Le Triangle de Karpman: Comprendre les rôles dans les conflits

Yoan Lureault
12 janvier 2024

Un directeur financier soupire en réunion : « De toute façon, on ne m’écoute jamais. » Le dirigeant se précipite pour arranger les choses. La DRH, agacée, tranche d’un ton sec. En trois phrases, un comité de direction vient de rejouer une scène vieille comme le travail en équipe. Ce schéma porte un nom : le triangle de Karpman, ou triangle dramatique.

Ce modèle issu de l’analyse transactionnelle décrit trois rôles que nous adoptons sans nous en rendre compte en situation de tension : la Victime, le Sauveur et le Persécuteur. Comprendre ce mécanisme aide à repérer pourquoi certaines équipes tournent en rond et comment en sortir. Cet article détaille les trois rôles, leur ancrage dans un CODIR, les raisons de leur persistance et les leviers concrets pour briser la boucle.

Pour aller plus loin sur les tensions au sommet, lisez notre analyse des conflits en CODIR que personne n’ose nommer.

Le triangle de Karpman, de quoi parle-t-on

Le triangle dramatique → trois rôles, une boucle

Persécuteur

Critique, blâme, impose

Victime

Se vit impuissante, appelle à l’aide

Sauveur

Aide sans qu’on demande, se rend utile

→ les rôles se passent le relais →

Formalisé par Stephen Karpman en 1968, à partir de l’analyse transactionnelle d’Eric Berne. Les positions ne sont pas figées : une même personne en change plusieurs fois dans une conversation.

Le triangle de Karpman, aussi appelé triangle dramatique, est un modèle relationnel décrivant les jeux psychologiques qui s’installent en situation de conflit ou de stress. Il représente trois rôles que les personnes endossent inconsciemment et qui entretiennent la tension plutôt que de la résoudre.

Le psychiatre américain Stephen Karpman l’a formalisé en 1968, dans un article intitulé Fairy Tales and Script Drama Analysis. Il s’appuie sur les travaux d’Eric Berne, fondateur de l’analyse transactionnelle, dont il fut l’élève. Berne décrivait les jeux psychologiques comme des séquences relationnelles répétitives, apprises tôt, qui procurent des signes de reconnaissance même négatifs.

L’idée centrale tient en une phrase : ces rôles ne définissent pas une personnalité, ils décrivent un comportement de circonstance. La même personne peut basculer d’un rôle à l’autre plusieurs fois dans une seule conversation. C’est cette mobilité qui rend le triangle si difficile à repérer de l’intérieur.

Une racine dans l’analyse transactionnelle

Le triangle ne tombe pas du ciel. Il prolonge la théorie des jeux psychologiques d’Eric Berne. Pour Berne, un jeu est une suite d’échanges apparemment anodins qui débouche sur un résultat prévisible et désagréable. Chaque jeu cache un message sous le message visible, et se termine par un sentiment familier que les joueurs connaissent bien.

Karpman a apporté à cette idée une lecture graphique simple. En reliant trois rôles par un triangle, il a rendu visible la façon dont les positions se passent le relais. C’est cette simplicité qui explique le succès durable du modèle, repris aujourd’hui en management, en coaching et en facilitation d’équipe.

Un point mérite attention : ces jeux s’apprennent dans l’enfance. L’enfant découvre tôt que se plaindre, aider ou critiquer attire l’attention des adultes. Devenu salarié ou dirigeant, il rejoue ces scénarios sans le savoir, dans la salle de réunion comme à la maison. Comprendre cette origine aide à dépersonnaliser le conflit.

Les trois rôles : Victime, Sauveur, Persécuteur

Chaque rôle répond à un besoin caché et appelle les deux autres. Le triangle fonctionne parce que les positions se complètent. Voici comment chacune se manifeste, en particulier au travail.

V

La Victime

Besoin : attention, déresponsabilisation

Se vit comme impuissante, se plaint des circonstances sans s’attribuer de prise. Au bureau, le collaborateur qui se dit débordé mais n’avance aucune solution.

« Je n’y arriverai jamais. »

S

Le Sauveur

Besoin : se sentir indispensable

Se précipite pour aider, souvent sans qu’on le lui demande. Le manager qui résout tout à la place de son équipe, et l’empêche de gagner en autonomie.

