minutes en silence pour relire toutes les options et réfléchir à ses choix. Ça évite le vote impulsif et le mimétisme.


Quand l’utiliser — et quand s’en passer

Le Dot Voting est fait pour…Passez votre chemin si…
Prioriser rapidement parmi de nombreuses optionsVous n’avez que 2-3 options (discutez-en simplement)
Clôturer une phase de brainstorming ou d’idéationLes options ne sont pas comparables entre elles
Donner une voix égale à chaque participantUne seule personne doit décider (laissez-la décider)
Créer du consensus visible et rapideLe sujet nécessite une analyse détaillée (coût, risque, ROI)
Engager physiquement un groupe qui décrocheLe vote pourrait être perçu comme manipulatoire (dans un contexte social tendu)

Dot Voting vs autres méthodes de priorisation

Dot VotingMatrice Impact/EffortConsensus verbalDécision du manager
Durée3-10 min20-45 min15-60 min1 min
ParticipationTotale et égalePar sous-groupeDominée par les bavardsNulle
PrécisionMoyenne (intuition)Haute (critères croisés)VariableVariable
Acceptation du résultatHauteHauteMoyenne (frustration possible)Basse si pas expliquée
Meilleur usageConvergence rapideAnalyse stratégiquePetit groupe alignéUrgence

En résumé

Le Dot Voting est l’outil le plus simple et le plus utilisé en facilitation. Il ne demande rien — des gommettes, un mur, 5 minutes — et il résout le problème que 80% des ateliers rencontrent : comment passer de “plein d’idées” à “quelques priorités” sans débat interminable.

Si vous ne deviez retenir qu’une chose : c’est un outil de priorisation, pas de décision. Utilisez-le pour éclairer les choix du groupe, pas pour les remplacer. Et donnez toujours moins de votes que ce que les gens voudraient — c’est la contrainte qui crée la clarté.


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À propos de Yoan Lureault

Fondateur d'Insuffle et Insuffle Académie, facilitateur en intelligence collective et formateur, basé à Deauville. J'accompagne PME, ETI et fonction publique dans leurs transformations : diagnostics stratégiques, séminaires de direction, alignement d'équipes, évolution des pratiques managériales. Mon approche : cash, terrain, zéro bullshit — via mes démarches propriétaires (Futur Désiré®, Boussole 4C, ...).

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