Harrison Owen a formalisé l’OST dans les années 80. Un peu par accident. Il organisait des conférences et s’est aperçu que les vraies conversations avaient toujours lieu dans les couloirs, pendant les pauses café. Alors il a décidé de faire une conférence qui ne serait que ça : des couloirs.
Le résultat : un format où ce sont les participants qui créent l’agenda, les discussions, et les livrables. Le facilitateur ne pilote pas le contenu. Il tient l’espace. C’est tout. Et c’est déjà énorme.
Quand y aller ?
L’OST n’est pas un format généraliste. C’est un outil pour des situations précises. Mal utilisé, il génère de la frustration.
✓ Contextes adaptés
- Sujet complexe sans solution évidente
- Forte diversité de points de vue
- Besoin d’engagement réel (pas de validation)
- Urgence et fort niveau de passion sur le sujet
- Organisation en transformation
✗ Contextes à éviter
- Décision déjà prise en coulisse
- Sujet non négociable ou trop sensible
- Groupe sans autonomie réelle
- Commanditaire qui veut contrôler l’output
- Moins de 15 participants
Les 4 principes d’Harrison Owen
À expliquer aux participants avant de commencer. Ce ne sont pas des métaphores décoratives. Ce sont les règles du jeu.
Principe 1
“Les personnes présentes sont les bonnes.”
Arrêtez de vous demander si les bonnes personnes sont là. Celles qui sont là ont choisi d’être là. C’est suffisant.
Principe 2
“Quoi qu’il arrive est la seule chose qui pouvait arriver.”
Pas de plan idéal à respecter. Ce qui émerge est juste. Lâcher le contrôle de l’output.
Principe 3
“Cela commence quand cela commence.”
L’heure d’arrivée est indicative. La conversation commence quand elle est prête. Pas avant.
Principe 4
“Quand c’est fini, c’est fini.”
Si la conversation a dit ce qu’elle avait à dire en 20 minutes, on passe. Pas besoin de remplir le créneau.
La règle fondamentale
La Loi des Deux Pieds
Si vous n’apprenez rien et ne contribuez à rien dans la session où vous êtes : levez-vous et allez ailleurs. Sans culpabilité. Sans justification.
Attention : Cette règle provoque toujours un silence gêné quand vous l’annoncez. C’est normal. Les participants ne sont pas habitués à avoir cette liberté. Expliquez-la avec conviction. Si vous la présentez comme une option timide, personne ne l’utilisera.
Le déroulé, étape par étape
Préparer la question centrale
C’est le travail le plus important. Tout dépend de la qualité de cette question. Elle doit être :
- Ouverte (pas de réponse attendue)
- Suffisamment large pour générer 10 à 20 sous-sujets
- Suffisamment précise pour qu’on sache de quoi on parle
- Formulée pour provoquer de la passion, pas du consensus mou
Ouvrir l’espace
Les participants s’assoient en grand cercle. Pas de tables. Le cercle est essentiel : il dit “personne n’est plus important que l’autre”.
Le facilitateur présente :
- La question centrale (affichée en grand)
- Les 4 principes et la Loi des Deux Pieds
- Le mécanisme des propositions de sessions
- Comment fonctionne le “marché des sujets”
La création de l’agenda
Chaque participant qui a une question brûlante ou un sujet à explorer se lève, prend un marqueur, écrit son sujet sur une feuille A3, le lit à voix haute, le colle sur le mur. Il devient le “porteur” de cette session.
Ensuite : répartition dans le planning (créneaux horaires x espaces disponibles). Les porteurs choisissent leur créneau.
L’espace ouvert
Les sessions se tiennent en parallèle. Les participants circulent librement. La Loi des Deux Pieds s’applique. Des gens font le tour de plusieurs sessions. D’autres restent dans une seule. Tout est juste.
Chaque session produit un compte-rendu court. Le porteur (ou un volontaire) note les points clés sur la feuille A3 du sujet. Ces feuilles alimentent le rapport final.
Fermer l’espace
Retour en grand cercle. Pas de synthèse PowerPoint. Pas de “voilà ce qu’on a décidé”. Chaque participant dit en une phrase ce qu’il retient, ce qu’il va faire, ou simplement ce qu’il ressent. Sans hiérarchie de parole.
Le rapport des sessions (compilation des A3) est partagé à tous dans les 48h. C’est la trace. C’est la promesse.
Configuration de l’espace
L’agora centrale
Grand cercle de chaises sans tables. C’est le point de départ et d’arrivée de tout le groupe.
Le mur des sujets
Grande surface pour afficher la grille planning + les sujets proposés. Visible de partout.
Les espaces de sessions
Salles, coins de couloir, extérieur. Prévoir au moins autant d’espaces que de créneaux simultanés prévus.
Les questions à poser au commanditaire
Avant d’accepter de faciliter un OST, clarifiez ces points. Certaines réponses peuvent vous faire dire non.
- Qu’est-ce qui va concrètement changer grâce à cet OST ? Qui décide et dans quel délai ?
- Les participants ont-ils réellement le droit de parler librement de ce sujet ?
- Y a-t-il des sujets tabous ou des conclusions attendues à l’avance ?
- Qui n’est pas invité et pourquoi ?
- Qu’est-ce qui se passe si des choses dérangeantes émergent ?
- Comment les comptes-rendus vont-ils être utilisés ?
Les erreurs qui tuent un OST
Préparer un agenda de sujets “pour amorcer”
Vous venez de détruire le principe de l’OST. Si vous avez déjà les sujets, faites un autre format.
Intervenir dans le contenu des sessions
Votre avis sur ce qui se discute n’a pas sa place. Vous tenez l’espace. Vous ne guidez pas les conclusions.
Oublier le suivi post-OST
Un OST sans suites concrètes devient une belle journée qui ne change rien. Les comptes-rendus doivent être traités et des décisions prises.
Paniquer face au silence au moment des propositions
Quand vous demandez les premiers sujets, il y a toujours un silence de 30 à 60 secondes. C’est normal. Attendez. Ne le remplissez pas. Le premier qui se lève en entraîne d’autres.
Checklist logistique
Timing type — Journée complète
Ce que l’OST fait. Et ce qu’il ne fait pas.
L’OST fait émerger ce que le groupe pense vraiment. Il révèle les sujets qui comptent. Il crée de l’engagement parce que ce sont les participants qui ont construit la journée.
Il ne prend pas de décisions à la place du management. Il ne résout pas les conflits de fond. Il ne remplace pas un processus de décision.
C’est un format de mise en intelligence. La décision, elle, reste à ceux qui ont le pouvoir de la prendre.
Fiche rédigée par Yoan Lureault · Insuffle · Facilitation et transformation organisationnelle · insuffle.com