« Laisse, je vais le faire. »

P

Le Persécuteur

Besoin : illusion de contrôle

Critique, blâme, impose. Le supérieur qui fixe des délais intenables et reproche les résultats sans reconnaître sa part. Parfois imaginé par la Victime.

« Vous pourriez quand même. »

La Victime

La Victime se vit comme impuissante et cherche attention, protection ou compassion. Elle se plaint des circonstances ou des autres, sans s’attribuer de prise sur la situation. Au bureau, c’est le collaborateur qui se dit constamment débordé et sous-estimé, mais qui n’avance aucune solution.

Son message implicite : « Ce n’est pas ma faute, aidez-moi. » Ce signal attire mécaniquement un Sauveur ou désigne un Persécuteur.

Le Sauveur

Le Sauveur se précipite pour aider, souvent sans qu’on le lui demande et au détriment de ses propres besoins. Il a besoin de se sentir utile et valorisé. Le manager qui résout systématiquement les problèmes de son équipe en est l’exemple type. Il croit bien faire, mais empêche les autres de développer leur autonomie.

Cette posture maintient la Victime dans sa dépendance. Sur ce point, nous développons une lecture à contre-courant dans notre article sur ce qu’on se trompe à appeler bienveillance.

Le Persécuteur

Le Persécuteur critique, blâme, impose. Il peut se montrer agressif ou cassant pour atteindre ses fins. En entreprise, c’est le supérieur qui fixe des délais intenables et reproche les résultats sans reconnaître sa part. Il peut aussi être imaginé par la Victime, qui projette une hostilité là où il n’y en a pas.

L’interchangeabilité est la signature du triangle. Le Sauveur épuisé devient Persécuteur quand il se sent peu reconnu. La Victime trahie se mue en Persécuteur. Le classique « Merci pour vos conseils, mais ça ne marche pas » fait basculer la Victime en attaquant et le Sauveur en nouvelle victime.

Trois scènes ordinaires

Le triangle se reconnaît mieux à travers des situations concrètes. En voici trois, tirées de contextes professionnels courants.

Dans une agence, un chef de projet répète qu’il croule sous les demandes des clients. Sa responsable reprend ses dossiers un par un pour le soulager. Trois semaines plus tard, épuisée, elle lui reproche son manque d’autonomie devant l’équipe. La Victime a trouvé son Sauveur, qui s’est transformé en Persécuteur.

Dans une PME industrielle, le directeur de production critique systématiquement les chiffres du commercial en réunion. Le commercial se tait, blessé, puis se plaint en aparté auprès du dirigeant. Le dirigeant convoque le directeur de production pour le recadrer. Les rôles ont tourné en une journée.

Dans une collectivité, un service entier se vit en Victime d’une direction perçue comme lointaine et autoritaire. Personne n’attaque nommément, mais la plainte collective bloque toute initiative. Ici, le Persécuteur est en partie imaginé, ce qui rend la sortie plus délicate encore.

Vos réunions de direction se finissent en reproches feutrés sans décision claire ? Un regard extérieur aide souvent à nommer ce que personne n’ose dire.

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Le triangle dans un CODIR

La plupart des contenus sur Karpman parlent de couples ou de relations amicales. Or le modèle éclaire très bien les équipes de direction, où les enjeux de pouvoir et les non-dits s’accumulent. Un comité de direction réunit des personnes responsables, expérimentées, sous pression : terrain idéal pour des jeux psychologiques subtils.

Le scénario qui revient au sommet

Victime

Un directeur défend son périmètre et se sent attaqué dès qu’on questionne ses chiffres.

Sauveur

Le dirigeant, mal à l’aise avec le désaccord, arrondit les angles et tranche à la place de tous.

Persécuteur

Un troisième membre, lassé du flou, pointe les responsabilités d’un ton sec.

Le résultat

Personne n’est malveillant. Chacun protège quelque chose. Mais le CODIR ne décide plus, il rejoue une pièce.

Le scénario revient souvent. Un directeur défend son périmètre et se sent attaqué dès qu’on questionne ses chiffres : il glisse en Victime. Le dirigeant, mal à l’aise avec le désaccord, arrondit les angles et tranche à la place de tous : il joue le Sauveur. Un troisième membre, lassé du flou, pointe les responsabilités d’un ton sec : le voilà Persécuteur.

