Catégories
Blog Dirigeants Dossiers

Quand tout devient chiffre : la tyrannie de la productivité dans les organisations

“Faut produire. Faut livrer. Faut performer.”
On dirait presque un refrain. Comme une incantation qu’on se répète pour ne pas entendre le reste.
Mais derrière les tableaux de bord qui clignotent en vert, il y a parfois… le vide.
Ou pire : de la souffrance.
Alors la vraie question, ce n’est pas comment produire plus – c’est pourquoi on produit, et à quel prix.

L’obsession de la mesure : quand la performance dévore le vivant

Dans de nombreuses entreprises, la performance est devenue synonyme de productivité brute :

  • nombre d’heures travaillées,
  • nombre de livraisons,
  • nombre de rendez-vous,
  • taux de transformation,
  • CA par collaborateur,
  • vélocité des équipes…

Tout se mesure. Tout se chiffre. Tout s’affiche. Et tout se compare.
On en vient à croire que ce qui ne se mesure pas ne vaut rien.
Le problème, c’est qu’à force de tout mesurer, on finit par tuer ce qui compte vraiment : la relation, le sens, la dynamique collective, l’envie.

Et surtout : on oublie que plus n’est pas toujours mieux.

Témoignage : un séminaire commercial sous haute tension

Je me souviens d’un séminaire que j’ai animé pour une équipe de commerciaux.
Le brief était clair : “Il faut remotiver les troupes. Le moral est bas. On doit faire +20 % de CA cette année. Les managers veulent un séminaire punchy, orienté résultats.”

À première vue, tout semblait cadré.
Des objectifs ambitieux. Une belle salle. Des slides bien rodés. Des chiffres à la pelle.

Mais dès les premières minutes d’échange, un malaise s’installe.
Les visages sont fermés. Les blagues tombent à plat.
Et puis une phrase sort, comme un aveu :
“On livre, mais on souffre.”

Les arrêts de travail se multiplient. Les démissions aussi.
Les produits sont bâclés. Les clients râlent. Mais le chiffre d’affaires, lui, est bon.
Alors on continue. Droit dans le mur. En accélérant.

Ce jour-là, ce n’est pas la performance qu’il fallait “booster”, c’était la confiance, la reconnaissance, l’alignement.

La productivité sans conscience n’est que ruine du collectif

Quand la productivité devient une fin en soi, elle dévore tout sur son passage :

  • On confond vitesse et pertinence.
  • On confond charge et engagement.
  • On confond livraison et impact.

Et surtout : on confond faire plus avec faire mieux.
On s’épuise à produire des livrables sans valeur, à cocher des cases, à courir après des indicateurs…
Mais on oublie de se demander : à quoi bon ?

Derrière chaque indicateur, il y a un corps, un rythme, une vie

Il faut bien le dire : le fantasme du “toujours plus” repose sur une idée fausse – que les humains sont des machines optimisables à l’infini.
Mais nous ne sommes pas des lignes de code.
Nous sommes faits de cycles, de lenteur parfois, de tâtonnements, d’inspirations.
Nous avons besoin d’espace, de temps vide, de sens partagé pour créer de la vraie valeur.

Et cette valeur, elle ne se voit pas toujours dans un fichier Excel.

Travailler plus n’est pas travailler mieux

Faire plus d’heures, répondre à plus de mails, enchaîner plus de réunions…
Cela donne une impression de mouvement. De sérieux. D’engagement.

Mais en réalité ?
Cela cache souvent une absence de clarté, une surcharge mentale, une perte de repères.

Ce n’est pas en courant plus vite qu’on rattrape un cap mal défini.
Ce n’est pas en “délivrant” qu’on construit une stratégie pertinente.

Ce n’est pas la quantité qui sauve une entreprise. C’est la qualité du mouvement collectif.

La vraie performance est relationnelle, pas transactionnelle

Ce qui fait qu’une organisation tient debout, ce n’est pas son reporting.
C’est la force des liens entre les personnes.
C’est la capacité à se dire les choses. À se réajuster. À comprendre ce qui a du sens pour chacun.