Personne n’est malveillant. Chacun protège quelque chose. Mais le CODIR ne décide plus, il rejoue une pièce. Nous décrivons ce blocage dans notre article sur la gestion des tensions en CODIR.

Le coût silencieux pour l’organisation

Selon l’ANACT, les dysfonctionnements relationnels figurent parmi les premiers facteurs de risques psychosociaux. Dans un CODIR, ces jeux ne fatiguent pas que les personnes : ils ralentissent les décisions stratégiques et diffusent le modèle dans toute l’organisation, par effet de cascade.

Le rôle du dirigeant Sauveur

Le piège le plus fréquent au sommet est celui du dirigeant Sauveur. En réglant chaque tension à la place de son équipe, il prive le collectif de sa capacité à se confronter sainement. La vraie mission du manager est ailleurs, comme nous l’expliquons sur l’autonomie plutôt que le dépannage.

Pourquoi ce jeu se perpétue

Si le triangle était seulement désagréable, il disparaîtrait vite. S’il persiste, c’est que chacun en tire un bénéfice caché. C’est tout le paradoxe du modèle.

Victime

Évite la responsabilité de ses choix et reçoit de l’attention

Sauveur

Nourrit son besoin d’être utile et garde une position haute

Persécuteur

Ressent une illusion de pouvoir et de maîtrise

Ces gains sont inconscients et négatifs, mais réels. Eric Berne parlait de structuration du temps : mieux vaut un jeu pénible qu’un vide relationnel.

  • La Victime évite la responsabilité de ses choix et reçoit de l’attention.
  • Le Sauveur nourrit son besoin d’être utile et garde une position haute.
  • Le Persécuteur ressent une illusion de pouvoir et de maîtrise.

Ces gains sont inconscients et négatifs, mais réels. Eric Berne parlait de « structuration du temps » : mieux vaut un jeu pénible qu’un vide relationnel. Voilà pourquoi un groupe peut rejouer la même scène pendant des mois.

L’autre moteur est l’escalade. Comme les rôles se permutent, chaque tour relance le suivant. La Victime devient Persécuteur, le Sauveur se replie en Victime, et la tension monte d’un cran sans que personne ne l’ait décidé. Le groupe se croit prisonnier des personnes, alors qu’il est prisonnier d’un schéma.

Un effet sur l’engagement

Ces jeux ont un coût qui dépasse l’ambiance. Selon Gallup, dans son étude State of the Global Workplace 2024, l’engagement des salariés en France reste parmi les plus bas d’Europe. Les dynamiques relationnelles dégradées, dont le triangle dramatique est une forme courante, pèsent directement sur cette désimplication.

Une équipe enfermée dans le triangle dépense son énergie à gérer les rôles plutôt qu’à produire. Le Sauveur s’épuise, la Victime se désengage, le Persécuteur isole. À l’échelle d’un service, cela se traduit par des réunions stériles, des décisions reportées et une perte de sens diffuse. Le phénomène est rarement nommé, mais ses effets se mesurent.

Sortir du triangle ne demande pas que tout le monde change en même temps. Il suffit qu’une seule personne refuse son rôle pour que le jeu perde son moteur. Un Sauveur qui cesse de sauver oblige la Victime à trouver une autre posture. Cette asymétrie est une bonne nouvelle pour qui veut agir.

Sortir du triangle : le triangle gagnant

Sortir du triangle ne consiste pas à supprimer les rôles, mais à transformer chaque position en une posture saine. En 1990, Acey Choy a proposé le triangle gagnant (Winner’s Triangle), pensé comme l’antidote du modèle de Karpman.

Du triangle dramatique au triangle gagnant (Acey Choy, 1990)
Rôle dramatiquePosture gagnanteCompétence à développer
VictimeVulnérable et responsableNommer ses besoins, agir sur sa part
SauveurAidant, sans se substituerÉcouter, soutenir l’autonomie
PersécuteurAffirmé sans agresserPoser un cadre, exprimer une exigence

Le principe est simple : la Victime accepte sa vulnérabilité tout en reconnaissant sa marge d’action. Le Sauveur aide sans décider à la place de l’autre. Le Persécuteur transforme l’agressivité en affirmation claire. Trois leviers concrets soutiennent ce passage.

1. La prise de conscience

On ne sort pas d’un jeu qu’on ne voit pas. La première étape consiste à repérer le rôle que l’on tient à un instant donné. Une question suffit souvent : « Dans cet échange, suis-je en train de me plaindre, de sauver ou de blâmer ? »

2. L’assertivité et la communication non violente

Exprimer un désaccord sans attaquer désamorce le triangle. La communication non violente aide à formuler un besoin plutôt qu’un reproche. Dire « j’ai besoin de chiffres fiables pour décider » vaut mieux que « vos données sont toujours fausses ».

3. Le cadre et la facilitation

Dans une équipe, un cadre clair limite l’apparition des jeux. Un facilitateur neutre nomme les dynamiques sans accuser personne, redonne la parole équitablement et ramène le groupe à sa décision. C’est précisément le rôle d’un tiers extérieur lors d’un séminaire de direction.

Ce que fait concrètement un facilitateur

Face à une équipe prise dans le jeu, le facilitateur ne prend pas parti. Son travail consiste d’abord à rendre la dynamique visible, puis à ouvrir un autre cadre d’échange. Plusieurs gestes simples y contribuent.

  • Il reformule les plaintes en demandes : « Tu dis que ça ne marche jamais. De quoi aurais-tu besoin précisément ? »
  • Il répartit le temps de parole pour éviter qu’une Victime ou un Persécuteur ne monopolise l’espace.
  • Il renvoie chaque sujet au collectif plutôt que de trancher, ce qui désamorce la tentation du Sauveur.
  • Il pose un cadre explicite en début de séance : on parle des faits, pas des intentions supposées.

Ce travail demande de l’expérience et une vraie neutralité. Un membre de l’équipe, lui-même impliqué, peut difficilement tenir cette position. C’est là qu’un tiers extérieur apporte une valeur que le groupe ne peut se donner seul.

Erreurs fréquentes et conseils de facilitateur

Trois erreurs courantes

Étiqueter les personnes. Coller un rôle définitif fige le jeu au lieu de l’ouvrir. Le rôle est temporaire, pas identitaire.

Vouloir jouer le Sauveur. Le manager qui veut régler le triangle entre dedans, en tête. Sortir commence par renoncer à sauver.

Confondre l’outil avec une thérapie. Karpman éclaire le travail, il ne remplace pas un accompagnement psychologique.

Trois conseils applicables

Avant une réunion sensible, posez la règle du « je » : chacun parle de son besoin, pas du tort des autres.

Quand monte l’envie de sauver ou de blâmer, marquez une pause de cinq secondes et reformulez en question ouverte.

Affichez le triangle gagnant en salle de réunion comme repère partagé, sans pointer personne.

Trois erreurs courantes

  • Étiqueter les personnes. Coller un rôle définitif à un collègue (« lui, c’est le Persécuteur ») fige le jeu au lieu de l’ouvrir. Le rôle est temporaire, pas identitaire.
  • Vouloir jouer le Sauveur de la situation. Le manager qui veut « régler » le triangle entre tout simplement dedans, en tête. Sortir du jeu commence par renoncer à sauver.
  • Confondre l’outil avec une thérapie. Karpman éclaire des dynamiques de travail, il ne remplace pas un accompagnement psychologique. Pour des situations lourdes, un cadre adapté et un professionnel formé restent indispensables.

Trois conseils applicables

  • Avant une réunion sensible, posez la règle du « je » : chacun parle de son besoin, pas du tort des autres.
  • Quand vous sentez monter l’envie de sauver ou de blâmer, marquez une pause de cinq secondes et reformulez en question ouverte.
  • Affichez le triangle gagnant en salle de réunion comme repère partagé, sans pointer personne.

Un CODIR qui rejoue les mêmes tensions a souvent besoin d’un diagnostic posé avant tout séminaire. Mieux vaut comprendre la mécanique que multiplier les ateliers.

Tester le diagnostic dirigeant

Questions fréquentes sur le triangle de Karpman

Comment savoir quel rôle je joue ?

+

Observez votre phrase intérieure dans une tension. Si vous vous sentez impuissant et lésé, vous êtes en Victime. Si vous voulez régler le problème de quelqu’un qui ne l’a pas demandé, vous sauvez. Si vous critiquez ou blâmez, vous persécutez. Le rôle change vite, l’honnêteté avec soi-même reste le meilleur repère.

Le triangle de Karpman, est-ce de la manipulation ?