La performance durable ne vient pas contre le vivant. Elle vient avec.
Elle se construit sur :

  • la confiance mutuelle,
  • la responsabilité partagée,
  • l’écoute réelle,
  • la sécurité psychologique,
  • la clarté des intentions.

Et ça, ça ne se décrète pas.
Ça se facilite.

Réintégrer la facilitation comme levier de performance

Un facilitateur, dans ce contexte, n’est pas un animateur de plus.
C’est quelqu’un qui vient remettre du lien là où il y a des silos.
Qui vient questionner le sens derrière les objectifs.
Qui vient réouvrir des espaces de respiration dans un système asphyxié par le “toujours plus”.

La facilitation, c’est redonner aux collectifs :

  • le droit de ralentir pour mieux penser,
  • le droit de s’exprimer sans jugement,
  • le droit d’interroger ce qui semble évident,
  • le droit d’essayer, de se tromper, d’ajuster.

C’est une manière de dire :
et si la qualité de notre travail dépendait d’abord de la qualité de nos liens ?

Des indicateurs oui, mais pas n’importe lesquels

Il ne s’agit pas de jeter tous les KPIs par la fenêtre.
Il s’agit de choisir ceux qui ont du sens pour l’équipe.

👉 Plutôt que “nombre de tâches clôturées”, pourquoi pas : “sentiment d’utilité” ?
👉 Plutôt que “nombre d’heures passées”, pourquoi pas : “niveau de clarté sur la priorité” ?
👉 Plutôt que “CA/jour/personne”, pourquoi pas : “taux de satisfaction client + fierté d’équipe” ?

On ne mesure pas le vivant comme on mesure un tuyau.
On l’écoute. On l’observe. On l’interroge.

Et surtout, on accepte que la valeur ne se voit pas toujours immédiatement.

Revenir à l’essentiel : pourquoi on fait ce qu’on fait

La meilleure question à poser en collectif n’est pas “qu’est-ce qu’on fait la semaine prochaine ?”
C’est : “qu’est-ce qui mérite notre énergie maintenant ?”
C’est une question simple, mais puissante.
Elle permet de faire le tri.
De sortir du réflexe.
De revenir à ce qui compte.

Et quand on la pose vraiment, on entend autre chose que des objectifs :
on entend des désirs, des intentions, des engagements sincères.

Le changement commence ici : une autre culture de la performance

Il est temps de passer :

  • de la logique de livraison à celle de valeur,
  • de la logique de commande à celle de contribution,
  • de la logique de contrôle à celle de confiance.

Et cela ne passe pas par un nouveau logiciel de pilotage.
Cela passe par une transformation culturelle.
Par une nouvelle grammaire managériale.
Par un vrai travail sur les postures, les relations, les dynamiques de groupe.

Cela prend du temps. Cela demande du courage.
Mais c’est ainsi que naît la vraie performance, celle qui tient dans le temps.

En résumé : produire plus, ou produire mieux ?

Chaque entreprise devrait se poser cette question :
Et si produire plus, sans sens ni soin, nous faisait perdre bien plus que ce qu’on croit gagner ?

Le vrai défi n’est pas de livrer plus.
Le vrai défi, c’est de redonner de la valeur à ce qu’on livre.
Et pour cela, il faut oser ralentir. Oser écouter. Oser réinterroger.
Et surtout : oser faire de la place au vivant.

Parce que le chiffre d’affaires ne dit pas tout.
Parce qu’un collectif, ce n’est pas une usine.
Parce que le sens, ça ne se mesure pas. Mais ça se ressent.

Besoin de réinterroger votre manière de travailler ?

Si votre collectif court, mais ne sait plus pourquoi…
Si les chiffres sont bons, mais que les équipes vont mal…
Si vous sentez que la “performance” a perdu son âme…

Parlons-en.
La facilitation peut ouvrir d’autres voies.
Plus humaines. Plus durables. Plus puissantes.

Écrivez-moi. Ou mieux : faisons une pause ensemble.
Juste pour réentendre ce qui compte vraiment.