+

Rarement de façon consciente. Les rôles sont automatiques et appris tôt, pas calculés. Parler de manipulation laisse penser à une mauvaise intention, alors que chacun cherche surtout à satisfaire un besoin de reconnaissance. Comprendre cela évite de culpabiliser les personnes et permet de travailler la dynamique sereinement.

Combien de personnes faut-il pour former le triangle ?

+

Deux suffisent à l’amorcer, car une même personne peut occuper plusieurs positions en alternance. Le jeu peut aussi impliquer trois personnes distinctes, ou des groupes entiers, comme un service entier qui se vit en Victime face à une direction perçue en Persécuteur.

Le triangle est-il toujours négatif ?

+

Oui, dans sa forme dramatique. Il fatigue les personnes et bloque les décisions sans que personne n’en sorte grandi. Sa version positive existe pourtant : le triangle gagnant d’Acey Choy transforme chaque rôle en posture constructive. L’enjeu n’est pas d’éviter les tensions, mais de les vivre autrement.

Dans quel cas le triangle ne suffit-il pas ?

+

Quand un conflit relève de harcèlement, de souffrance psychologique réelle ou de violence, le modèle ne doit pas servir à minimiser les faits. Renvoyer une victime de harcèlement à « son rôle » serait une faute. L’outil éclaire des jeux relationnels ordinaires, pas des situations graves qui exigent un cadre juridique ou médical.

Un facilitateur est-il nécessaire pour en sortir ?

+

Pas toujours. Une personne consciente du schéma peut ajuster sa posture seule. Mais dans une équipe installée dans le jeu depuis longtemps, un tiers neutre accélère la sortie. Il nomme la dynamique sans accuser et protège le cadre, ce qu’un membre du groupe, lui-même pris dans le triangle, peut difficilement faire.

Un jeu qu’on peut arrêter de jouer

À retenir

Le jeu s’arrête le jour où une seule personne refuse d’y entrer.

Le triangle de Karpman n’est pas une fatalité. C’est une grille de lecture qui rend visible ce qui, sans elle, ressemble à un simple problème de personnes. Une fois le schéma nommé, chacun retrouve une marge de manœuvre : choisir la vulnérabilité plutôt que la plainte, le soutien plutôt que le sauvetage, l’affirmation plutôt que l’attaque.

Dans une équipe de direction, ce déplacement ne se décrète pas en une réunion. Il demande un cadre, parfois un regard extérieur, et la volonté partagée de sortir du manège. Le jeu s’arrête le jour où une personne refuse d’y entrer.

Le triangle de Karpman a cette vertu rare : il ne donne pas raison à un camp. Il montre que chacun, à un moment, alimente la boucle, et que chacun peut donc en sortir. Pour un dirigeant, c’est une invitation à observer ses propres réflexes avant de chercher le coupable ailleurs. Pour une équipe, c’est un langage commun qui permet de nommer l’invisible sans s’accuser. Ce langage, partagé et assumé, vaut souvent mieux qu’un long discours sur la cohésion.

Les méthodes présentées sont à adapter au contexte de chaque équipe et organisation. Pour les sujets sensibles (conflits non résolus, transformation lourde, sortie de crise), un accompagnement par un facilitateur expérimenté est nécessaire pour garantir un cadre adapté.

Sources

  1. Karpman, S. (1968). Fairy Tales and Script Drama Analysis, Transactional Analysis Bulletin. karpmandramatriangle.com
  2. Choy, A. (1990). The Winner’s Triangle, Transactional Analysis Journal, 20(1), 40-46. Transactional Analysis Journal
  3. Berne, E. (1964). Games People Play, Grove Press. Analyse transactionnelle (présentation)
  4. ANACT, Risques psychosociaux : repères et facteurs. anact.fr
  5. Gallup (2024). State of the Global Workplace 2024, engagement des salariés. gallup.com
  6. Cegos, Comment entrons-nous en conflit, dossier management. cegos.fr
  7. Wikipédia, Triangle dramatique. fr.wikipedia.org

À propos de Yoan Lureault

Fondateur d'Insuffle et Insuffle Académie, facilitateur en intelligence collective et formateur, basé à Deauville. J'accompagne PME, ETI et fonction publique dans leurs transformations : diagnostics stratégiques, séminaires de direction, alignement d'équipes, évolution des pratiques managériales. Mon approche : cash, terrain, zéro bullshit — via mes démarches propriétaires (Futur Désiré®, Boussole 4C, ...).

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